Prenons notre temps

22 juin 2016


Le temps ? Certains en prennent beaucoup pour disserter à son sujet, surtout quand il est mauvais. Ce dernier mois, les trombes d’eau qui se sont abattues sur nos têtes ont été au centre de nombre de nos conversations. Triste temps ? Nous usons de la même expression pour parler d’une météo chagrine autant que pour évoquer de piètres conditions de vie.

Le temps ? En cette période de compétitions sportives, d’aucuns voudraient qu’il file un peu plus vite lorsqu’en fin de match, le tableau marquoir est favorable à leur équipe alors que les supporters adverses réclament à l’arbitre quelques minutes additionnelles.
Les temps ? Durs, ils s’égrènent trop lentement ; légers, ils s’envolent aussitôt.
Le temps ! D’aucuns soutiennent qu’il n’est pas extensible. Alors que d’autres vous inviteront à le prendre quand, justement, tout porte à croire que vous en manquez. Cette course contre la montre nous fait peut-être passer à côté de celle en or.

Une question centrale pour la Ligue des familles

La question est centrale pour les parents. Et, à la Ligue des familles, nous prenons le… temps de l’étudier sous toutes les coutures en nous attachant à prendre en considération la situation des familles les plus fragiles. Pointons, par exemple, le projet du gouvernement de comptabiliser, sur une base annuelle, le nombre d’heures prestées dans le cadre du travail.
Nous aurions pu nous réjouir de cette flexibilité offerte aux mères et aux pères actifs pour organiser la conciliation entre boulot et maison. Mais, le monde du travail se trouve, plus que jamais, dans un contexte difficile et nous savons que la mesure pourrait ainsi autoriser certains employeurs peu scrupuleux à imposer des horaires de travail en fonction de leurs seules priorités. Or, le temps des enfants, lui, n’est pas flexible. Pas plus que celui des parents, surtout s’ils/elles sont seul(e)s aux commandes de la fratrie.
Autre sujet de revendication : rendre obligatoire le congé de paternité des pères pour que tous puissent y prétendre. Certes, aujourd’hui, la loi le prévoit, mais de trop nombreuses pressions sont exercées au travail pour les en dissuader. Ou encore, le Pacte d’excellence dans le cadre duquel le rythme biologique de l’enfant est enfin pris en compte. Bref, le temps est au centre de nos préoccupations, les vôtres et les nôtres aussi.

Des temps différents, du temps pour tous

Prendre le temps, c’est penser à soi, c’est en consacrer à ceux que l’on aime. Et, pas exclusivement à sa marmaille. La question est plus difficile encore pour les parents confrontés à la prise en charge des enfants en situation de handicap ou qui assument le rôle d’aidant-proche pour leurs parents vieillissants. Accorder aux premiers des moments de répit en mettant un service baby-sitting adapté à leur disposition ou réclamer un véritable statut légal pour les seconds figure également dans la liste de nos priorités.
Au sein de notre mouvement, des hommes et des femmes vous donnent de leur temps, souvent sans compter. Volontaires, ils s’investissent, à leur échelle, dans la noble mission de vous soutenir dans votre difficile métier de parents. Si vous les interrogez, ils vous diront que donner de leur temps, c’est souvent en prendre du bon !
Pour les uns, cet engagement touche aux solutions pratiques qu’ils entendent développer en faveur des familles : bourses aux vêtements, animations... Pour les autres, l’accent est de nature plus politique : à l’image de 250 d’entre eux en train de plancher actuellement sur le problème de l’accueil des migrants. Car, oui, nous pouvons agir ensemble à tout niveau pour rendre notre société plus inclusive, plus équitable, plus solidaire.

Et demain ?

Puisque nous en sommes à parler d’inclusion, levons déjà un peu le voile sur notre prochaine campagne. Elle sera consacrée à l’accueil des familles au sein de nos communes sous deux angles de vue tout à fait complémentaires. D’une part, nos volontaires étudieront les initiatives à développer ou à renforcer pour que chaque famille emménageant dans un nouvel environnement se sente la bienvenue. Nous avons l’ambition que ces réflexions menées à un niveau local débouchent sur des réalisations concrètes.
D’autre part, toujours avec nos volontaires, nous nous pencherons sur la question de savoir si les politiques communes prennent en compte un objectif de mixité de la population et mettent en place les dispositifs nécessaires pour accueillir, entre autres, les familles rencontrant des besoins spécifiques. Pourquoi ne pas rêver d’établir un cahier des charges et de mener des actions pour qu’il soit pris en considération par les responsables politiques lors de l’élaboration de leur programme ?
Nous ne serons jamais assez nombreux pour atteindre ces objectifs. Nous sommes à la recherche de sang neuf. Nous lançons donc un appel au don de temps.
Et, puisque la période s’y prête particulièrement, cet été, je vous invite à prendre votre temps. Sur ce thème, il me revient à l’esprit l’angle de vue pour le moins singulier que Jean-Jacques Servan-Schreiber avait adopté dans son livre L’art du temps paru en 1983. Quoique des plus simplistes, l’idée est lumineuse : il compare notre agenda à une maison dans laquelle nous serions en train d’emménager. Bien sûr, des contraintes s’imposent à nous. Tout comme dans une nouvelle habitation, il nous faut disposer d’une cuisine, d’une salle d’eau, de pièces dédicacées au repos… Pour le reste, nous partons d’un espace vide. Ainsi, l’auteur encourage chacun à « meubler » son agenda au lieu d’y empiler ses obligations.

Patrick Binot, directeur général de la Ligue des familles