Vie de parent

« 50 nuances de Grey » :
mon ado peut-il voir ça ?

Le film érotique « 50 nuances de Grey » sort au cinéma ce mercredi. Une romance sur fond de sado-masochisme. Est-ce érotique ? Pornographique ? Violent ? Quel genre de scènes voit-on ? Et à quel âge peut-on laisser son ado le voir ?

« 50 nuances de Grey » : mon ado peut-il voir ça ? - Universal

C’est la sortie cinéma dont tout le monde parle : le film « 50 nuances de Grey » de la réalisatrice britannique Sam Taylor-Johnson arrive dans les salles obscures ce mercredi, attirant les foules.

L’histoire, inspirée du premier tome de la trilogie érotique de sa compatriote E.L. James, raconte la rencontre entre Christian Grey, un playboy milliardaire, et Anastasia Steele, une étudiante en littérature, ingénue et gauche, qui rougit à la moindre occasion. Elle tombe à quatre pattes en entrant dans son bureau, lors d’une interview pour le journal de la fac. Il est séduit. Car le truc de Christian, c’est la domination. Après une adolescence difficile, il est consumé par le besoin de tout contrôler. Ana tombe elle-aussi sous le charme du ténébreux homme d’affaires. Lorsqu'ils entament une liaison passionnée, elle découvre les secrets obscurs de Christian ainsi que ses propres désirs. Mais elle ne se reconnaît pas dans cette relation.

Plus cucul que cul

Le film ne vaut vraisemblablement pas mieux que le roman éponyme. On ne peut que s’attendre à un scénario plat, des dialogues fades. Une longue niaiserie (2h05 !) sur fond de sado-masochisme (SM), ponctuée de quelques scènes plus chaudes mais soft : 16 minutes de volupté  tout au plus, à peine de quoi faire monter le désir : une nudité sage de Dakota Johnson, une fessée par-ci, un coup de cravache par là. Rien de sulfureux ou de choquant. On est loin de la folie érotique promise dans la bande-annonce.

Il ne faut pas non plus y voir une apologie du SM. L’étudiante, bien qu’amoureuse, ne succombe pas aux déviances de son amant. Toutes leurs pratiques se négocient dans un contrat (si, si). Jamais elle ne dépasse ses limites. Elle ne fait que suivre ses nouvelles envies et, rêvant secrètement à une relation « normale », rejette même cet amant tourmenté par des démons intérieurs. « Dommage que ce ne soit pas un chef-d’œuvre mais c’est très instructif dans le sens où c’est la soumise qui décide et qui choisit de l’être. Le SM est un jeu de rôle avec des codes. Si je suis féministe, je peux aussi jouer le rôle de la soumise », Elisa Brune, auteure de Le Salon des confidences, Le désir des femmes et le corps de l'homme. Pas de quoi paniquer si son ado tient absolument à voir le film en salle. Les jeunes, s’ils le veulent, pourront se visualiser bien d’autres scènes plus trash dans les séries télé et sur internet.

À quel âge peut-on les laisser voir le film ?

En Belgique, il faut être âgé d’au moins 16 ans pour assister aux ébats de la jeune diplômée en littérature et du riche homme d'affaires. Nos voisins français sont plus souples en matière de censure cinématographique puisque « 50 Nuances de Grey » est interdit aux moins de 12 ans. « Ce n’est pas un film qui, à mon avis, peut choquer beaucoup de monde », a expliqué le président de la commission de classification des œuvres cinématographiques du CNC, Jean-François Mary. D'après lui, le personnage d'Anastasia Steele n'est « pas du tout dans une position de soumission ».

En Grande-Bretagne, une commission similaire a interdit le film aux moins de 18 ans tandis qu'aux États-Unis, sans surprise, les moins de 17 ans devront être accompagnés d'un adulte.

Aux parents de juger si leur ado entre 16 et 18 peut aller regarder Jamie Dornan fouetter Dakota Johnson sur grand écran, entre deux poignées de pop corn... On n’oublie pas non plus que, comme tout autre film ou série, les jeunes trouveront le moyen de le voir sur internet. Il vaut peut-être mieux les emmener au ciné et débriefer avec eux après la séance.

Stéphanie Grofils

En savoir +

On attend déjà de nombreuses parodies du long-métrage. La première vidéo est tombée, signée Lego !

Sur le même sujet

Porno à l’école, quelle position adopter ?

Il y a quelques semaines, une idée a embrasé la toile. Christian Graugaard, professeur de sexologie de l'université Aalborg au Danemark, a proposé que les écoles publiques diffusent des films pornographiques aux enfants, à partir de 13 ans. De l’Europe aux États-Unis, en passant par la Belgique, les médias se sont empressés d’asperger le web de dépêches, sans amorcer le moindre débat. Nous avons donc réuni différents psys, professionnels du terrain, profs et parents autour du sujet.