Vie de parent

« La fessée, c’est pour son bien ! »

Culottée la fessée ? Le débat sur la question refait surface en France. La semaine dernière, un papa a reçu une amende de 500€ pour avoir donné une fessée déculottée à son fiston. Alors, geste éducatif ou acte de violence punissable, la fessée ?

Rares sont les parents qui n’ont jamais donné de fessée ou de gifle à leur enfant. Ces actes en sont-ils pour autant justifiés ? Ont-ils une valeur éducative ? Avouons-le, des claques peuvent partir toutes seules quand nous sommes à bout, fatigués, énervés et que nous ne savons plus quoi faire. Elles sont avant tout le signe de notre impuissance à nous faire entendre. En fait, aucun « bon » argument ne justifie une « bonne » gifle ou fessée.

La famille, un espace de non droit ?

Il est admis dans notre pays qu’un éducateur, un accueillant d’enfant ou un professeur ne peut frapper un élève. Il est attendu d'eux qu'ils se fassent respecter par cinq à trente enfants, qu’ils contribuent à leur éducation, sans employer la force physique ni l'humiliation. Il est donc paradoxal que la majorité des gens trouve normal qu’un parent fesse ou gifle son enfant. Pourquoi cette différence ? Frapper un enfant serait-il plus éducatif et moins violent à la maison qu’à l’école ? 
Rappelons aussi qu’il n’est pas permis de frapper un camarade de classe, un collègue, son partenaire ou un inconnu... Pourquoi est-il plus normal de frapper un enfant, plus faible et sous notre autorité ? Les séquelles physiques et psychologiques des gifles, des fessées ou autres « secouages » répétés ont pu être constatées par des pédiatres, des pédagogues et psychologues…

Quelle ligne rouge ?

On parle souvent d’une « petite » fessée ou d’une « petite » gifle de temps en temps, qui ne ferait pas de mal.  Mais quelle est la frontière entre l’exceptionnel et l’ordinaire ? À partir de quand le « de temps en temps » devient-il l’habituel ? De la même manière, pas facile de tracer une frontière nette entre le « Même pas mal ! » et le mauvais traitement qui laisse des traces au niveau physique et psychique.
Ce qui est « léger » pour nous ne l’est pas forcément pour un jeune enfant comme le montre très bien le clip diffusé par la Fondation pour l’enfance. Et selon les contextes familiaux, selon les circonstances, selon notre état psychique, comment être certain de ne pas franchir la limite ?

Châtiment physique et efficacité pédagogique

Un enfant que l’on frappe obéit par peur, mais n’intègre pas pour autant un raisonnement moral cohérent. Au mieux, l’enfant apprend que s’il fait telle ou telle chose, il va recevoir une claque (mais nous sommes rarement cohérents dans la distribution de celles-ci). De toute façon, l’enfant n’aura pas compris en quoi ce qu’il a fait est grave, pourquoi ce comportement mérite une claque plutôt qu’un autre, pourquoi une claque plutôt qu’une autre punition…
Par ailleurs, on constate que les châtiments corporels répétés rendent l’enfant soit rebelle, soit soumis et craintif. Comme en témoigne, dans une émission télévisuelle, cet adulte ayant subi la fessée durant son enfance : « Personnellement, me faire taper dessus parce que j’avais fait quelque chose de mal, ça ne m’a jamais rien apporté parce qu’en fait, t’as la haine. Au lieu d’apprendre quelque chose, t’as la haine… »
Rappelons aussi que les enfants prennent exemple sur ce que leur entourage fait et a fortiori les parents. Si l'enfant voit que l'adulte fait usage de violence lorsqu'il est en colère, il aura tendance à reproduire ce même comportement si l'un de ses camarades ou frères et soeurs l’énervent. Or, notre objectif n’est pas d’apprendre à notre enfant que l’on peut user de sa supériorité physique sur un plus petit ou que les conflits se résolvent avec les poings !

Soutenir les parents

Les pays européens qui ont adopté une législation explicite contre la fessée et autres châtiments corporels ont mis sur pied un accompagnement de la loi : une pédagogie développée à tous les niveaux de la société sur les méthodes éducatives alternatives ne passant pas par la violence et des programmes d'aide et de soutien aux parents.
Car la claque peut être, c’est vrai, considérée comme un appel à l’aide de la part du parent qui ne s’en sort plus avec son enfant, qui ne se sent pas écouté ou respecté.  En Belgique francophone, différentes associations et programmes proposent des pistes aux parents. Le programme Yapaka, l'ONE et l’Aide à la jeunesse ont mis au point des outils de référence pour une éducation non-violente. Vous trouverez également, au fil des numéros du Ligueur, des idées, des expériences d'autres parents pour se faire obéir et surtout pour mieux comprendre votre enfant. Sans doute les pouvoirs publics devraient-ils encore développer les initiatives de soutien à la parentalité. Et nous, parents, à nous entraider davantage pour désamorcer les moments de crise que nous traversons tous et toutes.

Anne-Marie Dieu, vice-présidente de la Ligue des familles

En savoir +

  • Punir, comment, jusqu'où, Le Ligueur des parents n°6 du 16 mars 2011.
  • L’autorité sans fessée, Edwige Antier, Éd. Robert Laffont, 2010.
  • La campagne du Conseil de l’Europe
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Et nous, on l’interdit quand la fessée ?

Une vraie claque dans la législation française : fini, la fessée. Pointée du doigt par le Conseil de l’Europe, le droit français n’était pas suffisamment ferme sur les châtiments corporels. Évidemment, tous les regards sont tournés à présent vers notre royaume. Passera, passera pas ? Il est grand temps de faire le tour de la question avec l’ONG Défense des Enfants International (DEI).