La mobilité des familles : une affaire de genre ?

24 octobre 2018


Parce que rien n’a été pensé « famille » en matière de mobilité, plus que tous les autres, les parents galèrent. Et parce que rien n’a été pensé « genre », les mères, qui assument l’essentiel des déplacements familiaux, encore plus. La Ligue des familles s’invite dans le débat sur la mobilité et appelle les parents à nous rejoindre dans notre action.

Le cauchemar du navetteur, vous connaissez. Toujours le même refrain. L’E411 saturée, les travaux sur l’E19, les trains en retard à répétition… O.K. Mais qui, aujourd’hui, parle de la mobilité des familles ? Qui s’intéresse à l’accessibilité des trams avec une poussette ? Qui pense aux sièges enfants dans les voitures partagées ? Parce que la mobilité est devenue un vrai casse-tête dans la vie des parents, la Ligue des familles s’engage à chercher des solutions concrètes à mettre sur la table pour les élections de 2019.

La mobilité domestique des mères

Les besoins de déplacements se sont intensifiés au point que la mobilité occupe une place considérable dans la vie quotidienne. Pas de grand scoop jusque-là. Mais concrètement qui assure les trajets de la famille ? Les femmes sont bien sûr en première ligne. Un chiffre : 70 % des enfants sont emmenés à l’école par leur mère. De manière générale, elles assument le poids des déplacements inhérents à la vie de famille : conduire les enfants à l’école, à leurs activités de loisirs, chez les médecins, faire les courses, assurer les démarches administratives.
Raisons pour laquelle la mobilité des femmes est différente de celle des hommes ? En résumé, leurs temps de déplacements et les distances parcourues sont plus courts, le nombre de trajets est plus élevé, elles font plus de déplacements en chaîne, elles utilisent moins la voiture et se déplacent davantage hors des heures de pointe. Tout cela a des conséquences dans leur vie personnelle : réduction de leur temps de travail, refus d’un emploi trop éloigné du domicile, stress, fatigue, charge mentale. Important à signaler aussi, les familles monoparentales, à plus de 85 % des femmes, font face à des difficultés accrues.

La voiture reine… pour les pères

La voiture est le moyen de transport le plus utilisé par les Belges. On peut le regretter. Mais alors que les femmes assument beaucoup plus de déplacements, elles sont 44 % à ne jamais conduire contre 30 % des hommes. La raison ? Dans la majorité des ménages, la voiture est occupée par les hommes pour leurs déplacements professionnels, même quand les femmes travaillent. Or, la voiture reste, eu égard à l’insuffisance et à l’inadéquation des transports publics, le moyen de déplacement le plus pratique en matière d’autonomie et de trajets en chaine. Encore plus en zone rurale.
Pour pallier l’absence de voiture, les femmes marchent davantage que les hommes et utilisent plus les transports en commun. Et perdent beaucoup de temps. Par ailleurs, elles rencontrent plus de difficultés dans les modes de déplacement publics, notamment par un sentiment d’insécurité et une offre de transports conçue pour des trajets centre-ville/périphérie, aux heures de pointe avec des offres tarifaires attractives pour des travailleurs à temps plein. Rien à voir avec une mobilité familiale.

Des alternatives, pour qui ?

C’est assez récent mais la prise en compte des questions environnementales force l’innovation en mobilité. Et c’est tant mieux. Mais… voitures, vélos et trottinettes électriques partagés sont d’excellentes solutions si vous êtes sans enfant et que vous avez les moyens. De nouveau, les familles, principalement les femmes avec enfant·s, sont oubliées. De manière générale, c’est l’accessibilité de l’offre de transport qu’il faut revoir entièrement : accessibilité avec des enfants très jeunes (siège auto, espaces réservés, etc.), avec une poussette ou un fauteuil roulant, intermodalité pour des petits trajets, état des trottoirs, sécurité des pistes cyclables, plan de mobilité dans les écoles, etc. Mais aussi l’accessibilité financière, l’autonomie des jeunes dans les transports publics, la sécurité dans l’espace public et l’aménagement du territoire. Vaste chantier.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles