Lettre au Conseil national de sécurité

12 mai 2020


Concerne :

  • Prise en compte du bien-être des enfants dans la stratégie de déconfinement
  • Autorisation de la garde d’enfants par des proches

Madame la Première Ministre,

Mesdames et Messieurs les Ministres-Présidents et Ministres,

Cela fait à présent huit semaines que les cours sont suspendus. La reprise partielle et progressive des cours à partir du 18 mai ne concerne qu’une petite minorité des enfants et rien n’indique à ce stade que les autres pourront reprendre l’école avant septembre : pendant 6 mois, de nombreux enfants n’auront donc pas mis un pied à l’école et les parents auront dû se débrouiller pour s’occuper d’eux tout en travaillant.

Les parents sont soumis à des injonctions contradictoires. Lors de la dernière conférence de presse, à la question « comment doivent faire les parents qui travaillent », vous avez répondu, Madame la Première ministre, qu’ils pouvaient mettre les enfants en garderie. Dans le même temps, la Ministre de l’Education indique qu’il faut éviter au maximum les garderies. Par ailleurs, les garderies sont certes accessibles mais sous certaines conditions seulement (elles ne sont ainsi pas ouvertes aux parents qui télétravaillent, et ce quel que soit l’âge des enfants, alors que le télétravail est un vrai travail à temps plein) et à des horaires qui ne sont pas toujours accessibles aux parents qui travaillent tôt ou tard.

Or, ce lundi, de nombreux parents reprennent le travail, s’ajoutant à ceux qui n’ont jamais arrêté. D’autres suivront dans les prochaines semaines. Mais aucune alternative satisfaisante ne leur est encore proposée.

Certes, un congé parental corona devrait enfin être accessible prochainement[1], c’était une demande de la Ligue des familles, mais la faiblesse de sa rémunération (440,96€ pour un mi-temps) et ses conditions d’application (nécessité de l’accord de l’employeur) en excluent de fait la plupart des familles.

De nombreux parents restent donc sans solution. Certains, et ils sont nombreux à nous l’écrire, font à nouveau garder les enfants par les grands-parents, faute d’autre possibilité.

Outre une meilleure rémunération du congé parental coronavirus, qui reste indispensable, nous vous demandons d’autoriser explicitement la garde d’enfants par des proches. Nous comprenons évidemment si la situation sanitaire impose une prudence en ce qui concerne les grands-parents âgés ou en mauvaise santé. Mais certains parents pourraient confier leurs enfants à d’autres proches, ou s’organiser entre familles selon les jours de la semaine. Or cette possibilité n’est actuellement pas clairement autorisée.

Le site officiel d’info-coronavirus indiquait il y a encore quelques semaines : « Vous pouvez confier vos enfants à un autre membre de votre famille, à un proche, à l’école de vos enfants qui organisera l’accueil ou à un accueillant indépendant. Toutes les personnes qui n’impliquent pas les personnes vulnérables sont acceptables ». Cette publication a ensuite été supprimée, sans aucune explication.

La Ligue des familles a ensuite directement interrogé le Centre de crise à ce sujet par téléphone, à six reprises, et a reçu, selon les moments, des réponses variant du « oui, bien sûr, vous pouvez faire garder votre enfant par un proche », au « non, vous risquez une amende ».

Par ailleurs, nous estimons urgent de mettre les enfants au centre de la stratégie de déconfinement. Outre l’impossibilité de retourner à l’école, ils ne peuvent plus aller à leurs activités sportives ou artistiques, ni même à la plaine de jeux. Ils ignorent si ils pourront participer à des stages ou se rendre en camp scouts. Leur horizon est donc très limité, et ce pour plusieurs mois.

Ces dernières semaines, on a vu de plus en plus d’experts (pédopsychiatre, pédiatres,..), en Belgique et dans le monde, s’alarmer des conséquences de la crise sur les jeunes enfants : ils manifestent une recrudescence des symptômes anxieux. Ce confinement coïncide aussi avec la majoration des violences intrafamiliales. L’impact indirect du confinement pour les enfants vulnérables semble considérable.

L’incidence de la pandémie sur la santé mentale des enfants est extrêmement préoccupante, comme l’a récemment rappelé sur la RTBF Céline Nieuwenhuys, membre du GEES. Récemment encore, une lettre ouverte signée par 150 experts a été envoyée au GEES, demandant que les enfants soient mis au centre de la stratégie de confinement. Il est essentiel de pouvoir s’adresser à eux.

Si les adultes sont autorisés à faire du sport et se promener ensemble, si les bébés peuvent se retrouver en crèche, si certains enfants peuvent reprendre l’école ou la garderie, pourquoi les enfants ne pourraient-ils pas, à leur tour, être autorisés à voir d’autres enfants ?

Nous vous demandons que chaque enfant ait le droit de rencontrer d’autres enfants, dans leurs familles respectives ou au minimum à l’extérieur, avec leurs parents, et de manière plus générale que le bien-être des enfants soit pensé et pris en compte dans l’ensemble des mesures de déconfinement.

Nous demandons également l’autorisation du babysitting, des stages et des camps de vacances dès que les conditions sanitaires le permettront.

Dans l’attente de ces mesures importantes, veuillez agréer, Madame la Première Ministre, Mesdames et Messieurs les Ministres-Présidents et Ministres, nos salutations distinguées.

Christophe Cocu

Directeur général de la Ligue des familles


[1] A l’heure d’écrire ces lignes le 11 mai, il n’est toujours pas accessible sur le site de l’Onem donc les parents ne peuvent pas en faire la demande