Inscription scolaire, un parcours du combattant à Bruxelles

15 novembre 2017


64 parents vivant à Bruxelles ont témoigné des difficultés d’inscription de leurs enfants à l’école maternelle et primaire. Absence de règles communes, manque de places, procédures stressantes, listes d’attente… les parents sont mécontents.

Inscrire ses enfants à l’école devrait relever de la simple formalité. Et pourtant… Dans les faits, les parents se heurtent à des procédures différentes d’une école à l’autre, souvent incompréhensibles, voire même discutables. Il y a ces heures passées au téléphone dans l’attente d’une réponse, ces formulaires à remplir à l’instant T avec une série de documents à fournir immédiatement ou encore l’envoi d’une inscription par recommandé avec demande de lettre de motivation.
C’est peu de dire que le ressenti est négatif. Les mots exprimés par les parents interrogés sont forts : angoissant, stressant, difficile, incompréhensible, absurde, injuste, inéquitable, compliqué, laborieux, parcours du combattant… Tous sont passés par une liste d’attente et nombreux sont ceux qui n’ont pas obtenu la place qu’ils souhaitaient. À noter que les plus grosses tensions sont vécues par les parents séparés qui, en plus de ces difficultés, doivent négocier le choix de l’école.

Six conseils pour inscrire son enfant à l’école

► Faites preuve d’une attention de tous les instants. Les modalités sont différentes d’une école à l’autre, les délais ne sont pas les mêmes, les documents à fournir non plus. Soyez vigilants.
Prenez votre temps. Les parents interrogés ont mis plus d’un an avant la date d’entrée dans l’école pour trouver une place. Certain·e·s ont aussi pris des jours de congés pour procéder à l’inscription, accroché·e·s à leur téléphone dans l’attente d’une réponse.
Soyez entourés. Les parents qui le peuvent font appel à des grands-parents, des amis ou des collègues pour avoir une chance de décrocher une réponse.
Inscrivez-vous dans plusieurs écoles. Pour avoir une place, les parents s’inscrivent en moyenne dans trois écoles.
Sachez prouver votre motivation. Comme pour un job, vous aurez peut-être à rédiger une lettre de motivation.
Pour certaines écoles, sortez votre porte-monnaie. Un acompte ou une caution peut vous être demandé.

Aujourd’hui, le projet pédagogique passe au second plan alors qu’il devrait être un critère de choix premier

Des conséquences négatives à plusieurs niveaux

Certains parents renoncent à changer d’école même après un déménagement. Ce qui complique fameusement des organisations familiales déjà pas simples. Et puis, le projet pédagogique passe au second plan alors qu’il devrait être un critère de choix premier avec la proximité de l’école par rapport au domicile.
Enfin, cette situation crée de la compétition et renforce les inégalités. L’impression que seuls les plus motivés arrivent à avoir une place dans l’école de leur choix est forte. Et les plus motivés dans ce cas sont ceux qui ont l’information, ceux qui la comprennent, ceux qui ont des réseaux et qui savent les activer. Donc pas les familles les plus fragiles.

D’où viennent ces difficultés ?

> Du côté politique : une des parties du problème est qu’il n’y a pas assez de places ! Manquer de places d’école pour nos enfants en Belgique, on croit rêver.
> Du côté du système scolaire : l’organisation des inscriptions est laissée aux pouvoirs organisateurs ou au responsable d’un établissement. Il n’y a pas de règles communes à toutes les écoles.
> Du côté des parents : c’est cette question du libre choix de l’école, importante pour les familles belges, qui crée aussi de la frustration et des ressentiments. L’article 24 de la Constitution belge précise que « l’enseignement est libre et que la communauté doit assurer le libre choix des parents ». C’est assez unique d’élever au niveau de droit fondamental le choix de l’école. Et concrètement, avec ces difficultés d’inscription, les parents se sentent dépossédés de ce droit.

Alors, que faire ?

Ce qui est sûr, c’est qu’on ne va pas changer la Constitution sous peine d’une nouvelle guerre scolaire et, franchement, si on peut l’éviter, c’est mieux. Autre piste : créer un décret inscription pour l’école fondamentale. L’expérience du décret dans le secondaire pose question : autant les parents que les directions s’y sont massivement opposés et les résultats en matière de mixité ne sont pas là. Plus créatif, organiser un tirage au sort. C’est une solution équitable mais qui, de nouveau, va heurter certains parents.
En tous cas, on ne peut pas rester comme ça. Il faut des solutions pour faciliter la vie des parents et garantir à chaque enfant une place d’école de qualité. Et puis surtout, organiser une vraie mixité dans toutes les écoles. Aujourd’hui, des écoles sont très prisées et génèrent beaucoup de frustrations.
Ce qu’il faut, c’est créer des places dans des écoles mixtes, toutes de qualité, pour éviter les embouteillages, faciliter la vie des parents et permettre à nos enfants de grandir dans la richesse de la diversité.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles