À quand une place d’accueil pour chaque enfant ?

5 novembre 2014


Qui aujourd’hui peut ignorer les difficultés vécues par les parents qui cherchent une place en crèche pour leur enfant ? Pour la Ligue des familles, l’accueil de l’enfance est un bien public, à défendre aujourd’hui et à renforcer pour demain.

L’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE) prépare l’avenir de l’accueil de la petite enfance. La Ligue des familles a participé activement à deux jours de débats entre experts pour dresser un état des lieux de la situation actuelle et tracer des pistes pour l’avenir. Voici les points qui ont retenu notre attention, plus quelques autres de notre cru.

Accueillir et éduquer

Les dimensions sociale et éducative de l’accueil de la petite enfance sont maintenant reconnues. Ce secteur est vu comme un bien public. Non seulement il permet aux parents de travailler, mais surtout il offre aux enfants un espace collectif protégé où ils peuvent recevoir des soins appropriés, s’épanouir, se préparer à la vie en collectivité, se familiariser avec nos codes sociaux et culturels et découvrir des dynamiques d’apprentissage.
Les politiques européennes ont une expression pour cela : elles parlent d’éducation et d’accueil du jeune enfant (EAJE) ou encore d’éducation préscolaire. On mesure là le chemin parcouru entre une conception « pauvre » de l’accueil de l’enfance, celle de la garderie « parking », et celle que nous défendons qui lui reconnaît des fonctions éducatives, sociales et économiques.

Oui, mais seulement à trois conditions :

1. La qualité. C’est LA condition la plus importante pour que l’accueil de la petite enfance remplisse ses trois fonctions. Aujourd’hui, l’ONE dispose d’un Code qualité. Ce texte est lui-même de qualité. Alors, ne réinventons pas l’eau chaude et passons directement à la question la plus délicate actuellement :

2. Les moyens. Sans moyens financiers à la hauteur, la mise en œuvre de ce Code est une gageure. Aujourd’hui, le budget de l’ONE n’est pas suffisant. La question s’adresse directement aux responsables politiques.

3. Un secteur public. C’est le meilleur moyen, à nos yeux, pour garantir une qualité d’accueil et une accessibilité pour ses usagers que sont les enfants et les parents.

Entre rêve et réalité

Aujourd’hui, la qualité d’accueil est réelle. Mais l’écart entre les intentions (Code de qualité et accessibilité) et les possibilités concrètes s’accroît. Les signaux sont au rouge : des milieux d’accueil qui tirent la sonnette d’alarme, des professionnels qui dénoncent des conditions de travail de plus en plus difficiles et des milliers de parents sur le carreau.

  • Le manque de places. On connaît l’offre de places aujourd’hui : moins de 1 place pour 3 enfants, en comptant les crèches privées. Suffisant ? Qui peut aujourd’hui ignorer les difficultés vécues par les parents qui cherchent une place ? Combien en ont cherché une et n’en ont pas trouvé ? Combien n’en ont même pas demandé, persuadés qu’ils n’en auront pas, car au chômage ou en formation ? Un grand flou plane sur les besoins et il est grand temps qu’on se donne les moyens de les connaître avec précision et régularité.
  • Le prix élevé des places. Dans les crèches subventionnées par l’ONE (1 place pour 5 enfants), le prix est calculé en fonction des revenus du ménage : 11 % des montants déclarés. C’est la même proportion que dans les années 1980 quand cette règle a été mise en place, alors que les familles n’ont fait que s’appauvrir depuis (voir la récente enquête de l’Unicef qui démontre l’impact des politiques d’austérité sur l’appauvrissement des enfants). Et dans le privé, ce sont des montants forfaitaires qui peuvent grimper jusqu’à plus de 800 € la place.
  • L’organisation du système. Traduisez : les « délires » pour s’inscrire dès le 3e mois de grossesse, les multi-inscriptions inévitables, les lourdeurs administratives pour prouver ses revenus, etc. Bref, un manque de transparence qui nuit à la confiance nécessaire entre parents et professionnels.

Et demain

Voici les axes qui devraient, selon nous, inspirer la rédaction du futur Contrat de gestion de l’ONE.

  • Poser des choix déterminés. Penser d’emblée le système pour qu’il bénéficie aux plus faibles. C'est-à-dire, que même en situation de pénurie, ce ne soient pas « les plus forts des plus faibles qui s’en sortent » (C. Mahy, secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté). Dès lors, ne pas les accueillir, c’est les fragiliser davantage et renforcer les inégalités. Être accueilli dans un milieu de qualité, c’est de la richesse en plus.
  • Garantir un droit à l’accueil pour chaque enfant. Attention, ça ne veut pas dire une place pour chaque enfant, à temps plein, entre 3 mois et 2 ans et demi. Il s’agit plutôt de penser l’offre d’accueil plus en lien avec les congés parentaux et de permettre aux parents d’avoir une solution à certains moments et à des intensités différentes.
  • Diversifier l’offre d’accueil. En clair, développer et soutenir davantage des lieux qui font du multi-accueil, les haltes-garderies, etc. 
  • Organiser les dispositifs selon une approche globale. Autrement dit, ne plus saucissonner les dispositifs et les réglementations (0-3 ans, 3-6 ans…), mais les organiser selon un continuum et une approche globale de l’enfant. Et accorder de l’importance aux transitions : entre la crèche et l’école, la garderie et le temps scolaire...
  • Renforcer la politique d’accueil d’une quatrième fonction : le soutien à la parentalité. C’est à dire ouvrir davantage le milieu d’accueil à la famille de l’enfant, en priorité avec les parents qui en ont le plus besoin. Et ce, dans une approche bienveillante et non jugeante, avec la conviction que les parents font le mieux qu’ils peuvent en fonction de leurs potentialités.
  • La formation des professionnels de l’accueil. Vaste débat qui mériterait à lui seul un édito et que l’on abordera prochainement.

Pour cela et pour les autres pistes évoquées, nous n’avons pas fini d’en parler.

Delphine Chabbert, directrice du service d’Études et action politique