6/8 ans

« J’ai mal au ventre » ou la peur de l’école

Et si on préparait déjà dans notre tête la rentrée prochaine ? Le retour sur les bancs d’école après de longues vacances (et peut-être même déjà après les congés de Pâques !), ça reste un événement pour votre enfant. Excitation à l’idée de retrouver ses copains de classe, teintée parfois d’une légère inquiétude (contrôles de fin d’année, etc.). Mais pour certains, l’école est source de terreur et d’anxiété et ce, à tout moment. Que faire pour les soulager ?

« J’ai mal au ventre » ou la peur de l’école - Thinkstock

Un petit retour en arrière ou une relecture du Petit Nicolas peut s’avérer utile pour se remémorer ce qui se joue, à leur âge... Et tout d’abord, les copains.
Les premières amitiés naissent très tôt, parfois dès la maternelle. Et bien souvent, en primaire, c’est « à la vie à la mort ». Un malentendu, une contrariété, un « Tu n’es plus mon copain » lâché sauvagement et c’est tout son monde qui s’effondre. Il n’y a pas photo, la première source de tracas de votre petit, c’est l’amitié qui « fout le camp » (et pas seulement pour lui, pour vous aussi, peut-être !).
« Depuis trois jours, Valentin ne veut plus jouer avec moi. Il m’a dit que je n’étais plus son ami parce que je n’ai pas voulu lui prêter mon ballon. Maintenant, son meilleur ami, c’est Adrien. Moi, il ne m’aime plus », se lamente Clément. Un événement qui peut paraître anodin, mais qui est source d’une vraie souffrance pour le bonhomme qui, depuis trois jours, se plaint de « mal au ventre ».
Des mélodrames comme celui-ci, Carine Lekien, institutrice en 1re année primaire à l’école Saint-Joseph de Silly, en est témoin tous les jours. Bien souvent, une discussion en présence des enfants suffit à dénouer ces « nœuds au ventre ». Mais dans d’autres situations, plus extrêmes - plus rares aussi, heureusement - certains enfants, pris pour cible par leurs petits camarades, sont victimes d’un véritable lynchage.

Bouc émissaire

Un traumatisme qu’a vécu Dorian lorsqu’à 8 ans, il a débarqué dans sa nouvelle école. « L’an dernier, j’ai vu mon fils, de nature plutôt joviale, s’éteindre petit à petit. J’ai d’abord mis ça sur le compte de notre récent déménagement, pensant que ses crises de larmes lorsque je le déposais à l’école allaient s’atténuer. Jusqu’au jour où l’instituteur nous a convoqués, son père et moi. Il nous a expliqué que Dorian passait la récréation planqué dans les toilettes, prétextant des douleurs intestinales. En l’interrogeant, nous avons compris qu’il était le bouc émissaire d’une bande de garçons plus âgés. Il n’osait pas nous le dire de peur que nous empirions les choses en intervenant. Je pense qu’il avait honte aussi d’avoir peur et de ne pas pouvoir se défendre seul. »
Ce genre de situation peut aussi avoir lieu hors de l’enceinte de l’école. Elena Mitri, psychologue dans un établissement scolaire de Bruxelles, rencontre souvent des jeunes victimes de racket sur le chemin de l’école.
« Agressés par leurs aînés, ils refusent d’en parler à un adulte de peur des représailles ou par peur d’être vus comme des ‘balances’. Ils ne se considèrent pas comme victimes d’une injustice, mais plutôt comme des lâches, indignes de respect. Bien souvent, ils s’enferment dans le mutisme. Dans ce cas, ils n’ont pas peur de l’école, mais d’aller à l’école, mais n’en sont pas toujours conscients. »

