L’extrascolaire, un troisième milieu de vie

26 avril 2017


L’extrascolaire désigne à la fois le temps passé par les enfants à la garderie avant et après la classe, l’école des devoirs, le mercredi après-midi, les stages pendant les vacances et les activités de loisirs en dehors du temps scolaire. Ces temps relèvent des politiques de l’enfance, donc de l’ONE (sous l’appellation « accueil temps libre »), mais sont en grande partie assurés au niveau local par les communes et des opérateurs privés.

L’extrascolaire, un troisième milieu de vie

Éducation formelle et non formelle

Le dernier Baromètre des parents de la Ligue des familles a mis en lumière les inégalités très fortes vécues dans ces temps de vie. Par exemple, 1 enfant sur 2 vivant dans le Hainaut n’a fait aucun stage en 2016. En quoi est-ce un problème ? Parce que les activités extrascolaires sont des fabuleuses occasions pour les enfants de découvrir des univers nouveaux, de développer leur curiosité et leur ouverture sur le monde, de construire une confiance en eux, de renforcer leurs capacités d’expression, d’acquérir des compétences autrement qu’à l’école, de nourrir leur imaginaire et leur créativité et d’affermir leur autonomie. Et parfois, c’est l’unique possibilité de ne pas décrocher complètement de toute forme d’apprentissage.
L’extrascolaire appartient à ce champ de « l’éducation non formelle » - à côté de l’éducation formelle dispensée à l’école par les enseignants -, encore trop peu valorisée. Au grand malheur des enfants, parce que l’accès à des activités extrascolaires de qualité fera la différence plus tard, une fois qu’ils seront devenus des adultes. À diplôme ou formation égale, un jeune qui a confiance en lui, une bonne culture générale, des compétences « connexes » et une certaine autonomie sera plus armé pour faire sa place dans la société et dans le monde du travail.
L’extrascolaire est également un outil d’intégration sociale et de mixité. Ces activités contribuent aussi à l’amélioration de la scolarité et permettent une meilleure implication des parents dans la socialité de l’enfant. En bref, elles relèvent d’une politique éducative à part entière.
Enfin, le temps libre, c’est aussi un droit de l’enfant reconnu par l’article 31 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Le droit aux loisirs est un droit aussi essentiel que les autres.
Mais toutes ces vertus ont un double prix :

► Celui de la qualité. Laissez des dizaines d’enfants ou de jeunes peu encadrés, par des professionnels peu formés, avec des approches pédagogiques inadéquates, et tout le potentiel de l’éducation non formelle se réduit en peau de chagrin. L’extrascolaire n’est pas « juste de la garderie » pendant que les parents travaillent. Ni de l’occupationnel pendant que le personnel encadrant fait autre chose.
► Celui de l’accessibilité. Autrement dit, la possibilité pour chaque parent d’offrir à son enfant des activités de qualité, quelles que soient ses capacités financières, géographiques ou culturelles. Et ce compris pour les enfants en situation de handicap.

Vers une politique éducative globale

Pour toutes ces raisons, l’extrascolaire doit être reconnu à sa juste valeur, à savoir une mission d’intérêt public, un pan important de l’éducation des enfants (tout autant que l’école) et un outil de lutte contre la pauvreté. Aussi parce que l’extrascolaire est une préoccupation constante dans la vie de parent : trouver les moyens de payer les stages et les activités (culturelles, sportives, ludiques, etc.), pouvoir y amener ses enfants, obtenir une place des mois à l’avance et laisser ses enfants, en confiance (ou non), à la garderie jusqu’à 18h.
Notre conviction, à la Ligue des familles, est qu’il est fondamental d’avoir une approche globale de l’éducation. Cela commence à l’école : un accueil de qualité à la garderie, le temps de midi, le mercredi après-midi. Des accueillant-e-s qui travaillent main dans la main avec les enseignants, dans l’intérêt et le respect du rythme de l’enfant. Certains pays y arrivent. La Suède a, par exemple, complètement réorganisé ses politiques éducatives en fusionnant toutes les compétences dans un seul grand ministère de l’Éducation : éducation préscolaire, enseignement et activités extrascolaires. Les résultats sont là, autant au niveau du bien-être des enfants que des performances scolaires. Nous y rajoutons une dimension, celle de l’alliance éducative avec la famille de l’enfant. L’extrascolaire est une « vraie » question politique. La Ligue des familles en fera une priorité pour les élections communales de 2018.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles