Pour un congé d’adoption plus juste

14 janvier 2016


Un projet d’allongement du congé d’adoption devrait être bientôt débattu au gouvernement fédéral. La situation en Belgique est rétrograde en matière de droits pour ces familles. Ces enfants méritent mieux que cela. Nous appelons tous les partis, majorité et opposition, à offrir aux parents adoptants un congé égal au congé de maternité pour la mère (15 semaines) et un congé de 6 semaines pour le deuxième parent.

En ces premiers jours de 2016, nous souhaitons tout le meilleur à chaque parent et à leurs proches. Cette année, nos souhaits s’adressent plus spécialement aux familles qui ont fait le choix de l’adoption et qui ne disposent pas d’un congé égal aux parents biologiques.

Adopter… un parcours du combattant

Une fois la décision prise, les futurs parents qui se lancent dans l’aventure devront suivre des procédures longues de plusieurs années, parfois se rendre à l’étranger et montrer patte blanche auprès de spécialistes en tous genres. Au terme de ces démarches éprouvantes, il y a l’adoption et la rencontre avec un enfant. Se mêlent alors des sentiments de joie immense, des appréhensions, des incompréhensions et souvent un sentiment d’épuisement.
Accueillir un enfant, souvent meurtri par un abandon et des ruptures en cascade, n’est pas une évidence. La réalité est loin de cette image fantasmée de l’adoption où l’amour fou s’installe d’emblée entre un pauvre petit enfant et des parents au top de leur forme, disposant de toutes les ressources nécessaires pour former une famille heureuse. De fait, la ressource qui manque le plus à ces parents, c’est le temps. Du temps pour se connaître, s’apprivoiser, créer un sentiment d’affection, une confiance et un lien d’attachement.
Les psychologues, qui assurent les formations imposées aux parents dans les procédures d’adoption, insistent sans cesse sur la dimension du temps dans la construction de la relation entre les parents et l’enfant adopté. Curieusement, le ministère de la Sécurité Sociale qui insiste aussi sur cette dimension du temps a prévu un congé d’adoption bien plus court que le congé de maternité. L’État n’en est plus à une contradiction près, mais il est essentiel d’y mettre un terme, dans l’intérêt des enfants d’abord.

Un congé d’adoption trop court

Le congé d’adoption repose sur la même philosophie que le congé de maternité (15 semaines pour les ouvrières, les employées et les demandeuses d’emploi), mais sa durée légale est bien plus courte. Les parents ont droit à 6 semaines de congé si l’enfant a moins de 3 ans, 4 semaines si l’enfant a entre 3 et 8 ans, et rien si l’enfant a plus de 8 ans. Bien trop court pour créer ce lien d’attachement fondamental pour le développement et le bien-être de l’enfant dans sa nouvelle famille.
Pour les parents qui ont les moyens, l’un des deux s’arrête de travailler. D’autres diminuent leur temps de travail, et leurs ressources financières dans la foulée. Enfin, des enfants adoptés de moins de 8 ans se retrouvent immergés à l’école, après seulement 4 ou 6 semaines de vie dans leur nouvelle famille, dans un nouveau pays. Cette immersion brutale est parfois dramatique pour l’enfant. L’enjeu d’un réel congé d’adoption est double : respecter l’égalité entre tous les parents et veiller au bien-être de l’enfant.

Les parents adoptants se mobilisent, la Ligue des familles les soutient

Des parents adoptants, surtout des mères, ont créé le collectif Congé de maternité pour tous ! qui revendique un congé d’adoption identique au congé de maternité, soit 15 semaines minimum. Très actives en 2014, elles ont publié un communiqué de presse le 9 novembre dernier qui rappelle les engagements pris par les partis politiques, en réponse à l’envoi d’une lettre ouverte au gouvernement fédéral qui n’est pas passée inaperçue.
De son côté, la Ligue des familles demande un congé d’adoption plus long et plus flexible, soit :

  • 15 semaines pour l’un des deux parents et 6 semaines pour le deuxième parent, non transférables ;
  • la suppression des restrictions d’âge jusqu’à 18 ans ;
  • des modalités plus flexibles : possibilité de prise du congé avant l’inscription de l’enfant au registre de la population en cas d’adoption internationale, et possibilité de fractionnement ;
  • une indemnisation financière égale au congé de maternité ;
  • un droit pour toutes les catégories socio-professionnelles (aujourd’hui, les parents chômeurs et intérimaires n’y ont pas droit) ;
  • 2 semaines supplémentaires pour les adoptions multiples.

Un accord politique pour début 2016 ?

Depuis la tenace mobilisation de ce collectif de parents, plusieurs propositions de loi ont été déposées à la Chambre, tant par l’opposition que par des partis de la majorité. Un compromis semble se dessiner autour d’un texte commun, annoncé officieusement pour début 2016.
Une belle victoire que le gouvernement pourrait afficher, à faible coût… Elle concerne seulement 235 adoptions par an (sur environ 127 000 naissances annuelles), soit à peu près 0,16 % du budget de la sécurité sociale. Peu cher payé pour sortir des parents d’un statut de seconde zone et offrir concrètement de meilleures chances pour la nouvelle vie de ces enfants.
M. Michel, Mme De Block, et tous les autres, 2016 sera-t-elle l’année d’une plus grande générosité pour les familles ? Nous attendons impatiemment vos réponses, concrètes.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles