L’école gratuite : oui, c’est possible

21 août 2018


De la soupe offerte aux garderies gratuites, des communes s’engagent pour faire baisser les coûts scolaires. À un mois et demi des élections communales, la Ligue des familles propose quelques bonnes idées aux futurs échevins de l’instruction, tirées d’une enquête auprès de quatre communes de Bruxelles et de Wallonie.

L’école gratuite : oui, c’est possible

Les grandes vacances même pas terminées, vous êtes peut-être occupé·e·s à courir les magasins, liste à la main, pour acheter les fournitures scolaires de vos enfants. Si l’école est obligatoire depuis 1914, plus d’un siècle plus tard, elle n’est toujours pas gratuite. Et ce alors que c’est prévu dans la Constitution belge, que nos voisins de Flandre y sont presque pour les élèves de maternelle et de primaire et que chez nous, à peine 9 % des parents ne doivent pas acheter le matériel scolaire de base.

Une école toujours payante

Année après année, la Ligue des familles objective au travers de ses enquêtes ce que doivent payer les parents et dénonce les effets de cette non-gratuité scolaire sur :

les enfants convoyeurs de fonds, stigmatisés ou pénalisés (par exemple, le refus de délivrance du bulletin)

le portefeuille des parents, au prix parfois de sacrifices au moment de la rentrée ou pour le voyage en fin d’année

la relation famille-école, déjà pas simple, polluée par ces histoires d’argent qui n’ont rien à voir avec l’instruction.

Garderies gratuites : certaines communes l’ont fait

Disons-le, nous sommes las de répéter ces constats et de répondre à ces mails de parents nous demandant, à raison, si c’est normal de payer les manuels scolaires ou la surveillance des enfants qui mangent des tartines le midi. Le coût de l’école est un vrai problème et ça ne bouge pas suffisamment du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Heureusement, certaines écoles ont compris l’enjeu pour les familles et proposent de vraies solutions. L’une d’entre elles a particulièrement retenu notre attention : la gratuité des garderies. À Charleroi et à Saint-Josse-ten-Noode, les garderies sont gratuites le matin, le midi, le soir et le mercredi après-midi. À Ottignies-Louvain-la-Neuve, elles le sont une heure le matin et une heure le soir. Et à Schaerbeek, des réductions du prix sont prévues pour les familles monoparentales et celles de deux enfants et plus.
C’est loin d’être anecdotique. Notre enquête de 2017 révélait que les frais qui dérangent le plus sont la garderie ou la surveillance du midi (ce fameux et inacceptable « droit de chaise »). Or, pour une grande majorité des parents, ces frais sont inévitables.

Des moyens financiers… et un peu d’imagination

Cette bonne initiative a évidemment un coût. Pour la commune de Charleroi, ce sont 4 millions d’euros par an. Clairement, c’est un choix politique. Mais ces communes montrent que c’est possible via une volonté et un peu d’imagination : Ottignies-Louvain-la-Neuve ou Schaerbeek ont instauré une gratuité partielle, par étapes.
Même chose pour les repas scolaires. La gratuité des cantines n’existe, à notre connaissance, nulle part à Bruxelles et en Wallonie (au-delà du projet-pilote en la matière qui démarre dans certaines écoles). Mais certaines communes proposent des alternatives pour avancer dans cette voie. Exemple ? La soupe gratuite à Schaerbeek ou encore Saint-Josse, qui offre à tous les élèves une collation saine et, pour certains, au moins une soupe le midi, à défaut d’un vrai repas.
Autre idée, la commune diminue les coûts pour les parents en n’organisant pas de classes de neige et en privilégiant les voyages en Belgique. C’est le choix d’Ottignies pour des questions d’accessibilité financière, mais aussi environnementales. Bien sûr, cela fait débat parmi les parents, mais reconnaissons que la mesure est audacieuse. D’autres, comme Saint-Josse, privilégient autant que possible les sorties culturelles gratuites.

Ce que demande la Ligue des familles : une vraie volonté politique

8 parents sur 10 réclament la gratuité totale des fournitures scolaires, et plus de 1 sur 2 des garderies gratuites (d’après notre récente enquête sur les élections communales). Même si certaines communes répondent partiellement à cette demande, c’est la Fédération Wallonie-Bruxelles qui, en premier, a cette compétence.
Elle avait prévu d’avancer sur ce dossier dans le cadre du Pacte pour un enseignement d’excellence, dès la rentrée 2018. Mais voilà, les mesures relatives à la gratuité, pour une enveloppe assez mesquine au regard de l’enjeu, ont été reportées d’un an. Au final, rien n’aura été réellement engagé en matière de gratuité scolaire sous cette législature. Ce que nous regrettons très vivement, évidemment.
Alors, oui, les écoles ont la possibilité de limiter la facture pour les parents. Oui, les pouvoirs communaux ont de vrais leviers en main s’ils font de la gratuité scolaire une priorité politique. Oui, avancer vers la gratuité, c’est possible à condition que tout le monde s’y mette. La Ligue des familles apporte sa pierre. Espérons alors que nos futur·e·s élu·e·s liront le Ligueur !

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles