Réforme de la petite enfance : enfin un accord politique

27 novembre 2018


La Ligue des familles est satisfaite : le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a enfin donné son accord pour la mise en œuvre de la grande réforme de l’accueil de la petite enfance prévue par le contrat de gestion de l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE) et indispensable pour les enfants, leurs parents et les professionnels du secteur. Reste par contre une grande interrogation sur les moyens dégagés pour sa mise en œuvre : 6,5 millions ont été annoncés pour un coût global de 125 millions…

Pour rappel, à l’étude depuis 2015, cette réforme a été recalée par le Gouvernement avant l’été. Face à cet énième report, la Ligue des familles s’est inquiétée d’un risque d’échec pur et simple à quelques mois des élections régionales (et donc communautaires). Et a entrepris toute une série d’actions pour tenter de sauver cette réforme indispensable : publication d’une carte blanche signée par 19 organisations représentant l’ensemble du secteur de l’enfance (pouvoirs organisateurs, travailleurs, employeurs, fédération et mouvements familiaux), interpellation directe des parlementaires membres de la commission Enfance du Parlement, courrier aux présidents de partis et diverses interventions médiatiques. Nos actions ont payé. Le Gouvernement a approuvé cette réforme le 26 octobre 2018. La proposition de décret sera soumise au Parlement cette année 2018. Il était temps.

Nos interrogations persistent, par contre, sur la question des moyens : une enveloppe de 6,5 millions est budgétée pour la première phase. Elle sera affectée à une amélioration du financement des milieux d’accueil les plus fragiles. Quid des 118,5 millions nécessaires à sa complète mise en œuvre ? Nous attendons aujourd’hui un réel engagement financier et des informations sur le phasage prévu. Cette réforme prendra des années, plus d’une dizaine, et le plus grand flou demeure sur les garanties de sa pleine et entière réalisation.

Pour rappel, les enjeux sont fondamentaux. On ne dira jamais assez l’importance d’un accueil de qualité accessible pour tous les enfants. Et nous en sommes loin. A peine 1 place en crèche pour 3 enfants, seulement 1 sur 5 à un prix démocratique, des modes de fonctionnement pas adaptés aux besoins des parents, un grand manque de mixité sociale, des crèches au bord de la faillite et des professionnel·le·s en manque de reconnaissance. Tous s’accordent sur la nécessité de revoir fondamentalement le système actuel. On ne compte plus les études belges et internationales qui démontrent la nécessité d’investir dans la petite enfance. Pour les enfants d’abord mais aussi pour la collectivité. Les analyses des économistes viennent démontrent qu’1 € investi en rapporte entre 3 et 5 (selon les études). Pourquoi ? Parce qu’un accueil précoce, s'il est de qualité et assuré par des professionnel·le·s bien formé·e·s, permet de favoriser le développement physique, psychologique et social de l’enfant et dès lors de diminuer le décrochage scolaire. Il favorise aussi l’égalité des chances entre enfants mais également entre les hommes et les femmes, il renforce l’accès et le maintien à l’emploi, il permet de lutter contre la pauvreté, etc.

La réforme prévoit essentiellement de renforcer la qualité de l’accueil, la création de véritables postes de direction dans les crèches, des places moins chères pour les familles, des puériculteurs/trices mieux outillé·e·s et plus nombreux/ses et des incitants réels à davantage de mixité.