3/5 ans

« Caca boudin », ou la force des mots

Découvrir vers 3 ans le pouvoir des mots - et tout particulièrement des gros mots - a un côté jubilatoire : je parle. Je peux dire ce que je veux. Et ce que je dis a de l'effet sur les autres. 

« Caca boudin », ou la force des mots

Quentin est un petit garçon plein de ressources. Il va à l'école depuis quelques mois et, au grand dam de ses parents, il y apprend une panoplie impressionnante de gros mots. Cela a commencé par les « caca boudin », en même temps que l'apparition de l'usage du petit pot. L'association est facile à faire.
Là, les parents comprenaient, mais tout de même. Au début, cela fait rire. Mais quand c'est servi à toutes les occasions et à tout le monde, ça finit par agacer. Avec l'école, le problème s'amplifie, tous les parents le savent. La liste des gros mots, injures, noms d’oiseaux… - je me garde bien de vous les communiquer : vous les connaissez ! - s'enrichit, se diversifie.
Alors, les parents se fâchent, envoient au coin, punissent, perdent patience, parfois même une claque leur échappe. Mais il y a toujours quelqu'un pour pouffer de rire dans un coin : un grand frère, une cousine, un copain des parents.
Ils sont tellement drôles, ces bambins avec leur tête d'ange et leurs grands yeux innocents. De si vilains mots dans une si jolie petite bouche : le contraste est saisissant et cela fait rire comme au cirque, quand le clown prend des tartes en pleine figure. L'inattendu fait rire. C'est évidemment ça qui renforce le phénomène. Et c'est ce que recherche Quentin : l'effet que produit l'utilisation de ce langage peu châtié sur son entourage.

Les autres, un bon public

À 3 ans, Quentin découvre le pouvoir des mots. Il a beaucoup de plaisir à essayer de nouveaux mots, de nouvelles constructions de phrase et les adultes s'extasient devant ses progrès. Mais cela n'a rien à voir avec le déferlement d'émotions que les gros mots suscitent.
Il est alors au cœur de l'attention générale. Tout se focalise sur lui. Cette découverte mérite évidemment d'être examinée de plus près. Et voilà Quentin, parce qu'il est intelligent, qui expérimente, teste l'effet de l'usage de ce vocabulaire sur son entourage : « Dire m… à ma grande sœur, cela la fait rire, mais maman fait de grands yeux et papa se fâche. Parfois, les grandes personnes disent des gros mots : maman dit régulièrement m... et papa jure tout le temps en voiture ou quand il bricole. À l'école, les grands disent un tas de choses que les parents ne veulent pas que je dise. Il faut que je comprenne, alors j'essaie : avec différentes personnes, quand je suis tout seul, quand il y a du public… ». Le plus intéressant, c'est évidemment quand il y a du public car, alors, les réactions sont nombreuses et variées.

Vive le sac à gros mots !

Que faire ? Comment réagir ? Même si nous sommes choqués par certaines injures que notre petit ange nous envoie à la tête, cela ne sert à rien de répondre par la colère. Il ne connaît généralement pas le sens de ces mots-là. À 3 ans, l’enfant commence seulement à comprendre que, pour vivre en groupe, on doit respecter les autres.
Il va falloir lui expliquer qu'il n'y a pas que les coups de pied et les morsures qui font mal. Les mots aussi ont beaucoup de force et on peut dire des choses qui font plaisir et d'autres qui blessent. Et puis, il y a les mots grossiers qui tournent autour du cabinet ou d'une certaine sexualité. On les emploie à tort et à travers, en oubliant ce qu'ils veulent dire : « M..., tu fais ch… », « P... ».
Quand les enfants sont plus grands, on peut leur dire d'aller voir la signification de ce vocabulaire dans le dico mais, à 3 ans, ça ne marche pas. Interdire purement et simplement les gros mots et injures à de jeunes enfants n'est pas efficace : c'est tellement jubilatoire pour eux de voir la tête des grands quand ils les disent. Mieux vaut leur proposer une manière autorisée de se défouler, en les criant par exemple mais pas n'importe où.
Après leur avoir expliqué que certains mots et expressions n'ont pas de place dans les discussions familiales, les appeler les « mots cabinet » et leur proposer, quand ils ont très envie de les dire, d'aller les crier au cabinet. On peut aussi construire avec eux un sac à gros mots et y enfermer tout ce qu'on ne peut pas dire en public. Et pourquoi ne pas faire comme le capitaine Haddock et inventer mille mots rigolos pour dire sa colère ou son énervement ?

Mireille Pauluis

ZOOM

L’exemple vient d’en haut

Si nous voulons que nos enfants parlent correctement, surveillons notre langage ! Eh oui, l’exemple, c’est nous ! Alors, attention :

  • à la boîte de corn-flakes qui s'ouvre à l'envers,
  • au couteau qui coupe trop fort,
  • au sac qui traîne dans le couloir,
  • à l’énorme tracteur qui nous coince sur la route de l’école,
  • au chauffard qui nous fait une queue de poisson,
  • au coup de marteau sur les doigts…
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