Mauvais temps pour les solidarités entre générations

18 mars 2015


Quelques semaines après notre mobilisation contre l'activation des aidants proches, le sort des prépensionnés est sur la table. Et ça fait mal. La Ligue des familles demande au gouvernement le retrait de la réforme sur les prépensions au nom des solidarités intergénérationnelles.

Mauvais temps pour les solidarités entre générationsOn l'a souvent dit dans ces pages, les parents ont besoin d'une Sécurité sociale forte (chômage, santé, pension, allocations familiales...) et de services publics accessibles et de qualité. Jusqu'à ce jour, on n'a pas trouvé mieux pour protéger les familles des risques de pauvreté et pour les accompagner au mieux dans leur parcours de vie, de plus en plus complexe, instable et insécurisé. De nouveau, le gouvernement fédéral met à mal les principes de solidarité et précarise les personnes déjà fragiles. Incompréhensible dans un contexte de pénurie d'emploi et de vie moderne chahutée. Explications.

Départ à la prépension : pourquoi ?

Créée en 1974, les prépensions étaient une réponse à la crise économique. Déjà. Les personnes licenciées ont pu alors quitter la vie active en disposant d'allocations de chômage et d'un complément de l'entreprise. Quarante ans plus tard, la Belgique compte 111 000 prépensionnés.
Trop coûteux pour le gouvernement fédéral, il en prévoit la suppression, pour une économie de 110 millions d'euros. Comment ? En relevant l'âge de la prépension à 62 ans dès 2015. Des exceptions sont prévues pour les carrières longues et les métiers lourds.
Concrètement, cela signifie que les travailleurs âgés seront soumis à l'obligation de recherche active d'emploi et qu'ils seront suivis par un nouveau service d'accompagnement (à la charge financière des Régions). Le message est clair : travailler le plus longtemps possible, même s'il manque des emplois et que les conditions de travail se dégradent. Dur. Bien sûr, le droit à la prépension n'a pas résolu le problème du chômage de masse. Les prépensionnés en sont-ils pour autant responsables ?

La solidarité entre les générations : soldée ?

Ce droit à la prépension permet des aménagements de fin de carrière, pour souffler, prendre du temps pour soi, son couple, mais aussi pour ses enfants et petits-enfants. Nombre de ces prépensionnés pallient les carences des services publics en gardant les petits-enfants qui n'ont pas de place en crèche (2 sur 3, tout de même), en allant les chercher à l'école qui finit à 15h20 ou en assurant une certaine stabilité en cas de séparation des enfants. Quelques exemples parmi tant d'autres de solidarité intrafamiliale qui sont remises en question par ce projet.
Alors que notre pays compte 650 000 chômeurs, quel est le sens de contraindre un parent ou un grand-parent à travailler plus longtemps alors que son fils ou sa fille cherche désespérément un premier emploi ?

Des alternatives sont possibles

La Sécurité sociale est face à de grands défis démographiques, notamment avec le vieillissement de la population. Et là, il faut innover plutôt que d'appliquer des vieilles recettes inadéquates à la réalité des familles d'aujourd'hui. Des alternatives existent. Journée de travail de cinq heures sans perte de salaire pour les 50 ans et plus en Suède, réductions du temps de travail à partir de 50 ans au Danemark, évolution des profils de fonction vers du tutorat et de l'accompagnement de jeunes...
Notre modèle de protection sociale doit évoluer. Mais pas dans le sens proposé par le gouvernement. 70 ans de Sécu nous l'ont enseigné. Le modèle solidaire est plus efficace et moins coûteux qu'un système d'assistance sociale ou privatisé. Plus égalitaire surtout. La Ligue des familles a participé activement à la construction de ce système d'assurances dès l'entre-deux-guerres via le développement des allocations familiales.
Aujourd'hui, nous proposons un nouveau modèle d'allocations familiales, plus moderne et plus juste. Mais nous sommes aussi une force de protestation quand les décisions politiques vont contre les familles. Le gouvernement a reculé sur l'activation des aidants proches. Nous attendons la même chose pour les prépensionnés.

Delphine Chabbert, directrice des Études et de l'action politique