« Trop facile, je le fais les doigts
dans les yeux »

Des grands pictogrammes représentant les tâches à faire, quelques montres parlantes, des livres en braille ou tactiles, des accompagnateurs attentifs et une poignée d’enfants enthousiastes… Voilà la recette d’un stage sur mesure pour enfants déficients visuels. Et si en plus, il y a de la bonne humeur…

« Trop facile, je le fais les doigts dans les yeux »

Quelques paires de lunettes sur le nez des enfants, des foulards bleu roi autour de leur cou et des valises pleines de sacs en plastique. « Chaque sachet contient une tenue complète, c’est plus pratique pour s’habiller seul le matin », explique une accompagnatrice flottant dans un T-shirt de la Ligue Braille. Regroupés devant la gare d’Ostende, les enfants sont prêts à débuter leur stage d’autonomie.
Les parents auraient pu les conduire directement au gîte, mais se déplacer en bus en groupe, c’est déjà une expérience. « Lors de ce stage, les enfants apprennent à être plus autonomes au quotidien : à se préparer le matin, se servir un verre d’eau sans inonder la table… », explique Alice, logopède de formation et accompagnatrice du stage.

Une solidarité de tous les instants

Mais pourquoi ne pas ouvrir ce stage à tous les enfants, voyants aussi ? « La plupart de ces enfants ont essayé des stages avec des enfants voyants et se sentaient mis de côté. Ici, ils se retrouvent entre eux, ils peuvent s’échanger leurs petits trucs : comment nouer leurs lacets, par exemple. C’est chouette à voir, cette solidarité ! Et comme ils sont presque tous en intégration scolaire, ça leur fait du bien de rencontrer d’autres enfants qui vivent les mêmes choses qu’eux », ajoute Alice.
Dans le bus, les gamins font connaissance. « Je m’appelle Cédric, j’ai 11 ans et… je sens que ça vibre, pourquoi on recule ? », demande le garçon. « Parce que le bus avance, andouille. Moi, je m’appelle Amir, j’ai 8 ans et j’habite place Anneessens », enchaîne un petit dynamique qui joue avec une baguette magique. « Joshua, 11 ans, de Grimbergen, c’est la première fois que je viens en stage », poursuit timidement un grand garçon au chapeau brun. Latoya, 7 ans, a le nez collé contre la fenêtre du bus.
Raphaël, lui, est déjà venu trois fois à ce stage. Ce qu’il préfère ? « Toucher les dauphins. C’est comme du caoutchouc et froid en même temps », explique-t-il en caressant l’air de sa main. Sûr que pour plaire aux enfants malvoyants, il faut privilégier des activités qui sollicitent d’autres sens que la vue ! Au programme, cette semaine-là, à la côte belge : des jeux dans le sable, la visite d’une caserne de pompiers, du trampoline et une sortie au Boudewijn Seapark.
Mais déjà, la balade du bus jusqu’au gîte est source de jeux. Les mains de Latoya frôlent les plantes et hautes herbes qui bordent le chemin. Elle en attrape une, la sent, se chatouille le bout du nez puis s’en sert pour frôler discrètement un animateur. « Y’a des insectes ! », crie-t-elle dans un fou rire à peine dissimulé. Au bout du chemin, la dernière participante est là, avec sa canne blanche. « Mes copains m’appellent Toto, lui dit joyeusement Latoya, on partagera la même chambre. »

Des trucs et astuces faciles

Pour reconnaître les chambres, des tableaux en 3D sont accrochés aux portes, à hauteur d’enfant. « Ils ont été fabriqués à l’atelier de la Ligue Braille, explique Ludwig, éducateur spécialisé. Avec leurs différentes matières, ils sont facilement reconnaissables au toucher ». Les filles dorment dans la chambre du clown au chapeau papier bulle, les garçons dans celle du ouistiti un peu rugueux. Et les animateurs derrière une œuvre toute douce en « tissus poilus » et coquillages en forme de fleur ou de bateau.
Les petites mains se baladent sur les portes, les lits, le long des murs, puis sur les tables pour y découvrir des livres à gros caractères, en braille ou tactiles. Puis des cahiers de coloriage et des marqueurs qui sentent la noix de coco, le produit de vaisselle ou la fraise « chimique » selon leurs couleurs. Ainsi que des Wikki Stix, sortes de scoubidous collants qui permettent de dessiner en relief. « Trop facile, je sais le faire les doigts dans les yeux », lance Latoya, pendant que sa voisine de chambre vide sa valise.

Estelle Watterman

En pratique

Pour un séjour « malvoyants friendly », il faut :

  • Un bon encadrement. Pas besoin d’un diplôme pour accompagner des personnes malvoyantes, d’ailleurs ça n’existe pas. Par contre, la Ligue braille organise gratuitement des journées de sensibilisation à la déficience visuelle plusieurs fois par an. Info sur www.braille.be ou par téléphone au 02/533 32 11.
  • Des activités qui sollicitent le toucher, l’audition ou d’autres « sensations fortes ».
  • Demander aux parents d’emballer pour chaque jour une tenue vestimentaire complète dans un sac plastique afin que l’enfant puisse trouver ses affaires seul et s’habiller le matin.
  • Des livres en braille, avec des grands caractères, de grandes images ou des matières, des livres à écouter… pour les temps calmes.