Vie de parent

3-5 ans : le marchand de sable
est en grève

3-5 ans : le marchand de sable est en grève

Dans cette tranche d’âge, revient sans cesse sur le tapis la question du rituel : trop ? Pas assez ? Mauvaise habitude ? Que peut-on dire pour rassurer nos parents ?

La réponse de l’experte

Oui au rituel avant de se coucher ! À condition de bien l’adapter à l’âge et même au parent... Quelle que soit la période de la vie, il reste important. Prenez un petit bonhomme de plus de 3 ans qui s’énerve au moment de dormir. Il va trouver des excuses pour se relever. Il use de subterfuges pour repousser l’heure du coucher. C’est le rituel et lui seul qui va permettre de rattraper la situation.
Mais c’est quoi ce fameux rituel ? Marie-Jo Challamel, grande spécialiste du sommeil, affirmait que le meilleur somnifère, c’est « un arsenal de câlins, des rites du soir, des histoires à dormir, des massages tendres, des berceuses ». Pourquoi cela ? La base de l’équilibre du sommeil, c’est la qualité des conditions du coucher. Mais alors que vient faire le rite là-dedans ? Il apporte des repères à l’enfant. Pour que nos petits avancent sans crainte vers le sommeil. Son rôle ? Servir de sas de décompression.

Comment faire ?
► D’abord c’est important de signaler l’heure du dodo : « Allez, on se calme, c’est l’heure d’aller au lit ». Pourquoi ? Parce que c’est une balise pour les petits. Le rôle des parents consiste donc à contribuer à l’adoucissement de la séparation.
► Comment s’y prend-on ? On procède tous les soirs, à la même heure, avec les mêmes gestes, dans le même ordre. On fixe les consignes avant. On les explique à l’enfant et on s’y tient. Évitez au maximum de prendre votre enfant par surprise. Il a besoin de petits gestes simples qui le suivront tout au long de sa vie pour s’endormir tranquille. Et le tout, toujours dans sa chambre, lui dans son lit et vous à côté.

Beaucoup de parents nous rapportent que leurs petits n’arrivent pas à s’endormir seuls. Comment y remédier ?

La réponse de l’experte

Comme je viens de le dire, beaucoup d’enfants repoussent le moment de dormir. La plupart du temps pour garder un peu « papa-maman » pour eux. Il est d’ailleurs toujours intéressant de s’interroger sur ce qui se cache derrière cette petite angoisse du sommeil. Là encore, c’est très important de respecter les rites autour du sommeil. Parce que, comme vous pouvez le voir ci-contre, les cycles de sommeil, à cet âge-là, sont très précis. Et quand un enfant rate un cycle, il faut attendre deux heures avant le suivant.

Que faire ?
► Vous pouvez lui expliquer ces histoires de cycles via une image. Ceux qui me connaissent savent que je parle souvent de se préparer au voyage du sommeil. Comme pour un voyage, on empaquette ses affaires. Le doudou, le livre, la lumière, la musique… toutes les petites choses que l’on va embarquer dans le train du sommeil. On est à quai et on attend d’embarquer. Et comme dans une gare, mieux vaut éviter les aller-retour, sans quoi on rate son train et on est fichu. On est bon pour attendre le suivant. Ça va vous aider à justifier qu’il faut arrêter les tentatives de gagner du temps, type « Encore un dernier pipi / J’ai soif / Ah oui, au fait, je ne vous ai pas dit… ».
► C’est aussi parce que les cycles ont toute leur importance qu’il est crucial de ne pas trop s’éterniser dans la chambre. Je recommande entre quinze et trente minutes maximum pour accompagner son enfant dans ce lâcher prise qui mène au sommeil. Le moment où il lâche la pression, où il baisse sa garde, le rythme de la nuit s’installe alors. On reste tranquille, on ne s’excite pas. Là encore, on peut écouter des morceaux de musique calme et apaisante. Une chose qui aide beaucoup les enfants, c’est de guetter le marchand de sable. Oui, les yeux commencent à piquer, c’est physiologique. Puis ils se ferment et voilà votre petit en phase de pré-sommeil. Il ne doit surtout pas se réactiver à ce moment-là. Vous vous éclipsez tout en douceur. Et petit à petit, l’enfant va réapprendre à trouver le sommeil par lui-même. Le parent n’est qu’un passeur. Un aiguilleur du sommeil, en quelque sorte.

Les siestes s’estompent… Une phase de transition délicate pour les enfants et les parents. Certains baissent les bras, d’autres essaient envers et contre tout de faire dormir le bambin, d’autres encore n’ont aucun problème puisque l’enfant roupille profondément.

La réponse de l’experte

C’est vrai que plus un enfant grandit, moins il veut faire la sieste. Pourtant, n’oubliez jamais que les bienfaits d’une bonne petite sieste ou même d’un temps calme sont réels.

Que faire ?
► Si le parent ne sait pas très bien si son enfant a besoin d’une sieste, qu’il soit attentif aux signes extérieurs de fatigue de son petit. Ils sont propres à chaque enfant. Mais, à cet âge-là, ils sont plus excités quand ils ont sommeil. Le problème, pour certains parents, consiste à convaincre l’enfant de se reposer en pleine journée. Peut-être que le mot « sieste » peut rebuter un petit de cet âge-là qui rêve de jouer les grands. Parlez plutôt de « temps calme », comme il l’entend à l’école.
► Le marqueur, c’est le soir. Si vous sentez qu’une grosse sieste retarde le sommeil en fin de journée, alors peut-être qu’un petit réajustement s’impose. Sinon, la sieste ne peut être que bonne. Et puis, encore une fois, ce qui est bon pour les enfants l’est aussi pour les parents. Un petit repos des enfants vous permet aussi de recharger vos batteries.

C’est aussi à cet âge que les troubles de la parasomnie, dont les terreurs nocturnes, le somnambulisme, arrachent les petits à leur sommeil. Les parent, face à cela, se retrouvent souvent désarmés.

La réponse de l’experte

C’est ce que l’on appelle les troubles intrinsèques du sommeil, caractérisés par des comportements anormaux durant la nuit. Pour bien comprendre : le sommeil est composé de quatre cycles. Les terreurs nocturnes, le somnambulisme, l’éveil confusionnel, l’énurésie surgissent entre le premier et le second cycle. En un mot, même s’il se balade, même s’il est confus dans son lit, qu’il pleure, votre enfant dort.

Que faire ?
► Reconduisez-le gentiment dans sa chambre, recouchez-le calmement. Rappelez-vous que le réveiller, c’est le sortir du stade de sommeil le plus profond, le fameux stade IV sur le schéma. C’est un véritable choc pour lui. Aussi étrange que ça puisse paraître, votre petit ne manque pas de sommeil, malgré l’agitation. Ces petites crises durent en moyenne quinze minutes. Réconfortez-le. Évitez de le sortir du lit. Usez de câlins et de petites ritournelles, sans trop lui parler.
► On peut limiter les dégâts en privilégiant un sommeil régulier. À cet âge-là, un petit va au lit vers 19h30-20h. Il a besoin de douze heures de sommeil (voir encadré). Son horloge interne se détraque facilement. Rien ne vaut un rituel du sommeil bien rôdé pour parer tout type de troubles du sommeil.
► Enfin, en cas de troubles répétés, que les parents consultent. Là encore, les pédiatres donneront des conseils avisés. N’oubliez jamais que le plus beau cadeau qu’un parent puisse faire à son enfant, c’est de lui permettre d’être autonome dans son sommeil.

Yves-Marie Vilain-Lepage