« Travail faisable » : une loi qui complique la vie des parents

25 janvier 2017


La loi Peeters sur le « travail faisable » vient d'être votée, et cela va compliquer la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale des parents. La Ligue des familles appelle toutes les personnes qui seront touchées par cette loi à témoigner via son Observatoire des familles.

« Travail faisable » : une loi qui complique la vie des parents

La flexibilité, du côté des entreprises

Après des semaines de débats, le parlement fédéral vient de voter le projet de loi du ministre de l’Emploi, Kris Peeters. Cette loi modifie la durée légale du travail hebdomadaire, prévoit la possibilité d’épargner ses jours de congés dans un compte « épargne-temps » et permet le « don de congés » entre des travailleurs d’une même entreprise.
Travailler plus à certains moments, jusqu’à 45 heures par semaine, renforce le principe de flexibilité pour les entreprises : leur donner plus de marge de manœuvre pour augmenter la compétitivité, répondre aux aléas du marché et s’adapter à la concurrence mondiale. Or, pour vraiment aider les parents, la flexibilité du temps de travail doit être choisie, anticipée et maîtrisée. Cette loi va à l’encontre de cette nécessité.
De l’autre côté, le principe de la solidarité, via le don de congés, est renvoyé du côté des travailleurs et de leur bonne volonté. Avec toutes les disparités possibles d’une entreprise à l’autre…

Des parents qui manquent de temps

La Ligue des familles suit attentivement les débats autour de cette réforme. Depuis 2014, nous exprimons quels sont les besoins des parents et leur réalité à prendre en compte pour ne pas leur rendre la plus vie plus difficile. Le temps des parents est complexe, de plus en plus.
La course entre les exigences professionnelles et familiales ne cesse de s’intensifier et le temps des enfants n’est, lui, pas flexible. Le besoin de temps devient une question de santé publique… dépression, arrêts de travail et burn-out. Le budget de l’Inami explose sur la santé mentale. Les femmes sont les plus touchées : elles portent encore le poids de la double journée entre travail rémunéré, soins aux enfants, entretien de la maison, courses, etc.
Le Baromètre des parents de la Ligue des familles de décembre dernier a mis des chiffres sur ces difficultés. 8 parents sur 10 manquent de temps et déplorent des difficultés dans leur vie quotidienne pour concilier travail, famille, activités personnelles, etc. Ce manque de temps entraîne du stress et de la fatigue. Plus de 1 parent sur 5 ressent un risque de burn out parental.

Une loi qui va renforcer les inégalités

Cette loi n’est pas « family friendly ». Pour trois raisons essentielles.

► Les parents dont les horaires quotidiens ou hebdomadaires vont augmenter vont rencontrer plus de difficultés. Plus encore pour les parents solos.
► Le temps des enfants et des services qui les prennent en charge (crèche, école, garderie etc.) n’est pas flexible. Souhaitons-nous des enfants accueillis en crèche plus de douze heures par jour ? Ou des écoles ouvertes jusqu’à 20h ?
► Le temps des hommes n’est pas le même que celui des femmes. Le compte épargne-temps, présenté comme une mesure facilitant la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, va piéger les femmes. Les exemples européens, notamment celui des Pays-Bas, montrent que les hommes utilisent le temps épargné en fin de carrière pour partir plus tôt à la retraite, tandis que les femmes l’utilisent pour s’occuper des tâches familiales surtout quand les enfants sont petits. Les Pays-Bas ont d’ailleurs fait marche arrière sur ce compte épargne-temps.

L’Observatoire pour mesurer les impacts de cette loi

La Ligue des familles défend des mesures qui améliorent concrètement l’articulation entre la vie personnelle et la vie professionnelle des parents, qui respectent le rythme des enfants et de la vie familiale, et qui favorisent l’égalité entre les hommes et les femmes. Le congé de paternité obligatoire et l’amélioration du congé parental, par exemple, vont dans ce sens. Tout le contraire des changements prévus dans cette loi.

 

Delphine Chabbert, secrétaire politique de la Ligue des familles