Vie de parent

0-3 ans : l’âge du non et des colères, comment l’aborder ?

Lorsqu’on apprend à Mireille Pauluis, psychologue, que la gestion des colères arrive en tête des préoccupations de nos (jeunes) parents, elle nous glisse d’emblée : « Dites-leur bien qu’ils s’arment de patience, car cela va durer un moment encore... ». Avant d’ajouter : « La surprise est d’autant plus grande pour les parents que c’est leur gentil petit bébé qui, jusqu’il y a peu, était là, assis par terre dans le salon à faire ‘Areuh, areuh’ et devant lequel ils s’émerveillaient pour sa première dent ou ses premiers pas, se met tout à coup à hurler et à se rouler par terre parce qu’il n’a pas ce qu’il veut ».

0-3 ans : l’âge du non et des colères, comment l’aborder ?

Dur, dur de se prendre pour le Roi du monde

Mais que se passe-t-il pour que votre petit ange devienne subitement démon ? La faute à la frustration qu’il découvre sans avoir la maturité pour la gérer. La psychologue Mireille Pauluis explique : « L’apprentissage de la marche rend l’enfant avide de découvertes, ce qui lui donne envie d’aller toujours plus loin. Il se sent véritablement le Roi du monde. Le tout, sans avoir encore conscience qu’il ne sait ou ne peut pas tout faire et qu’il y a des règles à respecter ». D’où ces colères qui peuvent prendre des ampleurs terribles lorsqu’on lui demande, par exemple, de cesser de jouer car c’est l’heure du bain ou de donner la main pour traverser la rue. Ou encore parce qu’on lui refuse le bonbon dont il avait tellement envie au supermarché.

Frustration aussi, mais d’un autre ordre, lorsque votre cadet se rend compte qu’il ne sait pas rouler à vélo aussi bien que sa grande sœur. Autant de situations qui provoquent des bouffées d’émotions aussi insupportables qu’incompréhensibles pour lui, le nouveau Roi du monde, qui en prime était aussi, jusqu’il y a peu, le centre de tous les regards.

Un passage obligé donc qui, comme le décrypte Mireille Pauluis, sera plus ou moins difficile à négocier selon le tempérament de votre petit. « Certains enfants, bourrés d’énergie, sont de véritables petites Formule 1 : ils doivent rouler dans des circuits très sécurisés, avec de grandes barrières très larges, simplement car ils ont besoin de cadre et de beaucoup d’espace. Puis, vous avez les enfants 2 CV : eux n’ont pas besoin d’avoir une pareille sécurité et peuvent circuler dans des chemins de campagne un peu cabossés. Les enfants F1 vont avoir tendance à faire plus de colères que les enfants 2 CV. En tous cas, elles seront plus rouges, du fait de leur énergie et de leur grande vitalité. L’enfant 2 CV, lui, ne fera que des colères, disons rose pâle ».

Colère rouge ou rose pâle ?

Que votre môme soit plutôt F1 ou plutôt 2 CV, l’important pour vous – et pour lui ! –est de l’accompagner afin qu’il puisse progressivement dompter ses frustrations, donc les colères qui en découlent. Ce qu’il est incapable de faire tout seul d’emblée, son cerveau étant encore immature. Un premier conseil est de dire à votre enfant que vous comprenez bien les raisons de sa colère et ce, sans pour autant céder à sa demande. Lui expliquer ensuite que vous allez tenter de l’aider à se sortir de l’état dans lequel il s’est mis, par exemple en le distrayant et en lui parlant d’autres choses, en tentant aussi de trouver une parade ou une explication pour contourner la frustration qu’il ressent.

L’idéal, dans ces moments, étant de prendre votre enfant dans vos bras ou encore de vous asseoir à côté de lui afin qu’il puisse se blottir contre vous. Mireille Paulius précise : « Ce genre de position, où votre enfant est serré contre vous, l’aide à revenir à l’intérieur de lui, ce qui va lui permettre de se rassembler et de s’apaiser. D’un point de vue physiologique, il se passe des tas de choses en lui lors d’une colère. C’est pour cette même raison qu’elle devrait toujours se terminer par un gros câlin ».

