Dix jours pour réinventer le père

11 juin 2016


Trop de jeunes papas ignorent encore qu’ils ont la possibilité de prendre un congé de paternité. D’autres subissent des pressions de la part de leur employeur pour y renoncer. La Ligue des Familles lance un appel pour les rendre obligatoires.

Nous sommes des hommes entre 30 et 50 ans. Nos pères ne sont pas éternels : un jour, ils seront morts. Ce n’est pas facile à écrire parce qu’on les aime et on sait également qu’ils nous aiment. Nous avons tous vécu une relation différente avec notre « vieux ». En même temps, les rôles des pères et mères étaient très codifiés (ils le restent). Beaucoup d’entre eux ne se sont pas levés la nuit pour nos pipis et nos cauchemars. Ils ne nous ont pas conduits chez le docteur.

Pour bon nombre d’entre nous, ils ont été les premiers lecteurs de notre bulletin, les premiers censeurs de nos sorties. Nos pères étaient les conducteurs de voiture pour les vacances. Ils recevaient un cendrier en pince à linge une fois par an, les mères recevaient nos dessins. Ils étaient les seuls jardiniers de la maison, désespérés par notre désintérêt pour la betterave. Ils étaient les passeurs de compétences, les êtres des étapes balisées : apprendre à rouler à vélo, se rendre à la convocation du directeur (c’est pas moi qui ai dessiné à la margarine sur le capot de sa voiture, je le jure !), accueillir les invités de la communion (et boire des coups avec Tonton Marc), c’était leur job. Premiers partenaires de nos loisirs le week-end, l’homme troquait la cravate pour le short. Etions-nous presque étonnés que ces types, si responsables, se retrouvent en costume d’adolescent ? Nos pères étaient ces êtres aimants, protecteurs, trop importants, trop occupés pour gérer les tâches quotidiennes, pour s’inquiéter de nos amours. Le foyer était alors le repli d’une journée harassante. Le repos d’un guerrier dont les enfants étaient si pas encombrants, à tout le moins bruyants.

Fruits d’une société

Nos pères sont le fruit d’une société et notre relation avec eux l’est tout autant. Ils nous ont donné beaucoup. Mais nous avons été privés d’une partie de leur être dans la construction de ces rôles. Leurs bras nous ont moins enlacés, leurs lèvres moins embrassés, leurs yeux se sont moins inquiétés de notre fièvre.

En tant que « fils de », nous le regrettons. Soit. C’est du passé.

Aujourd’hui, nous-mêmes fruit de la société, nos rôles évoluent, nos bras enlacent plus nos enfants (et portent plus de mannes à linge), nous intervenons plus dans les tâches ménagères et témoignons plus volontiers de l’amour porté à notre marmaille. C’est important.

Aujourd’hui, nous voulons prendre le temps de rencontrer nos enfants, de partager les joies et les charges (avouons, avouons) qu’ils représentent. Nous voulons être pleinement père et ce dès les premiers moments.

Pour continuer à les aimer ainsi (et à porter ces foutues mannes à linge), la société belge doit nous accompagner, proposer un cadre qui permet d’endosser ce nouveau costume de père.

Le congé, un premier pas

Le congé de paternité est un des éléments. Certes, ce ne sont que 10 jours. Certes, nous traversons cette période comme « aide de camp » de la mère, alternant champagne, démarches administratives et gestion du petit frère devenu « grand ». Certes, ce n’est que cela. Mais c’est déjà ça. Une rencontre intime se construit au partage de moments.

Aujourd’hui, selon les chiffres de La Ligue des Familles, si 76 % des hommes sont favorables à un congé de paternité de minimum 20 jours, 20 % des pères ne prennent pas le congé de paternité d’à peine 10 jours, dont 14 % sous la pression de leur travail.

Ce congé est pourtant le premier pas vers les langes, vers les peaux touchées, vers des rôles revisités, mieux apprivoisés.

Le premier pas vers un rôle de papa revisité, une nouvelle expérience à vivre avec nos enfants et notre compagne (ou compagnon). C’est pourquoi nous vous relayons la revendication de la Ligue des Familles : rendre le congé de paternité de dix jours obligatoire.

Rendre obligatoire le congé de paternité n’est pas devenir papa à marche forcée. C’est le signal d’une société qui assume une égalité des rôles et missions dans nos couples, nos familles. Cette responsabilité doit être portée par le politique. Nous, on se charge de porter les mannes à linge.

* Signataires : Georges Gilkinet, Alain Dubois, Christos Doulkeridis ; Jean-Luc Nsengiyumva, Vincent Melis ; Philippe Andrianne ; Michel Ntakirutimana, Bernard Fusulier, Julien Goudezeune, Patrick Melis, Morgan Laitat, Jean Spinette, Michel Genet, Vincent Meessen, Pierre Castelain, Mehdi El Hour, Nil De Haulleville, Dimitri Legasse, François Berteau, Alain Dremiere, Jacques Ternest, Julien Vandenburie, Thomas Counet, Michel Torrekens.