Belgique : l’immigration a une histoire

50 ans ! En 2014, cela fait un demi-siècle que la Belgique a signé une convention avec le Maroc et la Turquie pour faire venir chez nous des travailleurs de ces pays. Pourquoi ? Comment ? À l’occasion de ce double anniversaire, retraçons l’histoire de l’immigration dans notre pays de la fin de la 2e Guerre mondiale à aujourd’hui.

Belgique : l’immigration a une histoire

Quitter la famille pour travailler en Belgique

Pour débuter ce dossier et rendre plus parlante l’histoire de l’immigration dans notre pays, prenons l’exemple de Bilal, un ado de 14 ans, qui vit à Bruxelles. Bilal est né en Belgique, comme la majorité de ses copains de classe. Ses parents aussi, au début des années 1970.
Son grand-père paternel, Hassan, lui, a vu le jour au Maroc. En 1964, cet homme entend que la Belgique recherche ou plutôt recrute des travailleurs étrangers. Hassan décide de tenter l’aventure, attiré par une « vie meilleure » en Europe. Par l’argent qu’il va gagner aussi, dont il enverra une partie à la famille, restée au Maroc. En effet, Hassan est marié : il laisse donc au pays sa femme (soit la grand-mère de Bilal) et son premier fils (l’oncle de Bilal). À l’époque, il est loin d’imaginer qu’il va finir par s’installer en Belgique pour toujours. Arrivé en Belgique, en 1965, Hassan va notamment travailler à la construction du métro bruxellois : un moyen de transport que Bilal prend d’ailleurs tous les jours pour aller à l’école.

Des Belges dont l’histoire débute a l’étranger

Revenons à l’histoire d’Hassan. Après plusieurs mois de travail chez nous, il a la possibilité de faire venir sa femme et son jeune fils en Belgique pour que toute la famille s’installe définitivement ici. C’est ce que l’on appelle le « regroupement familial ». Le père de Bilal naîtra peu de temps après, en Belgique. Plus tard, il rencontrera sa femme, une Belge, avec qui il aura trois fils, dont Bilal. Bilal est donc un enfant issu de l’immigration, comme on dit souvent. C’est surtout un gamin belge qui est né, a grandi et vit en Belgique, comme la majorité de ses copains de classe.
L’histoire de la famille de Bilal est loin d’être unique en Belgique. Des dizaines de milliers d’autres familles, venues du Maroc mais aussi de Turquie, d’Italie, d’Espagne, de Grèce… ont un passé identique. Comment et surtout pourquoi sont-elles arrivées en Belgique ?

Des emplois dont les Belges ne veulent pas

Remontons dans le temps pour retracer l’histoire de l’immigration dans notre pays depuis 1946 (Avant la 2e Guerre mondiale, des Belges émigraient déjà, tandis que des immigrants arrivaient en Belgique. Ces mouvements de population n’étaient pas encore organisés comme par la suite). En 1946 donc, la Belgique et les autres pays d’Europe vivaient des moments très difficiles : ils sortaient d’un conflit qui avait fait plusieurs millions de morts, tandis que beaucoup de bâtiments, de routes, etc., devaient être reconstruits.
Les usines, mais aussi les mines qui exploitaient alors le charbon présent dans notre sous-sol, devaient tourner à plein régime. Pour cela, il fallait de nombreux travailleurs. La Belgique décida donc de faire appel à d’autres pays. En 1946, l’Italie fut le premier de ces pays à signer avec la Belgique une convention pour recruter des ouvriers.
Important à avoir à l’esprit, comme le souligne Marco Martiniello, professeur de sociologie de l’ULG : « À l’époque, la main-d’œuvre belge ne manque pas. Par contre, il n’y a plus suffisamment de Belges qui acceptent de faire certains travaux pénibles et mal payés, comme descendre dans les mines. »

Arriver seul, puis faire venir la famille

Entre 1946 et 1970, la Belgique signera une convention de recrutement de travailleurs avec sept pays. Pourquoi s’est-elle tournée vers des pays de plus en plus lointains, comme le Maroc ou la Turquie, en 1964 ? Marco Martiniello nous répond : « Rappelons que descendre dans les mines était extrêmement dangereux. De nombreux accidents ont d’ailleurs eu lieu, dont celui de Marcinelle, en 1956, qui fit 262 morts, dont de nombreux Italiens. Pour cette raison, le gouvernement italien a dit stop à l’envoi de travailleurs. Disons que le Maroc et la Turquie étaient moins regardants avec ces questions de sécurité. »
Les ouvriers recrutés avaient un contrat de travail de cinq ans, ce qui leur permettait de vivre sur notre territoire durant cette période. Dans un premier temps, ces travailleurs arrivaient en Belgique seuls, sans leur famille. D’ailleurs, la majorité d’entre eux n’imaginaient pas s’installer définitivement ici. Progressivement, ils ont obtenu le droit de faire venir leur famille, qui était restée au pays : c’était le regroupement familial.

Une immigration surtout européenne

Les dernières conventions concernant le recrutement de travailleurs ont été signées en 1970. Pourquoi plus après ? Parce que, dès cette époque, la situation de la Belgique (comme de ses voisins européens, d’ailleurs) va changer. Notre pays est frappé par une crise économique. Conséquence : il n’y a plus assez de travail pour tous les habitants du pays. Inutile, donc, de recruter encore des travailleurs à l’étranger. En 1974, la Belgique prend une décision importante : elle ferme ses frontières à l’immigration. Marco Martiniello précise : « Contrairement à ce que l’on croit souvent, nos frontières n’ont pas été fermées du jour au lendemain. Il s’agissait avant tout d’un discours de la part du monde politique qui voulait rassurer les Belges à propos du chômage et de l’immigration qui faisaient peur à certains. L’immigration zéro (soit son arrêt total, ndlr) n’a jamais existé. Disons qu’on ne l’encourageait plus comme avant. Que l’on incitait aussi certains immigrés à rentrer chez eux. Pendant ce temps, le regroupement familial continuait. »
Malgré l’annonce de l’arrêt de l’immigration, le nombre d’étrangers qui arrivent chez nous à continué à augmenter. Pourquoi ? Parce que, entre-temps, en 1968, une autre décision avait été prise au niveau de l’Union européenne (UE), qui s’appelait alors la Communauté Économique Européenne (CEE) : tous les travailleurs des pays membres avaient désormais le droit de s’installer dans un autre pays que le leur pour y travailler. Cette règle est encore valable aujourd’hui, alors que l’UE compte 28 pays membres et 500 millions d’habitants. Ceci explique pourquoi les immigrés d’aujourd’hui proviennent principalement de notre continent.

Anouck Thibaut

DICO

Un immigré : c’est une personne qui arrive dans un nouveau pays pour s’y installer. On dit de lui qu’il immigre.
Un émigré : c’est une personne qui quitte son pays pour aller s’installer à l’étranger. On dit de lui qu’il émigre.

Chaque année et depuis toujours, en Belgique comme ailleurs dans le monde, des personnes immigrent (arrivent) tandis que d’autres émigrent (s’en vont).

TOP 5

D’où viennent les immigrés aujourd’hui ?

  1. France (10,6 %)
  2. Roumanie (8,5 %)
  3. Pays-Bas (7,4 %)
  4. Pologne (7,1 %)
  5. Maroc (6,6 %)

En savoir +

► Plus d’infos, de documents, de témoignages d’hier et d’aujourd’hui sur les 50 ans d’immigration marocaine dans l’expo Nass Belgica, du 22 février au 27 avril au Botanique (Bruxelles).
► Toujours pour célébrer les 50 ans d’immigration marocaine, de nombreuses activités (spectacles, rencontres…) sont prévues. Info : www.50anscestdubelge.be
Une brève histoire de l’immigration en Belgique par Marco Martiniello et Andrea Rea.