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« Elle a dû se cacher
pour ne pas que je la rejette »

À 21 ans, Valentine, étudiante, découvre qu’elle est enceinte… non pas de 2, ni de 3 mais bien de 6 mois. En couple depuis un an et demi avec Hugo, elle n’a que trois mois pour réaliser, accepter, se retourner et assumer l’arrivée d’une petite fille dans sa vie. Récit en exclusivité d’une histoire vraie et sincère.

« Elle a dû se cacher pour ne pas que je la rejette » - Thinkstock

Février 2013. Depuis quelques mois, Valentine mange beaucoup. Et grossit. Sa maman s’interroge et lui pose des questions. « J’avais pris du poids. Mais je me disais simplement que c’était parce que je mangeais plus », raconte-t-elle, au terme de sa grossesse. Sa maman insiste : elle veut que Valentine fasse un test de grossesse. « Je trouvais ça inutile. J’étais sûre que ce n’était pas possible. Je prenais toujours la pilule et j’avais toujours mes règles… ». Ses parents partent en vacances. Mais sa maman veut en avoir le cœur net : à leur retour, leur fille fera un test. En attendant, Valentine vit sa vie d’étudiante et de jeune sorteuse.
Dès leur retour, direction la pharmacie. « J’ai accepté de faire le test. Mais c’était plus pour la soulager et me rassurer, car elle commençait à me faire douter… ». Le verdict tombe : positif. Valentine s’effondre : « Je n’y croyais pas. C’était le cauchemar. Plein de questions me sont venues : comment je ou on va faire ? Est-ce que je vais être seule ? Comment va réagir Hugo ? Que vont dire les autres ? »
Entre les larmes, la peur et l’explosion de questions encore sans réponses, Valentine peut heureusement se reposer sur le soutien de ses parents. « Maman était avec moi. Comme elle s’en doutait, elle et papa en avaient déjà parlé entre eux. Ils m’ont tout de suite dit qu’ils n’allaient pas me laisser tomber. »
Hugo, son petit ami depuis un an et demi, réagit « beaucoup plus mal ». Comme Valentine, il n’a que 21 ans et n’envisageait pas du tout la paternité si tôt. « Il disait que ce n’était pas possible, que financièrement il ne pourrait pas gérer ça. Il ne travaille comme infographiste que depuis septembre ». Heureusement, Hugo ne lui en veut pas. « J’avais peur qu’il pense que je l’avais fait exprès, mais il s’est rendu compte que non. Je lui disais que j’étais désolée de lui imposer ça, et que ça arrive maintenant. Il n’était pas en colère. Il était plus inquiet d’un point de vue financier si un bébé venait maintenant », se souvient douloureusement Valentine.

Un sentiment de culpabilité

La question de l’avortement se pose. « Au début, je ne voulais pas le garder », confie Valentine. Mais le soir même, elle se rend chez le médecin, accompagnée de sa maman. « Mon ventre était déjà un peu sorti. Et le médecin a dit que ça faisait sûrement au moins 4 mois ». Elle prend rendez-vous pour une échographie le lendemain. En attendant, Valentine appelle Hugo et ses parents pour discuter du « problème ». « La maman d’Hugo disait qu’aux Pays-Bas, on était encore autorisé à avorter à 4 mois. Je me suis dit peut-être… »
Mais l’échographie l’atteste : la grossesse est encore bien plus avancée. « Je ne voulais pas regarder… si jamais ça ne faisait pas 3 mois. Puis la gynéco m’a dit que ça faisait 6 mois, que c’était une petite fille, qu’elle voyait ses petits bras, ses petits pieds, son nez… Elle m’a proposé de la regarder. Là, de toute façon, ça faisait 6 mois. Et je l’ai regardée. On la voyait bien. Ce n’était plus un truc qui avait poussé dans mon ventre sans que je m’en rende compte. Là, c’était déjà un bébé, ses petits pieds, sa petite main… »
Très vite, la culpabilité s’empare de la future maman. « Après l’écho, en deux-trois heures, j’avais déjà un ventre de 6 mois. Je réalisais. Et j’étais dégoûtée d’apprendre qu’elle avait 6 mois et que je l’avais laissée grandir sans faire attention à ce que je mangeais, à ce que je buvais. Car pendant ces mois-là, je suis sortie, j’ai bu… Je me sentais mal. Aujourd’hui, je me dis que je ne voulais tellement pas de bébé qu’elle a dû se cacher pour ne pas que je la rejette. »
Dès ce moment-là, pour Valentine, il n’est plus question d’avorter. Ce sera avec ou sans Hugo. « Le soir même, je suis restée chez lui. Je lui ai tout raconté de l’échographie, et je l’ai rassuré sur le fait qu’il n’aurait pas à nous assumer tous les trois. Car mes parents ont tout de suite dit qu’ils allaient m’assumer moi et en partie le bébé. Qu’ils prévoyaient de faire des travaux dans la grange de la ferme pour aménager une cuisine, une salle de bain, deux chambres, pour Hugo, la petite et moi… »
Sur les conseils de sa maman, elle lui laisse trois jours pour réfléchir. Et le mercredi déjà, Hugo prend sa décision : « Il m’a dit qu’il ne concevait pas de vivre à 200 mètres de moi et sa fille et de ne pas s’en occuper, de ne pas nous voir. Ses parents aussi ont suivi pour nous aider. »

