Investir dans la petite enfance : quand ?

29 novembre 2017


Formation des professionnel·le·s, réforme du secteur, création de places, coût pour les parents… Les chantiers ne manquent pas pour améliorer l’accueil de la petite enfance. La Ligue des familles attend des réponses.

On a oublié Ciena. C’est le titre d’un reportage diffusé la semaine dernière sur la RTBF faisant référence à un dramatique accident survenu dans une crèche. Au-delà du fait divers et de l’émotion qu’il suscite, la Ligue des familles rappelle inlassablement l’importance d’investir dans un secteur trop peu considéré à notre goût. Manque de moyens financiers, manque de places, manque de formation, manque de considération… Dans ce domaine, la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) se distingue par son manque d’ambition.

Une politique publique à défendre

Nous devons investir dans la petite enfance parce que les premières années de vie sont déterminantes pour le développement moteur, cognitif et affectif des enfants. Accompagner et renforcer l’acquisition de toutes ces nouvelles facultés relève d’une démarche éducative des parents et des professionnel·le·s qui s’occupent des jeunes enfants.
Rien à voir avec de la simple garde qui se limite à surveiller et « changer des couches ». Et encore moins avec une supposée aptitude innée des femmes à prendre soin d’un enfant. On parle d’une politique publique, à savoir d’une politique éducative aussi importante que l’école, qui exige des moyens financiers et, entre autres, des formations adaptées. Parce que oui, l’éducation commence avant l’école. Et un accueil de qualité pour les tout jeunes enfants est efficace dans la diminution des inégalités plus tard.
Les démocraties nordiques (Danemark, Suède, Norvège, Finlande, etc.) l’ont bien compris. Elles ont fait de l’accueil de la petite enfance un droit opposable géré par les communes, mis en œuvre par du personnel qualifié au niveau supérieur, quand nous ergotons sur le coût financier d’une amélioration de la formation des puéricultrices et des puériculteurs. Le Danemark consacre 2,7 % de son PIB à l’accueil de l’enfance. Chez nous ? 0,1 %. Vous avez bien lu, même pas 200 millions d’euros sur plus de 150 milliards de PIB en FWB. Tout est dit, ou presque...
Même la Commission européenne s’en mêle et recommande, dans le train de mesures sur les investissements sociaux de 2013, « d’investir dans l’enfance pour briser le cercle vicieux de l’inégalité et augmenter les chances des enfants et des jeunes dans la vie ».

Un niveau bachelier pour les professionnel·le·s de l’enfance

Les compétences nécessaires à l’accueil des enfants et à l’accompagnement de leur familles respectives sont complexes et de haut vol : aptitudes relationnelles, capacités à travailler en équipe, à partager des observations, à réfléchir aux ajustements nécessaires à chaque enfant, à détecter des signes précoces de handicap, etc.
Aujourd’hui, en FWB, la formation initiale de ces professionnel·le·s se conclue en fin d’école secondaire. C’est tout à fait insuffisant. À ce sujet, la Ligue des familles soutient la pétition lancée par NOE (Nouvelle Orientation Enfance) pour améliorer cette formation. Il faut savoir que la majorité des pays européens (et aussi la Flandre, chez nous, en Belgique !) ont investi dans ce type de formation, avec des résultats probants. Sans surprise, l’ensemble des recherches internationales démontrent que la formation initiale est le facteur qui influence le plus la qualité des pratiques professionnelles, bien avant tous les autres paramètres. Voilà.

Une réforme de la politique de l’enfance attendue

Au-delà de la question fondamentale de la formation, nous sommes forcés de nous interroger sur l’intérêt de nos responsables pour la politique de l’enfance. Une grande réforme du secteur de l’accueil est prévue d’ici 2018. L’Office de la Naissance et de l’Enfance (O.N.E) chargé, dans le cadre de son contrat de gestion, d’élaborer ce projet de réforme y travaille depuis 2014. Un texte circule dans les cabinets ministériels depuis plusieurs mois, mais rien n’a encore été présenté par le gouvernement de la FWB.
À la Ligue des familles et autour de nous, dans les milieux d’accueil et leurs représentants, l’inquiétude et les doutes grandissent. Quelle volonté pour une VRAIE politique ambitieuse de l’accueil ? Va-t-on enfin avancer sur la formation initiale, la création de places pour répondre aux besoins de tous les parents, une baisse du coût de l’accueil à leur charge, une offre plus souple au niveau des horaires, la mise en place d’un réel service universel et une plus grande accessibilité aux familles modestes, une simplification du système et un renforcement de la qualité ?
La ministre de l’Enfance, Alda Gréoli, a accepté de nous rencontrer fin décembre pour répondre à ces questions. C’est peu de dire que nous sommes ravis de cette rencontre et impatients de vous en parler dès la rentrée de 2018.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles