Rien ne peut justifier l’enfermement d’un enfant

28 août 2018


Quatre enfants de moins de 6 ans, nés en Belgique, sont enfermés depuis ce 14 aout. La Belgique avait renoncé à l’emprisonnement des familles en attente d’expulsion depuis 2009, après plusieurs condamnations par la Cour européenne des droits de l’homme. Un retour en arrière inacceptable.

Rien ne peut justifier l’enfermement d’un enfant - Photonews

La Ligue des familles a visité ces « unités familiales » avec une dizaine d’autres associations. Elles sont situées aux abords des pistes de décollage de l’aéroport de Zaventem, juste à côté du centre fermé de Steenokkerzeel, le fameux 127bis. Ces quatre bâtiments sont cernés de grillages et de caméras de surveillance. Présentées comme adaptées aux enfants, ces « maisons » sont équipées de cuisine, salle de bain, chambre. Dans un de ces bâtiments, il est prévu de faire « l’école » et de réserver une pièce pour des rendez-vous avec des « coachs » en détention (si si), des psys ou avocats. À l’extérieur, il y a une « plaine de jeux » avec toboggan.
À leur arrivée, ces enfants privés de liberté seront fouillés. Ils pourront jouer derrière un grillage avec un casque pour les protéger du bruit assourdissant des moteurs d’avions. Ils ne pourront (et leurs parents non plus) sortir le soir après une certaine heure. Le personnel de surveillance pourra passer outre l’autorité parentale en fonction du Règlement d’ordre intérieur de ces unités. Un jeune de 16 ans pourra, par exemple, être mis à l’isolement sur seule décision du Directeur général. Le personnel pourra accéder aux unités entre 6h et 22h, et plus tôt si un éloignement est prévu.
Quelques heures seulement passées sur place et nous sortons oppressés par ce sentiment d’enfermement permanent. Et en colère. Parents nous-mêmes, imaginer la vie de ces enfants dans ces prisons est douloureux.

Des conséquences graves pour les enfants

Soyons clairs, ces aménagements par rapport à une cellule ordinaire tentent de correspondre aux prescrits de la Cour européenne des droits de l’homme. Pour éviter une nouvelle condamnation et répondre aux critères de « conditions adaptées aux enfants ». Nous ne doutons pas des intentions certainement louables des personnes qui encadreront ces familles pendant leur enfermement. Mais tout cela est un leurre. Tout emprisonnement est un traumatisme pour un enfant, peu importe la durée et les conditions de détention. Tous les spécialistes de l’enfance le disent : retards de développement et difficultés d’apprentissage, risque de dépression, de tentatives de suicide, d’automutilations et même retards de croissance. La pédiatre de l’Hôpital St Pierre qui a examiné ces enfants après quelques jours de détention est inquiète. "Ces enfants vont cumuler une série de traumatismes. L'arrestation par la police à l'aube, la détention, l'isolement par rapport à leur entourage... Ils éprouvent un sentiment de rejet, d'injustice, un manque de confiance en l'adulte et la société. (...) Tout cela est extrêmement néfaste et ça se voit, même après quelques jours." On a beau embellir la façade pour calmer nos consciences et les cours internationales de justice, ce qui se passe à l’intérieur est inacceptable du point de vue des droits humains et particulièrement des droits de l’enfant.

Des alternatives existent

Je m’interroge. Quel danger font courir des enfants de moins de 6 ans à la population belge ? Et je me demande aussi, quelles conséquences cet enfermement aura-t-il sur ces enfants très jeunes, sur leur santé physique et psychique, sur leur avenir ? Je me demande encore ce qui justifie qu’un enfant serbe ait moins de droits que les miens ici en Belgique ? Cette décision de la Belgique de renouer avec l’enfermement des familles nous heurte au plus profond de nos convictions. Et les questions se bousculent… De quel droit la Belgique décide-t-elle d’enfreindre la Convention Internationale des Droits de l’Enfant qu’elle a ratifiée en 2009 ? Comment peut-on défier, en toute impunité, les instances internationales chargées de faire respecter les droits humains comme la Commissaire aux droits de l'homme du Conseil de l'Europe, le Comité des Droits de l’Enfants des Nations Unies ou le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés ? Comment enfin contester l’expertise d’ordres professionnels reconnus comme celui des avocats ou d’experts médicaux ?
Nous sommes effarés. Et notre conviction est entière : rien ne justifie l’enfermement d’un enfant. Rien. Aucune circonstance exceptionnelle n’est pensable ni envisageable pour des questions purement administratives. Il n’y a pas de commune mesure entre porter gravement atteinte au bien-être d’un enfant et voir ses parents ne pas respecter une injonction administrative.
Des alternatives existent. Nous demandons aux autorités belges l’annulation de l’Arrêté royal qui permet l’enfermement de ces enfants et de leurs parents.

Delphine Chabbert, Secrétaire politique de la Ligue des familles