Vie personnelle et vie professionnelle : quelles solutions pour les concilier ?

13 mai 2015


Une nouvelle publication sur la conciliation dresse un panorama des situations en Europe et propose une vision pour le futur. Une belle occasion de relancer le débat chez nous et de faire de la conciliation une priorité politique.

Neuf messages forts sur la conciliation

De cette publication réalisée par la Coface (Confédération des Organisations Familiales de l’Union Européenne), nous retenons neuf messages forts qui peuvent guider nos actions, ici, en Belgique.

  1. Un besoin criant pour les parents. Le rythme de vie des parents qui travaillent, et dans la foulée celui des enfants, devient intenable. Les parents ont besoin de vraies solutions pour souffler.
  2. Les besoins de conciliation ne se limitent pas à la période de la petite enfance. Les enfants plus âgés ont aussi besoin de temps avec leurs parents, notamment à des moments de transition (de l’enfance à l’adolescence ou à l’âge adulte). Même chose pour l’accompagnement des parents âgés. Les politiques de conciliation doivent se fonder sur l’intégralité du cycle de vie.
  3. Les besoins de conciliation vont augmenter. C’est toute la question des aidants proches qui prennent en charge une personne dépendante. Dans 80 % des cas, cette aide est apportée par un membre de la famille. Or, le vieillissement va intensifier l’aide familiale et donc renforcer les besoins de soutien aux aidants pour concilier leur vie professionnelle et familiale.
  4. Les hommes doivent s’impliquer. La conciliation n’est pas qu’une affaire de femmes et les hommes doivent plus participer à la vie familiale et domestique. Dans le même temps, ils sont aussi les bénéficiaires des politiques de conciliation en étant mieux protégés en tant que pères dans l’emploi.
  5. L’organisation du travail doit s’adapter aux besoins des travailleurs-parents. Les politiques de conciliation dans l’entreprise doivent être vues comme un nouveau mode de fonctionnement. Elles sont des moyens d’améliorer les conditions de travail, la productivité, la viabilité et l’attractivité des entreprises. Ces évolutions concernent tous les secteurs professionnels et ne sont pas réservées aux seules grandes entreprises.
  6. La crise économique aggrave les difficultés de conciliation. Faute de solutions publiques, les parents cherchent des alternatives dont ils doivent très souvent assumer le coût (exemple : crèche privée). Les mesures de conciliation sont indispensables à toutes les politiques de prévention et de lutte contre la pauvreté.
  7. Les politiques de conciliation sont fondamentales pour toutes les familles, quel que soit le statut des parents, leur situation socio-économique, leur origine, le handicap, etc.
  8. Le bien-être des enfants dépend aussi de la qualité de la conciliation vie familiale-vie professionnelle des parents.
  9. « L’union européenne peut et doit faire mieux ». C’est László Andor, ancien Commissaire européen, qui le dit.

Besoin de temps, besoin de services, besoin de ressources

Les recettes sont connues. Et pourtant, elles peinent à se mettre en place, partout en Europe. Cette publication rappelle que, pour concilier leur vie professionnelle et familiale, les parents ont besoin de :

► services d’accueil de la petite enfance accessibles et de qualité. C’est le moment de la vie où les besoins de conciliation sont les plus aigus, le moment où les impacts sur l’emploi des parents, essentiellement des mères, sont les plus lourds et où les familles s’appauvrissent par le coût des solutions d’accueil. À ce jour, près de 60 % des parents ont des difficultés d’accès à un milieu d’accueil pour leur enfant.
des congés parentaux leur permettant de quitter leur emploi avec la sécurité de le retrouver et de bénéficier d’une allocation de remplacement. Ces congés existent partout en Europe. Chez nous, ils sont trop peu rémunérés, donc discriminants et inégalitaires (entre familles et entre hommes et femmes).
► de flexibilité dans l’organisation du travail. Des horaires souples et respectueux de la vie familiale sont la clé de la conciliation au quotidien. À ce jour, moins de la moitié de la main-d’œuvre européenne bénéficie d’horaires flexibles (43 %).

Besoin d’idées neuves

Ce tour d’Europe montre des voies possibles. À l’évidence, il n’y a pas de solution toute faite qui conviendrait telle quelle à chaque pays. La publication de la Coface foisonne de propositions et il est bon de prendre le temps de la lire en détail. En voici quelques-unes à imaginer - pourquoi pas chez nous ?
En France, la loi prévoit que les aidants proches qui se sont arrêtés de travailler pour aider un proche ont une pension complète.
Au Danemark, des campagnes de sensibilisation à la prise du congé parental par les pères sont menées, avec pour résultat une augmentation de 100 % en 10 ans dans certains entreprises (« A hug from daddy »).
En Autriche, une loi permet aux parents de prendre un « temps partiel parental » jusqu’aux 7 ans de l’enfant.
En Espagne, les entreprises peuvent demander un « certificat d’entreprise familialement responsable ». De nombreux autres pays européens proposent des outils pour soutenir les entreprises respectueuses de la vie familiale.
Ces difficultés quotidiennes vécues par les familles se vivent en silence. La conciliation n’est plus la seule affaire des femmes. C’est un problème économique (faible taux d’activité) et un problème social (stress, burn-out parental, appauvrissement) qui appelle des réponses politiques. Ce rapport va nous aider à faire entendre la voix essoufflée des parents. On va tout faire pour.

Delphine Chabbert, directrice des études et de l’action politique