Vie de parent

3 questions à Adélaïde Charlier
sur les conflits idéologiques en famille

Cette semaine, une lettre ouverte adressée aux enseignants a fait le tour du web. Les jeunes de Youth for Climate y réclament un semestre d’informations et d’actions autour de l’urgence climatique entre septembre et décembre 2019. Adélaïde Charlier, visage belge francophone, en est. Elle embarque d’abord dans un voilier direction le Brésil. Elle traverse ensuite le continent sud-américain en bus. Un long voyage pour aller « mettre la pression sur les politiques ». On a rencontré la jeune Namuroise et on en a profité pour l'interroger sur l’importance de l’éducation dans la lutte contre le réchauffement climatique.

3 questions à Adélaïde Charlier sur les conflits idéologiques en famille

Cette première partie d’année est chargée en actualité politique autour du mouvement contre le réchauffement climatique. D’abord avec un sommet des Nations Unies sur le climat du 20 au 27 septembre. Ensuite avec la COP 25 au Chili du 2 au 12 décembre. L'occasion pour le Ligueur de rencontrer la porte-voix des jeunes pousses de Youth for climate, mais aussi de discuter à propos des convictions qui s'opposent parfois sous un même toit familial. Nous y reviendrons dans le Ligueur papier du 25 septembre. En voici un avant goût.

À quel moment tes convictions ont commencé à se prononcer ? Est-ce l’école ou tes parents qui ont éveillé ton engagement ?
Adélaïde Charlier
: « Dans ma famille, nous avons toujours été conscientisés à cette urgence climatique. Mes parents en parlaient, mais quand j’étais plus jeune, je ne comprenais pas trop. Je ne voyais pas tellement l’intérêt de ne pas aller en voiture à l’école. Ensuite, de mes 11 à 16 ans, nous sommes allés vivre au Vietnam. Là, on parlait énormément de dérèglement du climat. J’étais dans l’école des Nations-Unies à Hanoï. La lutte contre le réchauffement fait partie de leurs objectifs et, donc, on en a beaucoup parlé. On nous a expliqué que le niveau du Mékong augmentait d’année en années Il a fini par empiéter sur les cultures des Vietnamiens. Inondées, les rizières ne donnent plus rien. Les Vietnamiens migrent vers les grandes villes. Là, une masse de population s’entasse. On parlait énormément de ces phénomènes à l’école sous un angle scientifique. Ça m’a conscientisé. Quand je suis rentrée en Belgique. Cette question était très faiblement abordée à l’école, une ou deux heures par an. J’ai trouvé ça choquant. »

Chez toi, y avait-il une résonnance de ce que tu apprenais en classe ?
A. C.
: « Oui. Par exemple, nous sommes allés en vacances quand nous habitions au Vietnam. J’avais vu les photos de l’hôtel dans le sud du pays avec une super jolie plage. Et quand je suis arrivée sur place, elle n’existait plus. Mes parents m’ont expliqué qu’elle avait été avalée par la mer et avait disparu à cause des typhons. J’ai trouvé ça hallucinant. Par la suite, ma maman, psychologue dans une clinique, a fait pas mal d’allers-retours en urgence sur la côte à cause de la répétition des typhons qui étaient de plus en plus violents. »

Pour toi, la famille est un bon endroit pour une prise de conscience citoyenne ? Ou c’est plutôt à l’école que cela doit se faire ?
A. C.
: « Les deux sont liés. L’enfant peut apprendre des choses à l’école et puis les amener à la maison. La famille est un lieu sécurisé où l’enfant n’aura pas peur de se faire juger. Du coup, il peut vraiment parler librement avec ses parents et ses frères et sœurs sans forcément arriver avec des vérités absolues, mais en interrogeant ses proches sur le comment et le pourquoi. Dans le cas où il y a désaccord, c’est important que les deux parties restent à l’écoute l’une de l’autre, toujours sans jugement mais en s’informant. »

Marie-Laure Mathot