Politique migratoire européenne : que dirons-nous à nos enfants ?

28 juin 2018


Ces jeudi et vendredi, le Conseil européen aborde la politique migratoire de l’Union européenne. Au menu de la réunion des chefs d’États et de Gouvernements : renforcement des frontières, réforme du régime d’asile européen, meilleure gestion des flux migratoires et renforcement de la coopération avec les pays d’origine et de transit.

En attendant, quelques jours après que l’Aquarius, ce bateau transportant plus de 600 rescapés de la traversée de la Méditerranée, ait été accueilli en Espagne suite au refus de l’Italie d’ouvrir ses ports, un nouveau navire de 239 personnes, avec 4 bébés à son bord, reste bloqué au large de Malte, faute de consensus entre États-membres pour l’accueillir.

Dans ce contexte, en tant qu’association représentant les familles, toutes les familles, quelles que soient leurs origines, nous ne pouvons que nous poser cette question : dans quelques années, que dirons-nous à nos enfants de la manière dont l’Europe a traité ces personnes ?

Juncker : « Refouler des bateaux qui arrivent dans nos ports, ce n’est pas cela, l’Europe »

« Refouler les bateaux qui arrivent dans nos ports, mettre le feu aux camps de réfugiés ou ignorer des gens qui sont dans la misère et livrés à eux-mêmes: ce n’est pas cela, l’Europe. L’Europe, c’est ce boulanger de Kos qui fait cadeau de son pain à ces hommes et femmes affamés et épuisés. L’Europe, ce sont ces étudiants à Munich et à Passau qui apportent des vêtements aux nouveaux arrivants, à la gare. Ce sont ces gens qui applaudissent les réfugiés et leur souhaitent la bienvenue à la gare de Munich. L’Europe dans laquelle je veux vivre, c’est celle de ces gens qui apportent leur aide.»

Ces mots, ce sont ceux de Jean-Claude Juncker, Président de la Commission européenne, dans son discours sur l’État de l’Union en 2015. Depuis, les arrivées en Europe sont revenues à leur niveau d’avant 2015. Pour autant, les discours politiques se sont durcis à l’encontre de ces hommes, ces femmes, ces enfants qui cherchent à vivre en sécurité.

Citons le Gouvernement italien, le Premier ministre allemand, le Groupe de Višegrad (Pologne, République tchèque, Slovaquie et la Hongrie), tous opposés à l’accueil de réfugiés et migrants sur leur territoire. Ou plus près de nous, le Secrétaire d’État Theo Francken, qui envisage de refouler les bateaux à la mer.

« Cachez cette misère que je ne saurais voir »

Certains États voudraient que l’Europe mette en place des « plateformes régionales de débarquement » – des centres fermés – soit dans les pays européens d’arrivée (qui s’opposent à cette idée), soit dans les pays du pourtour méditerranéen (Afrique du Nord, Albanie). Avec un financement européen, mais sans garantie quant aux droits des personnes « accueillies » dans ces camps.

La Ligue des familles dénonce

  • Les discours haineux qui se propagent impunément dans les conversations de tous les jours, les forums et jusqu’aux plus hautes sphères de l’État et de l’Union européenne.
  • Les gouvernements qui affichent avec fierté leur refus de solidarité et qui osent l’inadmissible, comme l’Italie qui refoule les bateaux pour ne pas devoir accueillir celles et ceux qui sont à bord.

La Ligue des familles demande 

  • Aux autorités internationales, l’Europe en tête, d’être à la hauteur des enjeux humains et de proposer des solutions courageuses et respectueuses de chacun ;
  • Aux autorités belges d’offrir des conditions d’accueil dignes. Plus spécialement, nous demandons :

> l’arrêt immédiat du projet d’enferment de familles avec enfants ;

> des mesures volontaristes facilitant le regroupement familial ;

> la création de plus de places d’accueil d’urgence ;

> un accompagnement psychosocial de qualité.

Que dirons-nous à nos enfants ?

Ces personnes qui prennent la mer avec leurs enfants, sur des embarcations de fortune, abandonnant leur vie derrière elles, ne le font que pour offrir une sécurité d’existence à leur famille.

Trois grands quotidiens européens nous rappellent ce que signifie la forteresse Europe. Ils publiaient la semaine dernière, sur plus de 50 pages, les 34 361 noms de celles et ceux qui ont perdu la vie en tentant de rejoindre l’Europe ces quinze dernière années.

Et cela alors que, selon le Président de la Commission européenne lui-même, « l’Europe (…) est un lieu de paix et de stabilité, et nous devrions en être fiers. Nous avons les moyens d’aider ceux qui fuient la guerre, la terreur, l’oppression ».

Pensons à nos enfants et à leur regard sur nous dans dix, vingt, cinquante ans. Et pensons-y maintenant.