Vie de parent

« Oui, mais comment faire ? »

« Oui, mais comment faire ? » - Thinkstock

95 % SAVENT QUE LE CONGÉ DE PATERNITÉ EXISTE

Au-delà des arrangements au sein de l’entreprise, un certain nombre de dispositifs publics existent. Mais les pères connaissent-ils leur existence et si oui, dans quelle mesure les utilisent-ils ?

Notre enquête montre que 95 % des pères connaissent l’existence du congé de paternité. Par contre, ses modalités le sont bien moins. Un peu moins de 1 père interrogé sur 2 sait que sa durée légale est de 10 jours. Attention toutefois, ce chiffre est sans doute un peu trop sévère. En effet, les papas interrogés dans le cadre de notre enquête ont un enfant de moins de 20 ans. Or, le congé de paternité de 10 jours n’existe que depuis 2002. Il est donc probable que certains pères de l’échantillon n’ont pas eu l’occasion d’utiliser ce dispositif car il n’existait tout simplement pas.

POUR 8 PAPAS SUR 10, LE CONGÉ PARENTAL EST INTÉRESSANT MAIS…

Le congé parental est aussi l’objet de contradictions. Loin des clichés que l’on pouvait attendre, près de 80 % des pères jugent que le congé parental serait une possibilité « assez intéressante » ou « très intéressante » pour eux-mêmes. La part des pères jugeant le congé parental « très intéressant » pour les papas est même supérieure à celle des mères.

… PRÈS DE 3 PAPAS SUR 4 N’UTILISENT PAS LE CONGÉ PARENTAL…

Que savent les papas de ce dispositif ? Plus encore que pour le congé de paternité, le congé parental est peu connu. Seuls 19 % des pères connaissent sa durée légale de 4 mois.
Plus étonnant, notre enquête montre que les pères connaissent mieux la législation en matière de congé parental que les mères. C’est vrai pour sa durée mais aussi sur le droit au congé en tant que tel : 42 % des papas interrogés savent que chaque parent a droit a un congé parental de même durée contre 33 % des mères… beaucoup plus nombreuses à penser que le congé parental est à répartir entre les parents.
C’est ici que commencent les paradoxes. S’ils le connaissent mieux que les mamans, les pères n’utilisent que très peu le congé parental. C’est le cas pour seulement 9 % d’entre eux. Notre enquête montre que plus de 68 % des papas n’ont pas utilisé le congé parental et ne souhaitent pas y avoir recours dans l’avenir.
Et lorsque l’on interroge les hommes sur les raisons de cette très faible utilisation du congé par les pères, 56 % nous disent qu’ils ne savent pas que cela existe et 44 % qu’ils ne savent pas qu’ils y ont droit. Un paradoxe, donc, quand on sait que, précisément, les hommes connaissent mieux le dispositif que les femmes qui, elles, prennent effectivement, le congé !

…ET ILS NOUS DISENT POURQUOI

Très bien, mais ils sont aussi 38 % à répondre que s’ils ne l’utilisent pas, c’est « parce qu’ils n’ont pas envie, cela ne les intéresse pas ».
Après la méconnaissance et le manque d’intérêt, un nombre non négligeable de pères invoquent la faiblesse de l’indemnisation pour expliquer la faible utilisation du congé parental de leurs pairs. Sur ce point, avec une allocation mensuelle tournant autour des 700 € net pour l’interruption à temps plein, inutile de dire que nous ne pouvons que leur donner raison.
Étonnamment, les hommes ne font que relativement peu référence au monde du travail pour expliquer leur désaffection pour le congé parental. Par contre, les mères interrogées sur la non-prise du congé par les pères pensent à 43 % que les hommes renoncent au congé à cause des conséquences sur leur carrière et à 38 % en raison des « pressions » de l’employeur.
Enfin, 20 % des pères et 33 % des mères pensent que l’explication est à trouver dans le fait que les pères pensent qu’il s’agit d’un « congé destiné aux mamans ». À cet égard, il semblerait que l’image du père qui ne souhaite pas s’investir dans l’éducation des enfants est plus présente chez les mères que chez les pères eux-mêmes.

Pierre Lemaire, service Etudes de la Ligue des familles

Autant savoir

 BIEN SÛR, CERTAINS PÈRES PENSENT QUE…

… s’ils offrent peu de temps à leur famille, ils garantissent une bonne sécurité financière en retour. L’image du père comme principal pourvoyeur de revenus du ménage semble avoir la vie dure.
Cependant, si Monsieur Gagnepain, comme l’appellent les sociologues, est toujours là, son pendant, Madame Aufoyer, a sans doute moins la cote : beaucoup de pères déclarent qu’ils n’empêchent pas leur conjointe de s’investir dans leur travail et certains d’entre eux, déclarent également qu’« au moins, en n'étant pas trop présent, je donne à ma conjointe du temps avec les enfants ». Décidément, une certaine idée de la famille et des stéréotypes sur les « rôles » des hommes et des femmes au sein de celle-ci persistent.

En pratique

CONGÉ DE PATERNITÉ

Le congé de paternité donne droit à 10 jours de congé pour les pères à l’occasion de la naissance de l’enfant. Ces 10 jours sont à prendre dans les 4 mois suivant la naissance et peuvent être fractionnés. Pendant les 3 premiers jours de congé, le père reçoit de son employeur 100 % de son salaire. Pour les 7 jours restants, le père recevra 82 % de son salaire brut plafonné, à charge de la Sécurité sociale.
Depuis 2002, date de l’instauration du congé de paternité tel que nous le connaissons, le nombre de papas qui y ont recours n’a cessé d’augmenter pour se stabiliser aujourd’hui autour des 60 000 utilisateurs par an. Des études récentes estiment qu’environ 8 pères sur 10 utilisent aujourd’hui le congé de paternité.

CONGÉ PARENTAL

Le congé parental est spécifiquement destiné à la conciliation des vies professionnelle et familiale. En effet, alors que les congés de maternité et de paternité sont destinés à la période qui entoure la naissance de l’enfant, le congé parental peut-être pris jusqu’aux 12 ans de l’enfant et ce, de manière fractionnée. Il est également important de rappeler que chaque parent a droit individuellement au congé parental. Libre au père comme à la mère de prendre, par exemple, une partie du congé immédiatement après la naissance de l’enfant et une autre lors de l’entrée à l’école maternelle.
De plus, ce congé peut être pris sous la forme d’une interruption à temps plein, à mi-temps ou d’une réduction de 1/5e temps de l’activité professionnelle.
Depuis 2012, le congé parental est de 4 mois pour une interruption « à temps plein », fractionnable en mois ; de 8 mois à mi-temps, fractionnables en périodes de 2 mois ; de 20 mois à 4/5e temps, fractionnables en périodes de 5 mois.

Sur le même sujet

Vie de famille-Vie professionnelle. Les papas, entre désir et réalité

Avec cette nouvelle enquête réalisée grâce au soutien du Secrétaire d’État aux familles, la Ligue aborde cette fois l’épineuse question de l’équilibre entre les vies privée, familiale et professionnelle.
L’originalité de ce projet : nous concentrer sur les papas. Loin de certains clichés éculés, notre enquête présente des pères avec des besoins et des attentes qui leur sont propres. Non, concilier vies professionnelle et familiale ne se conjugue pas qu’au féminin.

 
 

Pour que les désirs deviennent réalités, les pistes de la Ligue des familles

Notre enquête montre qu’une meilleure conciliation passe par la complémentarité entre les politiques mises en place au niveau de l’entreprise et les dispositifs de conciliation de Sécurité sociale ou de services publics.