Parent et indépendant : comment mieux vous soutenir ?

2 octobre 2017


Plus de 7 parents indépendants sur 10 rament dans leur vie quotidienne et sont insatisfaits de leur vie de famille. Pour connaître avec précision la nature de ces difficultés et élaborer des propositions justes, la Ligue des familles lance une enquête jusqu’au 20 octobre.

Des parents de « seconde zone »

Les travailleurs indépendants sont 715 000 en Belgique. Un tiers sont des femmes. Ça n’est pas rien. Et chaque année, ils et elles sont de plus en plus nombreux. Et pourtant, ces indépendant-e-s sont encore aujourd’hui des parents de « seconde zone », des parents qui ont moins de droits que les autres : congé de maternité plus court que pour les salariées, rien pour les pères, pas de congé parental non plus. Nous le déplorons. Les indépendant-e-s rencontrent de nombreuses difficultés pour concilier leur vie professionnelle et leur vie familiale. Selon le Syndicat des Indépendants, ils sont 73 % à exprimer ces difficultés.

Des propositions de loi… bientôt votées ?

Le 6 juin 2017, la Ligue des familles était auditionnée à la Chambre sur une proposition de loi instaurant un congé de paternité pour les indépendants. Nous avons défendu avec enthousiasme cette proposition. Et nous en sommes ressortis remplis d’espoir : c’est la troisième proposition sur la table (le cdH en 2014, le s.pa en 2016 et ecolo en 2017) et les parlementaires présents se sont montrés majoritairement favorables à cette loi, moyennant quelques amendements.

Selon leur syndicat, 73 % des indépendants ont des difficultés à concilier vie familiale et vie professionnelle

Mieux, Willy Borsus, alors ministre des Indépendants, a accueilli positivement cette proposition, étant même prêt à la concrétiser. Mais voilà, la donne a changé depuis juin et rien ne nous indique que le nouveau ministre, Denis Ducarme, est sur la même longueur d’onde que son prédécesseur. L’espoir est toujours là, mais le travail reste à faire et les confirmations se font attendre.

Des enjeux pour toutes les familles

Trois raisons majeures ont poussé la Ligue des familles à s’intéresser au sort des parents indépendants.

► Aller vers plus d’égalité entre toutes familles, quel que soit le statut professionnel des parents. Cela progresse. Deux avancées majeures sont à relever : le congé de maternité des femmes indépendantes a été rallongé et les allocations familiales ont été égalisées par rapport aux salariés. C’est bien. Mais cela reste insuffisant.
► Renforcer l’égalité entre les hommes et les femmes. Outre la reconnaissance du droit des pères, le congé de paternité, par exemple, répond aussi à une évolution des rôles traditionnels. Pour le dire autrement, prévoir un temps pour que les pères s’occupent de leurs enfants, c’est aussi permettre aux femmes de s’investir dans leur carrière professionnelle. Le mauvais partage des tâches familiales et domestiques pénalise directement les carrières des femmes. Preuve en est, seulement un tiers des indépendants sont des femmes.
► Mieux prévenir le burn-out parental ou professionnel. Pouvoir s’extraire de son travail dans des conditions sécurisées est une soupape, surtout dans des moments à fortes tensions comme la naissance ou la maladie d’un enfant. Les congés parentaux participent de cette prévention au burn out. Et les chiffres sont plus qu’interpellants : 360 000 travailleurs sont en invalidité. Ce chiffre a augmenté de 70 % en dix ans, essentiellement pour des raisons psycho-sociales liées à la vie personnelle et familiale. L’OMS prévoit même qu’à l’horizon 2020, la dépression sera la première cause d’invalidité dans le monde.

Une enquête pour en savoir plus

Pas de doute sur le constat : concilier une activité d’indépendant-e avec une vie de famille est compliqué, voire même usant. Jusque-là, rien de bien étonnant, il en va de même pour les salariés. Mais on a envie d’en savoir plus, de mieux cerner ces difficultés et aussi d’approcher les situations aussi diverses que celle d’un médecin, d’un commerçant, d’un créateur de start-up, d’un agriculteur ou d’un « uber ».
Quel sont les besoins des entrepreneur-e-s aujourd’hui ? Le modèle de l’indépendant qui travaille soixante heures par semaine sans voir ses enfants grandir est-il encore valorisé ? Entre des dispositifs de soutien à la parentalité (comme les congés parentaux) et un abaissement des cotisations, que préfèrent-ils ? L’Inasti (la Sécurité Sociale des indépendants) a dégagé un boni de 500 millions d’euros : est-ce une opportunité pour améliorer la conciliation avec la vie familiale ou plutôt prévoir des indemnités en cas de maladie ? Préfèrent-ils un soutien via des titres-services ou plutôt une place en crèche ? Etc.
Cette enquête, une première pour la Ligue des familles, est importante. Nous avons besoin de vous pour y répondre si vous êtes concernés ou la diffuser à vos proches. L’enquête est en ligne sur www.parent-independant.be, jusqu’au 20 octobre. Nous vous donnons rendez-vous le 15 novembre pour découvrir les résultats et partager nos analyses.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles