Le monde d’après bat la mesure à un autre rythme

19 août 2020


Le confinement a renforcé le sentiment, dans de nombreuses familles, que les rythmes de vie actuels ne correspondent pas aux besoins des enfants, font peser de trop lourdes contraintes sur l’organisation familiale et ne permettent pas de passer suffisamment de temps de qualité en famille. Il devient plus que jamais incontournable d’agir sur la question de l’organisation du travail, du temps de travail, mais aussi sur celle des rythmes scolaires.

Le monde d’après bat la mesure à un autre rythme

Cela fait des années - des décennies en fait - que la question des rythmes scolaires est sur la table des décideurs et décideuses politiques. L’accord de gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles prévoit de les réformer… comme d’ailleurs tous les accords de gouvernement depuis 1992. Pourtant, rien ne bouge jamais.

Le confinement a souligné
le besoin de changer de rythme de vie

Pendant le confinement, certaines familles ont pu vivre à un rythme plus adapté à leurs besoins naturels, avec des parents qui travaillaient moins, des enfants qui pouvaient dormir plus tard, moins de trajets et de course contre le temps. D’autres, au contraire, ont eu encore plus de difficultés à tout combiner, devant travailler (parfois plus) tout en s’occupant de leurs enfants et en assurant le suivi scolaire. Que l’expérience ait été positive ou négative, cette situation de crise a poussé de nombreuses familles à s’interroger à propos de leur rythme de vie. Le rythme de la journée de travail bien sûr, les questions de mobilité, mais aussi le rythme de la journée d’école.

La question n’est pas neuve. Dès 1991, la Commission des rythmes scolaires rendait un rapport faisant le constat de l’inadaptation des actuels rythmes scolaires au rythme biologique de l’enfant, ainsi qu’au rythme de vie des parents, et proposait donc de les modifier. Cette volonté de réforme sera reprise dans la Déclaration de politique communautaire du gouvernement Anselme en 1992, puis dans chacun des accords de gouvernement depuis cette date. Une promesse maintes fois répétée, jamais réalisée.

Une école plus agréable et où l’on apprend mieux

Pourtant, les rythmes actuels ne sont absolument pas adaptés aux enfants. C’est le cas du rythme de l’année scolaire : les grandes vacances, longues, entraînent des pertes d’apprentissage chez l’élève et nécessitent une organisation importante et souvent coûteuse (stages) pour les parents qui travaillent ; les congés d’automne et de détente (Toussaint et carnaval) sont trop courts pour permettre aux enfants et aux enseignant·e·s de véritablement se reposer et déconnecter.

C’est pourquoi la Ligue des familles propose d’organiser l’année sur base d’une succession de sept semaines de cours, suivies de deux semaines de congé. Cette alternance régulière permettrait un meilleur équilibre physique et psychique. Pour garder un nombre de semaines de vacances identique au système actuel – quinze donc –, cela implique de réduire les vacances d’été à sept semaines.

Il en va de même de la journée d’école : des études montrent que la capacité intellectuelle utile des enfants est de deux heures par jour vers 7 ans et de sept heures par jour vers 16 ans. Pour les élèves de l’école primaire, les capacités pour comprendre et apprendre sont évaluées à plus ou moins quatre heures trente par jour. Il est donc nécessaire de mieux équilibrer la journée scolaire, avec des moments de travail cognitif soutenu quand les élèves sont les plus réceptifs et des moments de découverte de l’environnement, de sport, d’activités artistiques ou autres quand la capacité de concentration est plus faible.

Plus que la quantité des heures d’enseignement, c’est la qualité qui importe en matière d’apprentissage. La journée d’école devrait aussi intégrer le travail scolaire actuellement réalisé à domicile, afin de permettre aux enfants de bénéficier d’un accompagnement par des professionnel·le·s.

Changer de rythme, ça prend du temps

Pour une série de raisons, il est plus évident de réformer le rythme de l’année que celui de la journée. La ministre Désir indiquait il y a presque un an, à sa prise de fonction, sa volonté de « briser les tabous » et d’agir en la matière. Une volonté à saluer. Mais le temps passe vite. Instaurer un rythme sept semaines de cours-deux semaines de congé demandera une concertation avec la Flandre et la Communauté germanophone et un temps d’adaptation aux enseignant·e·s, aux familles, à la société toute entière. Voilà pourquoi il est important de lancer maintenant un travail qui aboutirait d’ici deux ans, et de prendre dès à présent des contacts avec la Flandre et la Communauté germanophone pour que les entités fédérées puissent avancer de concert. Cela au profit de toutes les familles du pays et dans le respect des enseignant·e·s francophones, néerlandophones et germanophones.

Maxime Michiels, chargé d’études à la Ligue des familles