Plus de temps pour les enfants et les ados

30 novembre 2016


Dans de nombreuses régions d’Europe, de plus en plus de voix s’élèvent contre la hausse des devoirs à domicile. Chez nous, entre partisans et opposants, traditions et souhait de pédagogies alternatives, volonté de réformer les rythmes scolaires ou pas, les débats sont nombreux et font souvent des étincelles. Une façon d’aborder ce débat ne serait-elle pas d’envisager les différents temps de la journée de l’enfant, de l’ado comme les faces d’une même pièce ?

Faire les devoirs à l’école gomme les inégalités…

Nous le pointons régulièrement dans nos études : les chiffres sur le temps passé par vos enfants à réaliser leurs devoirs ne cessent de croître. De nombreux parents nous interpellent sur le fait que leurs enfants doivent parfois travailler jusqu’à 22h pour terminer leurs devoirs ! Force est de constater que le décret visant à limiter les temps de travail scolaire à domicile dans le fondamental a fait long feu (beaucoup d’écoles le contournent). Quant au secondaire, aucun règlement n’encadre ces travaux.
La Ligue des familles défend la réalisation des devoirs à l’école, ce qui permet de mieux individualiser les travaux et donc de s’adapter aux rythmes de chacun. Il serait envisageable de prévoir un relais par l’extrascolaire pour les enfants ayant terminé rapidement leurs devoirs. Faire les devoirs à l’école avec les professionnels de l’enseignement gomme les inégalités !

…mais pas seulement

Dans le quotidien des devoirs traditionnels, nous le voyons, certains parents galèrent pour soutenir leurs enfants (tout le monde n’a pas fait psycho-péda à l’agrégation !). D’autres se tournent vers des services de soutien scolaire aux tarifs souvent salés. D’autres encore misent sur la performance de leurs enfants… au risque que le temps de travail de l’enfant ne prenne toute la place sur les autres activités de l’après-journée d’école : le repos, les loisirs, la culture, les sports, etc.
Parce qu’après l’école, la vie continue pour les parents comme pour les enfants. Le temps de l’enfant doit aussi être libre… ou libéré plutôt pour permettre d’autres formations ou apprentissages personnels participant à l’épanouissement, au défoulement et aussi au repos de nos enfants. Les temps d’après-journée, de week-end et de vacances sont des moments importants pour chacun dans une famille.
C’est aussi pour ces raisons que la Ligue des familles plaide pour une réorganisation des rythmes scolaires qui fasse effet de levier pour une société plus humaine, plus solidaire et plus respectueuse des rythmes de chacun. C’est d’autant plus important dans une société où les adultes sont sans cesse davantage mis sous pression, de préserver ces temps pour les plus jeunes !

Le temps libre, un droit de l’enfant

L’internalisation des devoirs et la révision des rythmes de la journée et de l’année scolaire est une opportunité pour assurer un calendrier scolaire sur mesure, au rythme de chaque enfant selon sa tranche d’âge. C’est également une opportunité pour faire rentrer dans l’école des activités qui y avaient disparu (ou été fortement réduites) et renvoyées à l’après-journée : activités culturelles, artistiques, ludiques, sportives… Ces activités sont de plus en plus externalisées et payantes (sans parler de la difficulté pour certains parents d’assurer la mobilité qui va avec).
Ce travail, nous le poursuivons dans le cadre d’une plateforme thématique consacrée au droit aux loisirs et aux temps libres consacré par l’article 31 de la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989. Ces droits ne sont pas secondaires : leur accès enrichit la personne, son parcours, sa culture, ses connaissances autant que l’école.
Cet accès, bien inégal selon que l’on soit riche ou précaire, mobile ou moins mobile, que l’on ait des ressources en temps ou moins, doit être pris en compte. Il apporte rencontres, apprentissage de la socialisation et découverte de l’autre… autant d’éléments nécessaires à la construction d’une citoyenneté ouverte à la diversité, créative et inclusive dont nous avons bien besoin.

 

François Bertrand, chargé d'études