Pression pour réussir

Si l’intégration au sein d’un groupe est primordiale dès la plus tendre enfance, la réussite scolaire l’est tout autant. La pression peut venir des parents qui, dans certains cas, exhortent leurs enfants à obtenir les meilleurs résultats. Mais aussi des enfants eux-mêmes lorsqu’ils se comparent aux autres.
« Célia est une petite fille très sensible et très anxieuse. En 2e année primaire, elle s’est mise à ne plus trouver le sommeil avant 23h. Je la surprenais dans sa chambre en train de déambuler à toute heure de la nuit. Évidemment, elle était épuisée la journée, et donc irritable. Cela se manifestait par des accès de violence verbale envers ses compagnons de classe.
À force de discuter avec elle, nous nous sommes rendus compte qu’elle avait des angoisses par rapport à l’école. Enfant dyslexique et dyscalculique, elle avait peur de ne pas s’en sortir, d’être la dernière de sa classe. Elle se sentait dévalorisée et son agressivité était le seul moyen qu’elle avait trouvé pour l’exprimer. Nous étions démunis face à ce cercle vicieux : comme elle ne dormait pas, elle était incapable de se concentrer en classe, ce qui accentuait son décrochage scolaire et donc son mal-être.
Nous avons pris le problème à la source et accepté qu’elle dorme avec son frère, ce qui l’apaise. Après l’école, une tierce personne l’aide à faire ses devoirs. Moi, je ne parvenais plus à garder mon calme face à son manque d’attention et les devoirs du soir rimaient inexorablement avec conflits. Depuis que nous avons mis en place ce système, elle est fière de ses notes et a considérablement gagné en estime de soi ! »
Conscients des conséquences néfastes des notes sur les enfants, de plus en plus d’écoles primaires mettent en place des systèmes d’évaluation moins drastiques, destinés à valoriser davantage les compétences que les résultats. Une tradition scolaire difficile à démonter et à laquelle tient encore grand nombre de parents.

Peur de la séparation

Et puis il y a tous ceux, sans doute la majorité, pour qui angoisse à l’école ne veut pas dire angoisse de l’école. Ainsi, comme l’illustre Elena Mitri : « Pierre, grand frère depuis peu, est terrifié à l’idée de quitter la maison. Il craint que sa maman ne se complaise dans un tête-à-tête avec sa petite sœur. Ses pleurs signifient davantage une peur d’être remplacé dans le cœur de sa mère, qu’un rejet de l’école. »
Ou encore, le cas de Clara, dont les parents sont divorcés depuis peu. Sa maman a refait sa vie et elle se sent coupable de laisser son père seul lorsqu’elle part à l’école.
Pour comprendre d’où vient l’angoisse de l’enfant, parents, professeur et élève doivent avant tout dialoguer. Et quand cela ne suffit pas, le centre PMS (psycho-médico-sociaux) de l’école ou une aide psychologique extérieure peut s’avérer précieux. Pensez-y !

Caroline Van Nespen

EN SAVOIR +

Les amis de Zippy

Les amis de Zippy est un programme de santé mentale en milieu scolaire issu du Canada : 24 séances de 45 minutes au cours desquelles les enfants de 6 à 7 ans acquièrent des mécanismes d’adaptation pour réagir aux situations stressantes et problématiques du quotidien.
Ainsi, l’enfant apprend, au travers de divers ateliers, à reconnaître ses sentiments et à mieux les communiquer; à améliorer son habileté à se faire des amis ou composer avec le rejet et la solitude ; à résoudre les conflits ; à s’adapter aux changements et aux pertes et à s’adapter dans différentes situations. Le but n’étant pas de leur dire « Ceci est bien ou mal », mais de les encourager à penser par eux-mêmes.

PMS

Pour trouver le centre PMS lié à l’école de votre enfant : www.enseignement.be

À LIRE

Un livre, dès 8 ans : Comment survivre à l’école (Albin Michel Jeunesse). Peur d’un prof ou encore de rater une interro, de parler devant tout le monde, de s’ennuyer en classe, d’être racketté à la récré… Autant de questions d’enfants, décryptées par un psychiatre. Des réponses pratiques, rassurantes et humoristiques.

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Tous les dimanches soirs, elle a mal au ventre…

« J'en ai plein le dos », « J'en ai les bras qui tombent », « Ça me casse les pieds », « J'en perds la tête », « Cela me glace le sang », « J'en ai le vertige », « J'ai froid dans le dos », « Ça me donne des boutons »… Le corps nous trahit. Il parle, alors que les mots font défaut. Ce que vivent les adultes, les plus jeunes le connaissent aussi. À leur façon.