« Maman solo, j’avance au jour le jour. Avec la peur de ce qui va encore me tomber dessus… »

« J’avais la jambe dans le plâtre, cinq enfants dont un de 16 mois qui ne marchait pas encore et un dernier de 9 mois que j’allaitais. Il m’a dit : ‘Je pars. Si tu as besoin d’aide, appelle-moi’ ». Les jours qui ont suivi, Catherine ne s’en souvient plus très bien. Si ce n’est cette sensation de flotter qui accompagne souvent les deuils et la perte des repères.

« Maman solo, j’avance au jour le jour. Avec la peur de ce qui va encore me tomber dessus… » - © Bea Uhart

Cela fera trois ans en mars. Trois ans que Catherine essaie de s’accommoder de sa nouvelle vie de maman seule avec cinq gosses (l’aîné a 8 ans !) et un père quasi absent.
Pas encore de nouvel équilibre pour cette maman et sa tribu. Catherine est encore en haute mer souvent démontée et son bateau tangue. Mais soutenue par sa « dream team » comme elle nomme ses amis qui forment autour d’elle une véritable chaîne de solidarité, elle tente de sortir la tête hors de l’eau.

Maison. Lorsqu’on se retrouve seule, la première question qui s’impose est celle du toit. On fait quoi avec la maison « parce que Monsieur, lui, veut sa part » ? Catherine veut rester dans la maison de Piétrain, une grande bâtisse sur la longue rue de ce hameau de Jodoigne. Pour ne pas déstabiliser davantage les enfants, mais aussi parce qu’elle ne se sent pas l’énergie de trouver un logement pour y caser ses cinq mômes.
Mais comment racheter la part de son ex ? « Je me voyais mal entrer dans une banque et dire : ‘Bonjour, je suis seule, j’ai cinq enfants, je travaille à mi-temps, vous pouvez me faire un crédit à 5 % ? ». En fouillant sur internet pour trouver des aides, elle découvre le Fonds du logement wallon (voir en pages suivantes). Bingo !

École. On ne choisit pas le moment où l’autre vous laisse en plan. Nous sommes en milieu de semaine, les gosses doivent aller à l’école. « Ma famille n’est pas présente, celle de mon mari s’est évaporée le même jour que lui ». Il n’y a pas de temps à perdre, il faut s’organiser avec… une jambe dans le plâtre ! Deux copines, chacune avec leur voiture (cinq enfants et deux sièges auto, ça prend une certaine place !) les déposent à l’école et au boulot. Mais les meilleures amies du monde ne peuvent pas vous aider ad vitam æternam.
Le plâtre enlevé, Catherine reprend la route tous les matins avec ses enfants. Un moment difficile où elle sent l’angoisse lui monter à la gorge. « À ce moment-là, je me sens incapable d’affronter les parents massés devant la grille de l’école ». Derrière ses lunettes noires, des larmes coulent abondamment. Elle court s’enfermer dans la classe pour que ses enfants ne voient pas qu’elle s’effondre. « Les jours qui suivent la rupture, on flotte, on ne sait plus ce qui va arriver, on n’a plus aucun repère, on marche au radar. »

