« J’ai beaucoup reçu et j’ai beaucoup
à donner »

On aurait pu titrer ce portrait : Itinéraire d’une enfant généreuse. Et de se dire dans la foulée, que s’il y avait plus de Marie dans le monde, celui-ci tournerait un peu plus rond. Ne vous méprenez pas : nous n’avons pas rencontré une sainte ! Non. Juste une jeune femme, complice avec son mari, mère de quatre enfants, qui après avoir travaillé comme institutrice, consacre son temps libre à mettre en place des coups de pouce pour les parents. Le Ligueur a fait avec elle le tour de ses réalisations dans sa commune de Schaerbeek. Et l’a interrogée sur sa vision pour la Ligue des familles en tant que présidente. Petit rallye et ses étapes.

« J’ai beaucoup reçu et j’ai beaucoup à donner » - © Bea Uhart

1re étape : le café des parents

Après une vie d’expat (Angleterre, États-Unis, France), retour à Bruxelles. Comment trouver une place en maternelle à Bruxelles en toute dernière minute pour Alice et Émile ? Nous sommes en 2008 et déjà les établissements scolaires de la ville sont encombrés. L’école de l’Annonciation, rue Josse Impens, lui ouvre ses portes. « C’était rigolo. Mes enfants étaient les seuls Belges de souche dans leur classe, mais les seuls aussi à ne jamais avoir vécu en Belgique ».
À peine son petit monde installé, Marie a sa fibre « engagement » qui la démange. Elle met alors sur pied un espace de rencontre pour les papas et les mamans de l’école qu’elle appelle Le café des parents.
« Au début, on était vingt, puis trente parents réunis un matin par mois. Parfois le nombre tombait à six… et puis de plus en plus à six, nous dit Marie en faisant la grimace. Découragée, je me suis retirée du projet. Mais aujourd’hui, sous l’impulsion de la directrice et d’une éducatrice, le café renaît de ses cendres. »
Pour beaucoup de parents qui travaillent, c’est un arrêt, le temps de prendre un café. Pour d’autres, c’est l’occasion de tisser des liens plus profonds peut-être. « Je tiens à mettre beaucoup d’informel dans ce que j’essaie de réaliser. Ça aide à créer du lien. » 

2e étape : la crèche Atout Couleur

La vie d’expatriée n’est décidément pas toujours rose. « L’isolement que j’ai vécu en tant que jeune maman est un souvenir dur. J’étais loin de mes proches, de mes parents, de mes sœurs, de mes cousines, de mes amis. Je manquais cruellement d’un endroit où déposer ce que j’avais sur le cœur… »
Chacun des enfants de Marie est né dans un pays différent. Alice en Angleterre, Émile aux États-Unis et Adèle en France. Seule Augustine est née en Belgique. Difficile dans ces conditions de tricoter des relations.
Est-ce parce qu’elle a vécu la solitude de la jeune maman à l’étranger que Marie s’est autant investie dans la crèche Atout Couleur, près de la gare du Nord ? « Ce lieu d’accueil rassemble aussi des parents sans lien social et qui ont, en plus, des difficultés financières importantes. »
Elle se souvient de sa participation à une sorte de Bébésrencontre qu’elle a connu à Londres : « J’étais souvent seule avec mon nouveau-né qui pleurait beaucoup, beaucoup. Je garde de mon passage dans ce lieu un souvenir ému. Je pouvais m’asseoir face à une personne qui m’écoutait. Oh, les questions étaient très simples du genre : ‘Et la nuit, ça va ?’, ‘Est-ce qu’elle mange bien ?’, ‘Quelle est son alimentation ?’. La semaine suivante, cette accueillante reprenait son cahier, s’enquérait des dernières nouvelles. Elle nous connaissait, ça me faisait un bien fou. »
Et puis, ces lieux sont aussi des invitations à s’émerveiller des prouesses que font les petits. « Quand on est pris dans l’urgence des journées, on n’a pas le temps de regarder nos enfants grandir ! Or, l’enfant est une source de joie. J’aimerais que les parents de la crèche Atout Couleur aient plus souvent le temps de se laisser guider par leur bébé. »
Cette crèche adossée à un centre d’alphabétisation, le Gaffi, accueille les enfants des parents qui souhaitent suivre des formations et mener toute autre démarche d’insertion dans la vie socioculturelle belge.
Bénévole, Marie y a monté un projet joliment intitulé Sacs à lire. L’outil est simple : un livre, un jouet dans un sac, le tout réalisé avec les parents. Le sac voyage de famille en famille et, en fin de parcours, est déposé dans la « sacothèque ». Une manière douce d’introduire le livre auprès de parents et d’enfants qui en étaient privés jusque-là.

3e étape : l'échevinat de la famille

On passe devant le glacier Cocoza. Marie rit en pensant à ses enfants, l’été, quand ils rentrent de l’école : « Le chemin est long : le glacier est un arrêt presque obligé pour les encourager à continuer à marcher d’un bon pas. »
On arrive avenue Louis-Bertrand. Marie veut nous amener au Haricot magique, premier café-poussette de Belgique. Encore un endroit où il fait bon se poser pour les parents qui se prennent souvent les roues dans des pieds de table, de chaise ou autre. Un projet de Marie ? « Non, celui de grands amis », répond-elle avec un rire complice. On troquera finalement le Haricot magique, fermé pour cause d’enfants malades (ah, la vie de parent !), contre le Namaste, un salon de thé doublé d’un magasin bio.
Pas très loin, la Maison communale de Schaerbeek. Un autre lieu où Marie a mis ses forces au service des parents en travaillant à l’échevinat de la famille. À l’origine de cet engagement : la Ligue des familles.
« C’est à la veille des élections régionales de 2009, lors des petits déjeuners avec les représentants de partis que je me suis dit que la politique, c’est très concret ! ». La voilà embarquée sous la bannière du cdH dans les élections communales de 2012 où elle fait un beau score.
À son retour de l’étranger, Marie voulait s’impliquer dans son quartier, sa commune. Voilà qui est fait. Présidente de l’asbl Aide aux familles de Schaerbeek, elle accepte de rejoindre le cabinet des échevins comme conseillère « famille » et y restera deux ans.   

4e étape : la présidence de la Ligue

Cet été, Marie décide de se libérer de la partie administrative de son travail à la commune pour s’investir davantage dans ses asbl et se recentrer sur sa famille.
Elle ne pense pas encore à la présidence de la Ligue des familles. Active pourtant à l’assemblée générale de l’association, elle participe aux débats sur l’avenir de l’asbl, émet ses idées qui font écho. À la fin des travaux, elle annonce qu’elle se présentera peut-être à sa présidence. « Je me suis dit : ‘Ça, c’est vraiment un endroit pour moi !’ ». Elle vient juste de quitter l’administration communale.
Pour elle, la Ligue doit être un soutien pour chaque famille dans les difficultés quotidiennes qu’elle rencontre et le porte-voix de toutes les familles auprès des pouvoirs politiques et socio-économiques. Portée sur le collectif (Marie aime le travail d’équipe), elle compte bien réaliser ce projet avec le soutien de son mari d’abord - « On forme une équipe. Seule, je n’aurais jamais pu faire tout ça ! » - avec celui de l’ensemble des travailleurs ensuite. Mais aussi le soutien des bénévoles à qui elle lance cet appel : « Invitez-moi, je me réjouis de vous rencontrer ! »

Propos recueillis par Myriam Katz