Des questions et des peurs

La crainte d’y aller toute seule est désormais dissipée. Restent les autres : toutes ces questions et ces peurs entremêlées. Comme celle du qu’en-dira-t-on ? « Je ne m’attendais pas à avoir un enfant à cet âge. Moi, quand je voyais des jeunes filles enceintes, je me disais chaque fois : ‘La pauvre !’. Et puis j’avais honte, car la veille de l’apprendre, j’étais sortie… J’avais peur du regard des autres. »
Valentine doit aussi faire un bond dans le monde adulte, et appréhende la fin d’une période : la jeunesse, insouciante. « Je me disais : finies les sorties, mes parents vont m’obliger à assumer mon nouveau statut. Mes copines ont eu du mal, d’ailleurs, quand je leur ai dit. Elles ont pleuré, elles étaient tristes pour moi, comme si c’était un malheur. Elles disaient que c’était fini les sorties ensemble, que ce ne serait plus jamais la même chose. Au début, c’est vrai que je devrai m’occuper de ma petite fille. Mais la vie ne s’arrête pas. Je pourrai encore sortir. On est jeunes. Mes parents sont là. Finalement, tout le monde a super bien réagi. Mes sœurs aussi sont très présentes. »
Valentine redoutait aussi de l’annoncer à l’école. « J’avais peur que les profs me le fassent payer. Mais elles sont super compréhensives, elles demandent des nouvelles. Ma prof de psycho m’a déconseillé de faire mon stage et de passer mes examens car j’étais catastrophée. Elle m’a suggéré de digérer, de m’occuper de moi… Je passe tout en 2e sess, et je recommencerai ma 2e, avec des dispenses et deux stages, plutôt que d’aller en 3e où il y a beaucoup plus de stages. En septembre, la petite aura 3 mois, donc je reprendrai les cours. »

Trois mois pour réaliser

C’est surtout une image qui effraie Valentine : accoucher dans trois mois. « Trois mois » : un délai qui résonne dans sa tête et dans sa bouche. « Je n’avais que trois mois. Je devais tout faire en trois mois. Comment s’organiser en trois mois ? C’était trop bientôt ! C’était surtout dans ma tête… » Commence alors le marathon de la préparation physique et psychologique. « Mon ventre a grossi en deux jours. J’ai eu des douleurs, des tensions dans le dos. J’ai fait de l’acupuncture. Les bienfaits sur mon mental, ça a été terrible. Ça m’a mis en confiance et enlevé tout le stress. J’ai aussi consulté une gynéco prénatale. Je me souviens, lors de la première visite dans la salle d’attente, avec maman, je voyais plein de femmes plus âgées. Je pleurais. J’étais mal de me dire que ces femmes me regardaient de travers. Puis, d’autres sont arrivées, encore plus jeunes, avec déjà une poussette, et en plus un gros ventre. Elles avaient l’air plus malheureuses que moi : toutes seules ou plus démunies. Moi, j’ai de la chance par rapport à certaines. Je suis bien entourée. Ça a beaucoup joué. Je ne stresse plus depuis un mois. Je pense accoucher sans péridurale. Tout a changé. Maman dit même qu’elle n’a jamais vu une femme aussi relax avant d’accoucher. »
C’est aujourd’hui une jeune femme apaisée qui s’apprête à mettre une petite fille au monde, devenant d’un coup maman et concubine. « Je ne suis pas trop stressée par rapport à la vie de maman. Je pourrai appeler la sage-femme, même après l’accouchement. Ma maman est là tout le temps, ici, à la ferme. La plupart de mes cousines sont mamans… Et Hugo est hyper impatient. Depuis qu’on a appris que j’étais enceinte, on est tous les soirs ensemble. Il est content d’être bientôt papa. Il me dit : ‘Je ferai ça, toi ça’. Il a fait les faire-part tout seul. C’était sa préparation à lui. Il est hyper impliqué. Il ne va pas me laisser tout faire. Donc, je n’ai pas peur. »
Les futurs jeunes parents sont maintenant prêts. Ils ont trouvé le prénom de leur bébé. « Au moment où j’ai vu l’écho, quand elle m’a dit que c’était une petite fille, un prénom m’est venu. C’était l’illumination, alors que je n’y avais jamais réfléchi avant, même jamais pensé. Surtout que je ne savais pas, avant cela, si j’allais la garder. C’est comme ça qu’elle s’appellera. » Il n’y a plus qu’à attendre que cette petite, qui s’était longtemps cachée, pointe le bout de son nez.

Stéphanie Grofils

Avec le recul

Valentine a dû affronter les accusations et les doutes. Et se défend d’avoir tu un secret autour de sa grossesse. « Maman dit que je faisais l’autruche. Mais non. Ce n’était pas du tout désiré. Ce n’était vraiment pas au programme. Je ne pense même pas avoir oublié de prendre ma pilule. C’est vrai que je la prenais parfois plus tard, vers 17h, au lieu de la prendre le matin. Je ne pensais pas que je risquais de tomber enceinte. Je ferai plus attention, désormais. Et quand j’y repense, c’est vrai que je mangeais comme un ogre. Et oui, j’étais plus fatiguée en novembre, mais c’était aussi ma période de stages. »
Valentine, aujourd’hui prête à accueillir sa petite fille dans sa vie, oublie déjà - ou n’aime pas se rappeler - qu’elle aurait sans doute avorté si elle avait découvert sa grossesse avant trois mois. « Je ne sais pas si j’aurais avorté au final. Oui, peut-être, je ne sais pas. »

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