Enfants. Qui peut s’imaginer un jour être quittée avec cinq enfants ? Cinq enfants qui ont tous vu le jour à la maison. À ce véritable projet de vie, l’ex de Catherine a adhéré à 100 %.
Quelques années de bonheur et, soudain, le grand coup de tonnerre dans un ciel bleu. En tous cas, les enfants n’ont pas compris tout de suite pourquoi papa partait. « Je ne sais plus trop ce que je leur ai dit. Cette période-là, je l’ai zappée, la charge émotionnelle est trop forte ». Catherine plonge dans le ronron du quotidien des gosses : repas, bains, mise au lit, écoles, devoirs, après-4 heures… « Les enfants sont un véritable moteur de vie, ils dépendent tellement de vous ! »
Les jours passent et les paroles commencent à fuser. Félicie, 5 ans : « Toi, si tu fais comme papa, on est foutus ». César, au même âge, après avoir vu une pub à la télé : « Formez le 3615 et vous saurez si votre ex vous aime toujours ». « Toi, tu aimes toujours ton ex ? ». Ou encore, Achille : « Tiens, Mathias habite dans une seule maison avec ses deux parents ».
Au moment du bain, dans la voiture (le mercredi après-midi, Catherine fait seize allers-retours pour conduire ses enfants à des activités !), les mômes lâchent petit à petit des choses qui tournent dans leur tête. Des moments privilégiés où elle s’efforce d’être attentive aux mots qu’ils mettent sur leurs inquiétudes, leurs souffrances. Avec les enseignants, le PMS, des thérapeutes, mais aussi des parrains venus à la rescousse, le petit monde de la Longue rue de Piétrain se raccommode peu à peu.

Finances. « Mi-août, j’avais 3 euros sur mon compte. Je reçois des contributions alimentaires, mais je ne sais jamais quand elles vont tomber. Le 5, le 18… toutes les dates sont ouvertes ». Alors, Catherine vit au jour le jour, redoutant l’entretien de sa voiture qu’elle fait traîner, regardant avec inquiétude la chaudière qui se fait vieille, acceptant du pharmacien (tout le monde se connaît à Piétrain !) l’offre de payer le traitement contre les poux plus tard et le geste de solidarité de l’orthodontiste. « J’ai des ardoises un peu partout, je dois tenir ça à l’œil… c’est épuisant. »

Maladies. Les soucis financiers sont, pour Catherine, une des toutes premières causes de stress. D’où son burn-out couplé, il y a quelques semaines, d’une paralysie faciale qui l’a obligée à rester à l’hôpital.
« Aux urgences, il n’y a pas de réseau pour les GSM. Les enfants étaient à l’école, moi sur une civière, à tenter d’envoyer des SMS aux copines ». Et de se mettre à rêver : « Si on pouvait organiser un réseau de secours pour toutes les mamans solos, ce serait magnifique. »

Le rêve… parlons-en. Grâce à internet qu’elle a hanté des heures entières, cette maman solo a découvert les aides qui existent pour les parents seuls ou les familles en difficultés financières.
« Ma nouvelle vie m’a révélé des choses. J’aimerais que mon expérience profite aux mères ou aux pères qui sont dans la même situation que moi. En rassemblant, par exemple, tous ces coups de pouce, mais aussi les modes d’emploi des démarches à faire pour y avoir droit. »
Une belle idée quand on sait que les parents qui vivent des séparations difficiles n’ont pas toujours l’énergie pour venir à bout des labyrinthes administratifs. Autre besoin d’un parent solo : remonter son ressort - l’estime de soi dans ces moments-là en prend un sérieux coup ! - et parler, parler avec des adultes pour briser son isolement. « Parler ‘enfant’ non-stop, ça vous rend un peu chèvre. J’ai trouvé un groupe de paroles, mais je n’ai malheureusement pas pu en profiter longtemps : payer mon carburant et les 6 euros de participation, c’était trop. »

Myriam Katz

Et + encore

Retrouvez Catherine Bourlet avec Agathe, 11 ans, Achille, 9 ans, Félicie, 7 ans et demi, César, 6 ans, et Lancelot, 4 ans, sur www.chouettemag.be/chroniques/catherinebourlet.html

Coups de pouce

  • My Kids&Co : un service en ligne de la Ligue des familles qui permet aux couples séparés de mieux s’organiser et organiser la vie de leur(s) enfant(s). Avec calendrier, gestion des dépenses, album photos, journal de bord, messagerie, banque d’infos…
    Gratuit pour les membres de la Ligue des familles ; 5 € par mois seulement pour les non-membres.
  • Groupe de paroles pour parents solos : le mercredi de 9 à 12h, rue St- Médard, 2 à 1370 Jodoigne. Faites-vous connaître sur solomaispasseul@yahoo.be
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