Où sont nos enfants quand ils ne sont ni à l’école, ni en famille ?

26 septembre 2018


La rentrée à peine passée, les parents s’échinent à trouver des activités pour les enfants. Trop chères, trop loin, horaires pas adaptés, qualité douteuse… Et si les pouvoirs publics reconnaissaient enfin l’extrascolaire à sa juste valeur, c’est-à-dire comme une politique éducative à part entière, indispensable à tous les enfants ? Ça changerait aussi la vie des parents.

Où sont nos enfants quand ils ne sont ni à l’école, ni en famille ?

Longues vacances d’été, congés durant l’année, activités le mercredi après-midi ou le week-end, garderie scolaire… ils sont nombreux les moments où nos enfants ne sont ni en famille, ni en classe. Nombreux, mais pas toujours bien organisés, de qualité, ni abordables financièrement. D’où le casse-tête pour les parents.
L’extrascolaire, c’est le nom qui rassemble tous ces moments, du cours de sport, de musique, de l’aide aux devoirs, du camp d’été aux stages. Un mot qui regroupe plusieurs logiques : une dimension éducative par l’expérience, l’apprentissage et la découverte au travers d’activités, une dimension sociale de mixité, de rencontres et de partage et une dimension économique, ces activités permettant aux parents de travailler.
Enfin, un mot mal nommé puisqu’il recouvre bien plus que les « à-côtés de l’école ». Il s’agit d’un troisième milieu de vie des enfants, niché entre la famille et l’école, qui a pris une importance considérable au point que nos enfants de moins de 12 ans passent en moyenne un tiers de leur vie dans ces moment dits extrascolaires.

Temps des enfants et temps des parents

Organiser le quotidien d’une famille tout en travaillant est source de stress pour 1 parent sur 2. Ce stress est plus vécu par les femmes qui assument davantage la vie de famille et sont plus nombreuses à vivre seules avec des enfants. Les raisons qui mettent les parents sous pression sont nombreuses.
Question d’horaires d‘abord. Comparez une journée d’école à une journée de travail : si l’école ne propose pas de garderie ou que l’accueil n’est pas de qualité, c’est compliqué. Plus encore pour les parents qui travaillent à horaires décalés : 1 sur 4 a besoin d’une garderie avant 7h et 1 sur 3 après 18h.
Question de calendrier aussi. Nos enfants ont en moyenne 82 jours de congés annuels et les parents vingt. Pour peu que vous n’ayez pas (ou peu) de relais familiaux, c’est la course aux stages et plaines de vacances.
Question épanouissement et développement, encore. Sport, culture, art, jeux, éveil, nos enfants ont envie de découvertes en dehors de l’école et les discussions dans les cours de récré nourrissent chaque jour un peu plus leurs demandes. À raison.
Question financière, enfin. 1 parent sur 10 sollicite une aide financière et presque 1 sur 2 rogne sur des dépenses notamment de santé ou d’alimentation pour faire face à ces frais (garderie, stages, activités de loisirs, etc.).
Entre besoins concrets, demandes des enfants et contraintes extérieures, les parents galèrent et les enfants ne sont pas tous logés à la même enseigne.

Une éducation non formelle

Plus qu’un besoin pour les parents, l’extrascolaire est une formidable opportunité pour les enfants de se confronter à d’autres réalités que l’école, de rencontrer d’autres enfants, d’être encadrés par des adultes plus jeunes, aux parcours différents. Mais aussi de remotiver des jeunes au bord du décrochage ou de redonner confiance à des enfants fragiles à un certain moment.
L’extrascolaire, ce n’est pas juste « garder » ou « occuper » les enfants pendant que les adultes travaillent ou cherchent un emploi. C’est une magnifique occasion d’ouvrir nos enfants à un monde plus vaste que celui de l’école. L’extrascolaire relève de l’éducation non formelle, à côté de l’éducation formelle dispensée dans les classes. Et c’est tout aussi important.
Sauf que... l’absence de régulation en fait le lieu de toutes les inégalités. 30 % des enfants de moins de 15 ans qui vivent dans une famille à risque de pauvreté sont privés d’extrascolaire. Ils ne sont que 3 % dans les ménages plus aisés. C’est inacceptable du point de vue de l’égalité et des droits de l’enfant. Ça l’est également pour l’avenir de ces enfants quand on sait l’avantage que l’accès à cette éducation non formelle représente pour des études supérieures ou sur le marché de l’emploi.

Besoin d’une politique forte

Le budget actuel consacré à l’extrascolaire par la Fédération Wallonie-Bruxelles est loin de répondre aux enjeux. Quant aux pouvoirs locaux, leur investissement est très variable d’une commune à l’autre. À l’approche de deux grandes échéances électorales, nous appelons les futurs responsables politiques, de tous niveaux et de toutes couleurs, à s’emparer du sujet. Des mesures concrètes sont attendues : accessibilité financière, géographique et au niveau des horaires pour chaque enfant. En clair, nous demandons d’oser investir dans l’enfance. Le saviez-vous : 1 € investi dans l’éducation en rapporte 3 à la collectivité. Quel bon gestionnaire oserait tourner le dos à un tel investissement ?

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles