Les enfants, premières victimes
de la guerre

Alors que chez nous, les écoles ont retrouvé leurs élèves depuis le 1er septembre, ailleurs ces bâtiments servent parfois à tout autre chose : ils sont occupés par l’armée, ils sont devenus des casernes. On l’oublie souvent : la guerre ne met pas seulement en danger la vie des populations (dont les enfants), mais a bien d’autres conséquences. Quels sont les pays où les jeunes souffrent le plus des combats et des conflits ? Et pour quelles raisons ? Les réponses dans ce dossier…

Asie et Afrique : principales zones de conflits - ONU - Rapport 2012

Infographie: Asie et Afrique : principales zones de conflits

Que nous montre la carte ci-dessus ? Les pays du monde où les enfants souffrent le plus des conséquences de la guerre. Cette liste est établie tous les ans (ici, pour 2012) par l’Organisation des Nations-Unies (ONU). Et ce, en fonction des observations faites par différentes équipes sur place : enfants tués, blessés, enlevés ou violés ; enfants engagés de force dans l’armée comme soldats ; enfants qui ne peuvent pas être soignés ou fréquenter l’école à cause des combats (voir page 28, pour en savoir plus).
Une chose saute immédiatement aux yeux : les pays épinglés ne sont pas éparpillés aux quatre coins du globe. Mais ils sont situés dans les mêmes grandes zones (en Afrique et en Asie). Ce sont donc ces régions-là de la planète où la paix est la plus fragile.

SITUATION GRAVE
Le rapport 2012 de l’ONU épingle 16 pays (en rouge sur la carte) où la guerre ou encore des conflits armés ont de graves conséquences pour la vie des enfants. Sans surprise, on retrouve parmi ce groupe la Syrie, le Mali, l’Irak, la République démocratique du Congo, la Lybie, l’Afghanistan, Israël… Les journaux nous en parlent régulièrement : ces pays sont secoués par des combats et des tensions depuis des mois.

SITUTATION PRÉOCCUPANTE
Second groupe de pays épinglés par le rapport 2012 de l’ONU : 5 pays où la situation des enfants n’est certes pas grave à cause de la guerre, mais tout de même préoccupante. Étonnant, ici, de retrouver l’Inde, la Thaïlande ou encore les Philippines. Non, ces pays ne sont pas en guerre comme c’est le cas actuellement en Syrie. Là-bas, certaines régions (et non l’ensemble du pays) sont secouées par des tensions, voire des conflits armés : les enfants en souffrent aussi.

Les enfants, premières victimes de la guerre

Des dégâts tous azimuts

Mali, Syrie, Afghanistan, République démocratique du Congo… Chaque jour, les médias nous donnent des nouvelles de ces pays qui connaissent la guerre ou des conflits armés.
Ainsi, fin août, vous avez sans doute vu (ou entendu parler de) ces images atroces venues de Syrie, ce pays qui, depuis 2011, connaît ce que l’on appelle une guerre civile. On y voyait des cadavres de femmes, d’hommes et surtout d’enfants, sans doute tués par des armes chimiques, soit des gaz et produits mortels, dont l’usage est pourtant interdit. Impossible encore de dire avec certitudes si ces armes ont été utilisées par les forces du président Bachar el-Assad ou celles de ses opposants qui se battent pour le forcer à quitter le pouvoir.
Au-delà de cette question, ces images nous rappellent la chose suivante : en temps de guerre, les enfants sont particulièrement vulnérables. Et pas seulement parce qu’ils risquent d’être blessés ou tués. Ou encore parce qu’ils peuvent être enrôlés de force dans l’armée : dans ce cas, ils deviennent ce que l’on appelle des enfants-soldats. Ce n’est pas tout…

Dans la guerre, pas d’avenir

Revenons à la Syrie, puisque c’est la guerre qui fait le plus parler d’elle dans les journaux actuellement. Depuis le début des combats, 2 millions de Syriens ont fui leur pays pour trouver refuge à l’étranger.
Parmi eux, 1 million d’enfants qui ont donc dû quitter leur village, leur maison, leur école, leurs copains et même parfois leur famille. Autres difficultés pour ces enfants qui vivent dans la guerre : se soigner s’ils sont blessés ou malades et avoir accès à une nourriture suffisamment équilibrée.
Difficile donc, dans de telles conditions, de vivre et de grandir correctement. Que vont devenir ces enfants syriens, comme tous les autres qui connaissent pareilles situations de guerre ? Retrouveront-ils leurs parents et le reste des membres de leurs familles, s’ils ont été séparés d’eux ? Parviendront-ils à retourner à l’école pour apprendre à lire et à écrire et, plus tard, avoir un métier afin de pouvoir gagner de l’argent pour vivre ? Autant de questions qui permettent de comprendre combien, à cause de la guerre, il est compliqué pour un enfant d’avoir un avenir…

Protéger les gamins : mission impossible

Allons au-delà de la carte de ce dossier qui montre les pays où les enfants souffrent le plus des conséquences de la guerre, en 2012, selon l’ONU. Et retenons cette idée, certes pas très encourageante, annoncée par le GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité dans le monde, voir ci-dessous), qui analysé ce rapport 2012 de l’ONU : même si certains pays ont fait des progrès dans ce domaine (Népal et Sri Lanka), d’une manière générale, la situation ne s’améliore guère d’une année à l’autre. Résultat : des milliers d’enfants continuent à souffrir des conséquences des conflits qui frappent leur pays ou leur région. Et il en ira malheureusement probablement ainsi tant qu’il y aura des guerres. Pourquoi ? Simplement parce qu’il est impossible de faire en sorte que les enfants soient à coup sûr épargnés par les balles, les bombes et toutes les atrocités des guerres. Et ce, même si des textes ont été adoptés par la majorité des pays du monde pour protéger tout particulièrement les enfants en cas de conflit. C’est le cas de la Convention relative aux droits de l’enfant. Ou encore du Protocole concernant la participation des enfants aux conflits armés. Le problème : il est bien compliqué de faire respecter ces textes.

L’éducation prise en otage

L’infographie de cette page (voir ci-contre) le rappelle : contrairement à ce que l’on croit souvent, le fait que les moins de 15 ans soient forcés de combattre au sein de l’armée (c’est ce qu’on appelle des enfants-soldats) n’est pas l’unique conséquence de la guerre pour les enfants. L’ONU en met d’ailleurs cinq autres en avant. Pour que ces points soient plus concrets, prenons l’exemple du Mali, un des pays en guerre où les enfants sont désormais les plus mal lotis. Et pourtant, avant 2012, jamais ce pays n’avait fait partie des pays pointés du doigt par l’ONU. Au contraire, il était souvent cité en exemple sur le continent africain. Ainsi, le rapport des Nations Unies annonce que des centaines d’enfants de 12 à 15 ans ont été forcés de rejoindre les rangs de l’armée. Pour cela, certains d’entre eux ont été enlevés. Pour d’autres, de l’argent a été proposé à leur famille (par ailleurs très pauvre) afin que leur fils devienne soldat. Du côté fille, certaines été mariées de force à des membres de l’armée. D’autres ont été violées. Certains enfants ont également servi de bouclier humain, ce qui est une forme de chantage : ils ont été placés à des endroits précis par des soldats afin d’éviter des bombardements par le camp adverse. Suite à cela, certains de ces gamins ont été tués, voire gravement blessés. Dans certaines régions aussi, des bombes ont été placées afin d’exploser plus tard, notamment au passage des enfants. Enfin, toujours au Mali en 2012, des dizaines d’écoles ont été bombardées ou pillées, c’est-à-dire que le matériel scolaire a été volé. Certaines ont aussi été occupées par l’armée qui s’en sert pour abriter ses soldats ou entreposer des armes. Impossible, dans ce cas, que les élèves continuent à fréquenter leur école : certains (surtout parmi les filles) risquent d’ailleurs de ne jamais y retourner, ce qui est une catastrophe pour leur avenir.

Guerre technologique

En ce début de 21e siècle, la manière et les règles de la guerre ne sont plus les mêmes que celles du passé. Et c’est pareil pour les armes et les équipements des soldats. Cette évolution a aussi des conséquences sur le sort des enfants en temps de conflit. Deux exemples pour comprendre cette idée. Le premier concerne les lignes de front, soit les limites des zones où se déroulent les combats qui ne sont plus claires du tout. C’est pareil pour les différents camps (on parle des belligérants) qui font face. Résultat, comme le rappelle le Grip : les ennemis et les dangers sont désormais partout à la fois, ce qui complique encore la situation des populations, notamment des enfants. Le second exemple concerne les drones, ces engins télécommandés utilisés soit pour surveiller une zone à distance soit pour la bombarder. Or, ces drones effrayent les populations, dont les enfants, ce qui créé encore davantage un sentiment d’insécurité. À cause de cela aussi, certains enfants ne voudraient plus prendre le chemin de l’école, de peur d’être attaqués par ces drones.

Anouck Thibaut

DICO

Enfant : selon le dictionnaire, un enfant est un garçon ou une fille dans l’âge de l’enfance, soit cette période qui va de la naissance à l’adolescence. Chez nous, vers 12 ans, plus question de se faire appeler enfant : on est un ado ! Par contre, pour l’ONU et d’autres organisations internationales (comme l’UNICEF), on est enfant jusqu’à l’âge de 18 ans, soit le moment où l’on devient adulte. Dans leurs textes officiels, le mot adolescent n’apparaît donc pas.

CHIFFRE

2 445

C’est le nombre d’attaques dirigées contre les écoles ou les hôpitaux en 2012, rien que pour la Syrie. Conséquence directe : impossible de suivre les cours ou de se faire soigner dans de bonnes conditions. Loin derrière, viennent Israël et la Palestine (321 attaques contre les écoles ou les hôpitaux), le Yémen (176), l’Afghanistan (167) et le Mali (115).

Les 6 formes de violation des droits de l’enfant en temps de guerre

  1. Meurtres, blessures et mutilations
  2. Violences sexuelles et mariages forcés
  3. Enlèvements
  4. Recrutements de force dans l’armée
  5. Attaques contre les écoles et les hôpitaux
  6. Manque de soins et de nourriture

Envie d’agir ?

♦ À l’heure ou les dirigeants de différents pays de la planète discutent d’une éventuelle intervention militaire en Syrie, les ONG rappellent que la priorité est de venir en aide aux populations : les soigner, les loger, les nourrir correctement… En Belgique, plusieurs de ces ONG font appel aux dons d’argent. Plus d’infos sur www.12-12.be

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