Prenons le chemin d’une école pour tous les enfants

2 décembre 2020


La scolarisation dans l'enseignement ordinaire de tous les enfants à besoins spécifiques, y compris les enfants porteurs de handicap, est un objectif largement partagé. Mais les pouvoirs publics peinent à le concrétiser. La Ligue des familles sort une étude dressant les étapes concrètes à franchir pour y arriver.

Prenons le chemin d’une école pour tous les enfants

Chaque enfant est différent, que ce soit physiquement, psychologiquement, au niveau du comportement, de la personnalité ou des besoins propres. Aucun enfant n’est handicapé dans l’absolu ou par nature, il l’est par rapport à une situation donnée, par rapport aux représentations de notre société. Lorsqu’un diagnostic est posé sur le handicap d’un enfant, c’est un parcours du combattant qui commence pour ses parents. Si un enfant est mal-voyant, malentendant ou muet, s’il est atteint de déficit de l’attention, de troubles d’apprentissage, de troubles du comportement, d’un retard mental ou encore d’un déficit moteur, il risque de ne pas répondre aux exigences de l’école et d’être dirigé vers l’enseignement spécialisé.

Tous les enfants ont droit à une scolarité ordinaire
mais sur papier seulement

Des élèves sont ainsi écarté·e·s des autres, dès leur plus jeune âge, et placé·e·s dans l’enseignement spécialisé en raison de leur handicap. Cette séparation a pour effet de créer deux bulles séparées l’une de l’autre, puisque tous les enfants ne grandissent pas ensemble. Ainsi existe un système scolaire ségrégé. Pourtant, chaque enfant, diagnostiqué handicapé ou non, est susceptible d’avoir des besoins spécifiques au cours de sa scolarité.

En principe, tous les parents peuvent inscrire leur enfant dans n’importe quelle école. Notre enseignement est censé permettre à un·e élève handicapé·e de poursuivre sa scolarité moyennant la mise en place d’aménagements raisonnables, comme par exemple une interprétation en langue des signes durant les cours, la présence d’un·e enseignant·e de soutien, la construction d’une rampe d’accès, la mise à disposition d’un outil numérique, etc.

Sur le terrain, beaucoup de parents ignorent leur droit de demander des aménagements pour que leur enfant soit scolarisé dans l’école de leur choix. Mais surtout, de trop nombreuses écoles ne respectent pas cette obligation inscrite dans la loi. Permettre à un enfant en situation de handicap d’aller à l’école de son quartier avec ses voisins, ses frères et sœurs, ses copains, copines, c’est lui permettre de vivre davantage comme tout le monde.

C’est à l’école de s’adapter aux enfants et non l’inverse

Une école inclusive, adaptée à tou·te·s les élèves, quels que soient leur handicap et leurs besoins, est un objectif fréquemment mentionné dans les programmes des partis politiques et les accords de gouvernement. La concrétisation, toutefois, peine à suivre.

Le Pacte pour un enseignement d'excellence reprend lui aussi un certain nombre de mesures relatives à un enseignement plus inclusif, mais est bien moins précis et concret sur ce point que pour les autres aspects de la réforme dans notre enseignement. En outre, il ne remet pas en cause l’existence d’un enseignement ségrégé.

Pourtant mentionnée dans les programmes politiques, la concrétisation de l’école inclusive peine toujours à se réaliser

Il est pourtant possible de construire une école pour tous. D’autres pays y sont arrivés, comme l’Italie, le Portugal et le Danemark. La Ligue des familles a voulu prendre le sujet à bras-le-corps et dresser les étapes concrètes - avec un échéancier - à mettre en place pour y arriver. Dans notre dernière étude, nous préconisons ainsi de réaliser dans un premier temps un cadastre des besoins et de lancer une campagne de sensibilisation à l’école inclusive en vue de montrer ses bienfaits pour tous. Former les enseignant·e·s et le personnel des écoles aux spécificités de chaque enfant est une étape importante pour arriver à faire des écoles ordinaires un lieu d’apprentissage adapté à chacun·e.

La mise en place des pôles territoriaux est déjà en cours. Il convient toutefois de préciser leur rôle et le fonctionnement de ceux-ci pour qu’ils accompagnent les écoles dans le chemin de l’inclusion et qu’ils apportent une aide personnalisée à chaque enfant qui en a besoin.
Il est temps de concrétiser la mise en place du dossier reprenant le parcours de l’enfant, son suivi, les difficultés rencontrées et les solutions mises en place. Les politiques doivent également trouver des solutions pour garantir la mise en place des aménagements raisonnables. Une réforme des mécanismes d’orientation vers l’enseignement spécialisé doit être faite et s’assurer de la place des parents dans ce processus.

Enfin, la fermeture, petit à petit, d’un maximum d’écoles spécialisées pour que cet enseignement devienne résiduaire et le redéploiement des enseignant·e·s spécialisé·e·s dans les classes ordinaires constituent les dernières étapes pour construire une école pour tous.
La Ligue des familles s’est donnée pour objectif de contribuer à la transformation de la conception du handicap et de l’école.

Jennifer Sevrin et Maxime Michiels, chargé·e·s d’études à la Ligue des familles