Vie de parent

15 semaines de congé de paternité :
l’heure de passer à l’action !

La Ligue des familles part en campagne : le congé de paternité doit être allongé. L’ambition de la Ligue des familles est d’arriver, par étapes, à le porter à 15 semaines. La première étape doit être franchie rapidement. Pour cela, signez la pétition 15semaines.be

15 semaines de congé de paternité : l’heure de passer à l’action !

En politique, comme aux échecs, il faut réfléchir avant de passer à l’acte. Dans les enceintes parlementaires, cette réflexion préliminaire peut prendre du temps. Souvent, il s’agit du temps légitime de la réflexion pour prendre des décisions justes, qui minimisent les effets négatifs et maximalisent l’effet de la décision.

Ce temps est indispensable, il constitue la base même d’une société démocratique saine. Combien de fois n’avons-nous pas râlé sur l’émocratie : la prise de décision trop rapide et mal ficelée faite pour réagir à l’émotion suscitée par l’un ou l’autre fait divers. Mais, en matière d’allongement du congé de paternité, la réflexion a assez duré ! Si on ne passe pas à l’acte rapidement, le dossier risque de s’enliser.

Beaucoup de pour, peu de contre

La Ligue des familles réclame 15 semaines de congé de paternité, aussi appelé congé de naissance, à destination du père ou du co-parent, soit la même durée que le congé de maternité. Les arguments en sa faveur sont connus :

► C’est une demande des papas et des mamans.
► La présence du père permet la création d’un lien durable entre l’enfant et son papa, cette relation a des bénéfices tout au long de la vie de l’enfant.
► La présence du père permet de soutenir la maman dans ses difficultés physiques post-partum.
► Ce congé permet aussi au père de prendre sa part de tâches ménagères et de soins à l’enfant, ce qui permet des avancées en termes d’égalité de genre au sein de la famille.
► Par ailleurs, les femmes sont discriminées salarialement et en matière d’accès à l’emploi, de promotion suite à leur absence pour congé de maternité. 15 semaines pour le papa contribueraient à une meilleure égalité de genre sur le marché du travail.

D’un autre côté, les obstacles sont également connus :

► Le coût pour la Sécurité sociale (à relativiser toutefois : 0,1 % de dépenses supplémentaires pour passer, dans un premier temps, à 20 jours de congé de paternité - et tout est question de priorités politiques).
► Une vision conservatrice du rôle des hommes et des femmes au sein de la famille.

Et c’est à peu près tout… Sur la table du parlement fédéral, une demi-douzaine de propositions envisagent d’allonger le congé de paternité. Des auditions d’expert·e·s ont eu lieu en commission, des acteurs et actrices de la société civile se mobilisent sur cette question, les coûts ont été estimés, alors, pourquoi ça traîne ?

L’argent, l’éternelle justification politique

La concertation sociale a pris du temps et il n’y a pas d’accord. En Belgique, les mesures qui touchent à des politiques qui ont un impact sur l’emploi sont discutées entre patrons et syndicats. Suite aux initiatives parlementaires, les partenaires sociaux ont demandé à ce que le parlement leur octroie un délai pour traiter la thématique. La concertation sociale a eu lieu, mais le Conseil national du travail (CNT), dans son avis du 14 juillet dernier, n’a pas réussi à aligner les positions des représentant·e·s des travailleurs/travailleuses et des employeurs/employeuses.

Aux bienfaits de la présence du père/co-mère à la naissance tant pour l’enfant, la mère et le père soulignés par les syndicats, les représentant·e·s des employeurs/employeuses y opposent la logique financière. Par ailleurs, les fédérations d’employeurs/employeuses (FEB, Voka, etc.) mènent une opposition féroce à ce projet. Pour elles, il y a déjà trop de congés thématiques et ils plaident pour leur refonte totale (et une diminution ?). En attendant, elles s’opposent à toute nouvelle avancée.

L’idée est louable, mais personne ne veut lâcher l’argent. Depuis la crise économique de 2008, les conclaves budgétaires consistent surtout à trouver des mesures pour faire des économies, gérer le déficit et renoncer aux projets les plus coûteux. Depuis mars 2020, s’ajoute la crise sanitaire, qui a encore creusé le déficit. À force d’être examiné sous l’angle du coût immédiat, plus aucun autre argument ne semble audible pour les pouvoirs publics : ni les effets de retour, ni les effets psychologiques, sociétaux et d’égalité de genre ne sont pris en compte. Mais la politique, c’est plus que gérer un budget à la petite semaine, il s’agit aussi de porter un projet de société.

Faire bouger les lignes

Nous n’avons pas de gouvernement fédéral de plein exercice. Ce projet n’est donc pas dans un accord de majorité et n’est pas porté par un cabinet ministériel capable de mettre ce dossier en balance dans des accords plus larges de gouvernement. Les parlementaires sont beaucoup plus libres pour faire des propositions et trouver des majorités pour faire passer des lois.

S’il y a une demi-douzaine de propositions sur la table sur le congé de paternité, il s’agit d’autant de projets d’horizons divers. Ces propositions recouvrent des valeurs et des projets de société distincts : le congé de paternité allongé à 20 ou 25 jours, obligatoire ou au choix, ajouté à l’existant ou pris sur le congé de maternité… On le voit, si la thématique est commune, les modalités proposées sont très différentes et il n’est pas facile de faire les arbitrages.

Même si le débat évolue - aucun parti politique francophone ne portait ce combat il y a encore deux ans et tous plaident désormais pour un meilleur congé de paternité -, l’allongement du congé de paternité est un combat qui n’est pas gagné. Seule la pression de l’opinion publique peut remettre ce dossier en mouvement et le faire aboutir, c’est pourquoi nous vous appelons à signer sur 15semaines.be, la pétition que nous avons lancée avec d’autres organisations.

Ne perdez pas de temps, signez la pétition en scannant ce QR code !

Christophe Cocu, directeur général de la Ligue des familles