Sauf que voilà, si votre enfant est plutôt du genre F1, ces quelques conseils pleins de bon sens vont sans doute lui faire une belle jambe. Parce que comme l’explique notre psychologue, « la colère, c’est plus contagieux qu’un rhume. » Normal donc que les colères répétées de votre petit vous mettent hors de vous, ce que vous pouvez d’ailleurs aussi lui glisser à l’oreille. À condition de garder votre calme et de trouver les mots justes car, comme le rappelle encore Mireille Pauluis : « Ce qui est extrêmement perturbant pour l’enfant, c’est de se dire que si ses parents se mettent dans le même état que lui, c’est dramatique. Et il se dit : ‘Comment va-t-on sortir de cette situation si papa ou maman ne sait pas s’occuper de moi ?’. En effet, leur cerveau étant en plein développement, il leur est encore impossible de se mettre à votre place ».

Dans ce cas, faites plutôt appel à « l’équipe » : le doudou, précieux aussi pour s’apaiser et se recentrer ; le fauteuil du salon, désigné auparavant comme « attrape-colères » et dans lequel il est bon de se blottir ; les crayons de couleurs pour faire sortir les émotions sur une feuille ou encore les arbres du jardin qui peuvent entendre tous les états d’âme sans frémir. À moins que ce ne soit plutôt vous qui fassiez appel à ces derniers ?

Dire « Non » pour s’affirmer et devenir empathique

Pour vous aider à entrevoir un peu le bout du tunnel, il est bon de garder à l’esprit que les frustrations aident à grandir : le fait de ne pas obtenir la chose tant espérée va permettre à votre enfant d’être créatif pour aller vers d’autres découvertes. Un peu comme lorsqu’il s’ennuie, ce grand vide va lui permettre d’apprendre, donc de progresser.

Patience, donc : ces colères à répétition devraient s’estomper d’ici l’âge de 4-5 ans. Aïe, pourquoi pas avant ? Parce qu’il faut tout ce temps à votre petit pour prendre lentement conscience qu’il peut, lui aussi, se mettre à la place de l’autre. En d’autres mots, devenir empathique. Un apprentissage qui se met lui aussi en branle vers 2 ans lorsqu’il vous rétorque « Non » à tout bout de champ.

Et Mireille Pauluis de conclure : « Pour devenir empathique, il faut que l’enfant comprenne qu’il n’est plus complètement dépendant des parents, mais une petite personne à part entière. Lorsqu’il dit ‘Non’, c’est ça, c’est sa manière de dire ‘J’existe aussi, je ne suis pas toi’, ce qui permet d’affirmer son identité ».

Anouck Thibaut

Outils

Des livres et des jeux

Une fois le soufflé de la colère retombé, ces quelques outils peuvent vous aider. À découvrir avec votre enfant. Une belle occasion de partager du temps ensemble autour d’un album ou d’un jeu sur le thème de la colère ou des émotions en général.

Côté livres :

► Grosse colère (École des Loisirs, dès 2 ans et demi) : un grand classique où une grosse colère rouge qui monte, qui monte et qui prend toujours plus de place avant de devenir minuscule. Incontournable, à avoir toujours sous la main à la maison !
► La couleur des émotions (Quatre fleuves, dès 2 ans et demi) : autre grand classique, avec un joli graphisme et des monstres colorés.
► Le Livre en colère (École des Loisirs, dès 2 ans) : un album cartonné, pour les plus jeunes, où un petit animal tente de dialoguer avec le livre qui s’est, lui-même, mis en boule.                 
► Marcel et la colère (Kaléidoscope, dès 3 ans) : un livre d’Antony Brown qui, comme souvent, met un singe en scène, ici poursuivit par un vilain nuage.

Coté jeux de société :

►  Mémo des émotions (Plan Toys, dès 2 ans et demi) : un joli mais classique jeu de mémo, pour stimuler la mémoire et, au passage, apprendre à mettre des mots sur ses humeurs.
► Balance Buddies (BS, dès 2 ans et demi) : un jeu en bois, au départ proposé comme un jeu d’adresse où il faut empiler des pièces sur lesquelles sont dessinés des visages avec différentes émotions. À détourner librement en un jeu d’émotions.
► Le langage des émotions (édité par la Fédération des centres pluralistes de planning familial, tous les âges) : un jeu de cartes (78 au total) pour explorer et apprendre à reconnaître ses émotions.