Séparation et argent : les familles monoparentales dans la tourmente

12 avril 2017


La dernière enquête de la Ligue des familles sur la situation financière des parents après une séparation est édifiante. Appauvrissement d’un côté et enrichissement d’un autre, sans mécanisme de solidarité suffisant pour aider ces familles. Des solutions concrètes et un grand débat s’imposent.

Séparation et argent : les familles monoparentales dans la tourmente

Un fait de société 

Le 20 avril prochain, la Ligue des familles dévoilera les résultats d’une grande enquête sur les effets de la séparation dans le budget des parents. Aujourd’hui, plus de 40 % des familles sont passées par là. Monoparentales ou recomposées, leur nombre est en constante augmentation. La séparation est désormais un fait de société incontournable. Or, ses effets sont peu pris en compte et ces parents sont trop souvent laissés seuls face à eux-mêmes.

La séparation appauvrit les familles et nourrit toute une économie

Ça n’est jamais facile. Un séisme, entend-on souvent. La séparation, c’est la fin d’un projet commun. C’est traverser d’intenses émotions contradictoires. C’est craindre pour le bien-être de ses enfants. Et puis, très souvent, c’est un appauvrissement financier. L’enquête montre que 85 % de ces parents ont plus de difficultés à joindre les deux bouts depuis la séparation.
Elle dévoile également le type de frais supplémentaires qui s’imposent à ces familles. Logement, mobilité, Justice, banque, loisirs… les frais explosent, nourrissant au passage toute une série de professionnels qui vivent ou s’enrichissent des conséquences de l’éclatement de ces familles. On découvre, par exemple, que plus d’un parent sur deux consulte un psychologue pour son enfant après la rupture ; et ce y compris chez les familles aux revenus modestes.
Or, les mécanismes de solidarité prévus pour aider ces familles à passer le cap sont insuffisants. Nous faisons face à une absence de réflexion collective qui a pour effet de laisser s’appauvrir un nombre toujours plus grand de ménages. Mais jusqu’à quand ? L’objectif de cette enquête est précisément de lever le voile sur des situations difficiles, trop facilement renvoyées à la responsabilité individuelle des personnes concernées et animer un grand débat sur les changements profonds qui bousculent notre société.

La séparation renforce les inégalités

Un résultat a retenu toute notre attention. Plus les parents ont des revenus modestes, plus ils ont recours à la Justice pour les questions financières et l’hébergement des enfants. Ces familles sont aussi les moins satisfaites des arrangements conclus et souffrent plus d’un mauvais paiement des rentes alimentaires. Une chose est certaine, la séparation coûte moins cher et ses effets sont atténués lorsque les ex-conjoints parviennent encore à discuter.
Autre inégalité accrue avec la séparation, les différences de situation entre les familles monoparentales et les familles recomposées. Les parents solos cumulent les difficultés, principalement au niveau financier. Une immense majorité de ces parents étant des femmes, faut-il le préciser.

Proposer et débattre de solutions

Une des difficultés majeures rencontrées par ces parents solos est le mauvais paiement des rentes alimentaires. Or, l’obligation alimentaire est inscrite dans le Code civil. C’est un droit de l’enfant et un devoir du parent. L’enquête montre que les familles monoparentales, contrairement aux recomposées, ont plus souvent la garde à temps plein des enfants et assument ainsi l’entièreté des frais nécessaires à leur éducation.
Ce mauvais paiement plonge de nombreuses familles dans la précarité. Trop de droits ne sont pas respectés. Le Secal, l’administration prévue pour la récupération de ces rentes et les avances en cas non-paiement, ne répond pas efficacement aux difficultés financières de ces familles.
Pour répondre aux besoins urgents de ces parents et construire une société solidaire entre tous les types de familles, la Ligue des familles demande :

  • un refinancement du Secal, tout de suite,
  • la mise en place d’un service universel de créances alimentaires (voir notre analyse chiffrée) dès la prochaine législature,
  • le Contriweb comme méthode de référence pour le calcul des créances alimentaires,
  • une réflexion sur un modèle assurantiel de protection contre la séparation dans le cadre de la Sécurité sociale,
  • et surtout, un grand débat de société sur les nouvelles solidarités à organiser au regard des situations réelles vécues par toutes les familles.

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles