Vie de parent

3 questions à Catherine Meurisse
à propos du secret professionnel

Pour le coup, ce n’est pas un secret. La proposition de loi soumise au vote des parlementaires en cette mi-février qui vise à lever partiellement le secret professionnel des membres du personnel des institutions de Sécurité sociale suscite l’indignation. Pourquoi les parents devraient s’en soucier eux aussi ? On en parle avec Catherine Meurisse, travailleuse sociale et professeure à l’institut Cardijn, HELHa, à Louvain-la-Neuve.

3 questions à Catherine Meurisse à propos du secret professionnel

Journée importante pour les travailleurs sociaux. Et pour tout citoyen offensé. En ligne de mire ? La proposition de loi qui vise pour l’instant les assistants sociaux des CPAS. L’objectif ? Lever le secret professionnel de tous : travailleurs sociaux, médecins, avocats, journalistes, psychologues, prêtres, infirmiers allant à domicile, et bien d'autres, sous couvert de renseignements pour protéger le citoyen contre le terrorisme.
En réaction, protestation et action en tous genres. Parmi elles, celle de la Haute École Louvain en Hainaut dont les étudiants et professeurs se sont scotchés la bouche. Catherine Meurisse en était. Entre temps, elle a enlevé son sparadrap et a des choses à dire aux parents.

Aujourd’hui, ce sont les grands enfants de certains de nos lecteurs qui luttent contre cette loi, pourquoi leur combat est important ?
Catherine Meurisse : « C’est d’abord une question de société. L’enjeu pour les étudiants est important. Comme pour tout citoyen de demain. Ils sont pris en otage entre valeurs humanistes (respect de la différence, des fragilités, écoute et accueil, cohésion sociale…) et des législations et procédures sécuritaires. Demain, ils seront diplômés, prêts à faire leur entrée dans la vie active. Dans les fonctions auxquelles ils vont avoir accès, les outils ne sont pas nombreux : écoute, confiance, loyauté. On est dans l’humain à l’humain. Avec cette proposition de loi, on supprime quelque chose d’important. C’est une conception très étrange de la responsabilité du travailleur social. Dans sa fonction en CPAS, il est déjà obligé de contrôler. Un jeune déséquilibré qui veut tout faire sauter ne va probablement pas faire une demande de RIS. Ce qu’on dénonce, c’est ça : lutter contre le terrorisme, contre toute forme de radicalisation, très bien. Mais ce qui est proposé n’est ni cohérent, ni optimal, ni réaliste. Le rôle d’un travailleur social est d'aider, pas de surveiller. Et je ne vois pas trop qui on peut sauver avec cette mesure… »

Avec ce genre de politique sécuritaire, on tombe dans le tout suspicieux.

Vous pouvez nous donner un exemple concret de l’impact que ça peut avoir sur certaines familles. Celles qui font des demandes d’aides sociales, par exemple ?
Catherine Meurisse :
« Une chose importante à savoir, c’est que les personnes qui font appel aux compétences des travailleurs sociaux sont presque toujours en situation de fragilité. Aujourd’hui, en Région bruxelloise, on se retrouve avec 1 enfant sur 4 qui vit en-dessous du seuil de pauvreté. Ça veut dire des situations urgentes pour les familles. Parmi elles, des parents aux pratiques culturelles qui, avec cette loi, deviennent d’un coup suspects. Je vous laisse imaginer les effets pervers, les raccourcis. Beaucoup de personnes ne feront plus appel aux services d’aides sociales par simple peur d’être considérées comme suspectes. Dans ce contexte, les amalgames vont vite. Un papa musulman ira plus difficilement voir un professionnel de peur d’être soupçonné. Avec ce genre de politique sécuritaire, on tombe dans le tout suspicieux. C’est une spirale infernale qui dégrade la relation de confiance, ô combien importante dans nos métiers. Parce que, sous couvert de dénicher des terroristes, le risque le plus important, c’est surtout d’augmenter les risques de pauvreté en fermant symboliquement la porte à des personnes qui en auraient besoin. »

Pourquoi est-il important que les parents se mêlent au mouvement de contestation ?
Catherine Meurisse :
« Je pense qu’il est important de profiter de l’effet médiatique autour de cette loi pour rappeler que toucher au secret professionnel des travailleurs sociaux, c’est d’abord toucher aux fondements démocratiques décidemment bien malmenés ces derniers temps. Si des parents, si des citoyens, se soucient de ça, ils ont toute leur place là. Non seulement dans la manifestation du 16, mais pour la suite. Ça va au-delà du projet de loi. Qu’est-ce que ça dit ? Willy Borsus (MR), ministre fédéral de l’Intégration sociale, sous couvert de coopération entre la Justice et les institutions de la Sécurité sociale, cherche aussi à pousser les travailleurs sociaux dans la dénonciation de fraudes sociales et de stigmatiser des catégories de personnes qui ont déjà fort à faire pour trouver une place dans notre société clivée. Est-ce qu’il n’y a pas une volonté de mieux contrôler les aides financières et, plus largement, une volonté d’aller dans le sens de la N-VA ? Rappelons qu’il s’agit d’une proposition de loi de la députée Valerie Van Peel. Un ralliement de plus. Plus globalement, invitons les familles à réfléchir : quel type de société veulent-elles ? Qui sait si leurs enfants n’auront pas un jour recours aux aides sociales ? Ça a un impact sur la dignité humaine. Ne l’oublions jamais. »

Yves-Marie Vilain-Lepage

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