Baromètre des parents 2020

16 décembre 2020


En cette fin d’année 2020, notre Baromètre des parents fête ses 5 ans. 5 ans que nous prenons le pouls des familles, dans les grands domaines de leurs vies. Un lustre aussi, malheureusement, de certains immuables constats : concilier travail et vie de famille, trouver une place en crèche, avoir accès à une garderie scolaire ouverte assez tôt le matin ou tard le soir, toucher la pension alimentaire à laquelle on a droit… ça n’a pas (suffisamment) évolué entre 2015 et 2020 : c’est toujours la galère pour les parents.

Cette année 2020 a pourtant vu aboutir plusieurs importants combats de la Ligue des familles, comme l’allongement du congé de paternité, la fin du congé de maternité raboté en cas d’incapacité de travail en fin de grossesse, la suppression du plafond de revenus donnant accès au SECAL (avances sur pensions alimentaires impayées)… et la concrétisation d’acquis des années précédentes, comme la gratuité des fournitures scolaires en maternelles ou le plafonnement du coût des sorties scolaires.

Un lot important de bonnes nouvelles pour les parents, certainement en période de crise. Mais bien souvent, c’est too little, too late – trop peu, trop tard. Les réponses politiques peinent à suivre l’évolution des besoins des familles. Le congé de paternité sera ainsi, en janvier prochain, porté à 15 jours, puis à 20 jours en 2023. La Ligue des familles s’en est réjouie : c’est une première étape importante. Mais désormais, alors que cette mesure n’est même pas encore entrée en vigueur, c’est un congé de paternité de 15 semaines (et non 15 jours !), comme le congé de maternité, que réclament pas moins de 67% des parents (pères comme mères). En ce qui concerne les pères (on n’avait à l’époque pas posé la question aux mères), cela représente une augmentation de 7 points de pourcentage en à peine deux ans.

Les parents attendent donc beaucoup plus d’ambition. Plus encore, peut-être, en cette fin d’année 2020 qui a été particulièrement difficile pour eux. Cette crise aura certes fait souffrir de nombreux ménages, familles avec enfants ou pas. Mais la Ligue des familles a voulu connaître le vécu spécifique des parents, qui ont été confrontés en particulier à une inédite fermeture des écoles, des crèches et des activités extrascolaires, ainsi qu’à l’impossibilité de se reposer sur les grands-parents ; bref, ils ont été coupés de tout ce qui existe habituellement comme dispositifs de soutien aux parents et lieux d’épanouissement pour les enfants. Le résultat est sans appel : 7 parents sur 10 ne se sont pas sentis soutenus pas le monde politique pendant cette crise du coronavirus.

Au coeur de leur mécontentement, bien évidemment, ce qui les concerne tous : l’école (organisation du suivi scolaire et conciliation entre travail et garde des enfants pendant la fermeture des écoles et des crèches) et les « bulles de contact » inadaptées à leurs réalités familiales. Le manque de soutien financier est invoqué aussi, surtout par les familles les plus précarisées.

A force d’acharnement la Ligue des familles a pourtant obtenu le congé parental corona en mai, une victoire importante à une époque où les parents étaient totalement laissés sans solution, mais une mesure arrivée tardivement, après des semaines infernales pour de nombreux parents à tenter de concilier (télé)travail et garde des enfants, deux activités à temps plein. Un congé aussi que les parents ne pouvaient prendre qu’à mi-temps maximum, avec une rémunération ridicule de 352€ par mois. C’était, ici aussi, too little, too late – même si le chômage temporaire fermeture d’école, applicable depuis octobre, a un peu sauvé la mise pour la deuxième vague.

Cette situation de crise sanitaire était toutefois exceptionnelle à tous égards, et si ses conséquences vont sans nul doute se faire sentir dans la durée, on peut espérer qu’elle ne se reproduira pas. Par contre, d’autres problèmes majeurs, et non limités dans le temps, émergent de ce Baromètre et particulièrement de son focus sur la santé des familles.

On s’est penchés sur les maladies graves d’un membre de la famille, sur le paiement des factures d’hôpital, sur le report de soins à prodiguer aux enfants pour raisons financières. Partout, le même implacable constat : nous sommes sans doute dans un des pays les mieux lotis au monde à cet égard, il n’empêche que se soigner coûte cher, bien trop cher encore. Dans les familles les plus pauvres mais aussi dans les plus privilégiées, un problème de santé, et tout le ménage peut basculer dans les difficultés financières.

C’est donc sur un ton un peu sombre que nous entamons ce Baromètre : de nombreuses familles sont engluées dans les difficultés, de santé, financières, de conciliation des temps ou parfois tout ça à la fois. Il y a des avancées politiques, législatives, mais à la marge eu égard aux enjeux. Nommer les problèmes, c’est peut-être toutefois déjà un premier pas vers la solution. Avec ce Baromètre, nous posons les constats. Il restera bien du travail ensuite pour obtenir des mesures qui y répondent avec suffisamment d’ambition mais la Ligue des familles s’y attèlera avec d’autant plus de vigueur.

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