Vie de parent

3 questions à Florence Ringlet :
les tentatives de suicide

Parlons suicide. Nous sommes bien d'accord que si le sujet n'est pas des plus réjouissants, il constitue néanmoins un souci de santé préoccupant majeur sur lequel il faut s'informer. Ne serait-ce que pour cultiver quelques bons réflexes auprès de nos enfants ou de nos proches. On en parle avec Florence Ringlet, psychologue et directrice thérapeutique chez Un pass dans l’impasse, centre de prévention du suicide et de l’accompagnement.

 

3 questions à Florence Ringlet : les tentatives de suicide

Bien que les comportements suicidaires représentent un problème majeur de santé publique, on en sait peu de choses. En 2015, Solidaris a apporté beaucoup d’éléments et a supris avec une enquête très précise. Parmi les chiffres, on retient que 178 Wallons sur 100 000 ont tenté de mettre fin à leurs jours entre 2011 et 2013. La mutuelle nous apprenait alors que la moyenne d’âge de ces actes est de 40 ans. Autre fait sur lequel nous allons revenir, les femmes sont plus nombreuses à 64 %. Deux pics d’âges ressortent : les 15-24 ans et les 40-49 ans.
Plus récemment, Vincent Lorant, professeur à l’Institut de recherche santé et société à l'UCL, confiait au Ligueur qu'aujourd’hui en Belgique, on compte un taux de suicide de 20 pour 100 000 habitants, là où la moyenne mondiale est de 14,5 pour 100 000 habitants.

Difficile de parler de suicide, tant les données sont rares...

F. R. : « Oui, parfaitement, les professionnels du terrain manquent de ressources, de chiffres et de données. On peut même aller encore plus loin, parce que les études mentionnent les personnes qui tentent de mettre fin à leur jour et passent par les urgences. On peut imaginer qu’il y en a d’autres. Je pense à tous ceux qui passent par les urgences et ne sont pas comptabilisés, donc pas suivis. On manque encore d’informations. Ce que je trouve important quand on parle de suicide, c’est d'aller au-delà des idées convenues. Par exemple, beaucoup de personnes s’imaginent que le suicide est l’apanage de l’adolescence ou des personnes âgées. Alors qu’on évoque une moyenne de 40 ans. Bien sûr, c’est normal, la mort prématurée d’ados interpelle. Elle choque. Le simple fait qu’ils s’imaginent mettre fin à leur vie, c’est d’une violence inouïe. Que l’on ne comprend pas toujours. En ce qui concerne le suicide des personnes âgées, je pense que l’on manque encore beaucoup d’informations. C’est encore très camouflé. Pour la famille, c’est très compliqué à accepter. Autre chose importante, la différence soulignée entre les hommes et les femmes. »

Justement, pouvez-vous développer cette différence hommes-femmes ?

F. R. : « Les résultats de l’étude Solidaris viennent corobore ce que l'on voit sur le terrain : 2/3 de femmes contre 1/3 des hommes tentent de mettre fin à leurs jours. Et pour les suicides aboutis, c’est l’inverse. Le mode d’expression des hommes est différent de celui des femmes : Les femmes parlent davantage de leurs problèmes que les hommes qui ont tendance à agir. Contrairement aux femmes ils n’ont pas l’intention de changer leur milieu mais désirent mettre fin à leur souffrance rapidement en employant souvent des moyens violents. Ils s’engagent moins facilement que les femmes dans une démarche de soins. Ainsi, la détection du risque suicidaire et la prise en charge préventive sont plus difficiles à mettre en œuvre. Dans tous les cas, les hommes et les femmes veulent mettre fin à une souffrance qu’ils ne peuvent plus supporter.»

Quels conseils donner aux parents ?

F. R. : « Avant toute chose, il faut rappeler qu’il s’agit de la deuxième cause de mortalité après les accidents de voiture chez les jeunes. Il est bien important de ne surtout pas prendre les choses à la légère. Je vois, par exemple, en cas d’ingestion de médicaments, certains parents dire : 'Oh, il a voulu nous faire peur'. Lorsque l’on minimise de la sorte, on donne l’impression de ne pas entendre son enfant. Il est important de ne pas rester seul avec ça. Au moindre signe, n’hésitez pas à aller en parler avec des spécialistes compétents (Centres PMS, psys, asbl, généralistes…). Ce qui revient énormément chez les jeunes qui viennent nous voir, c’est qu’ils ont le sentiment de ne pas être entendus. Le plus souvent, on organise des consultations familiales : l’objectif unique, c’est de retrouver le lien. C’est très important cette question, je trouve. Au final, tout tourne autour. Le lien avec les parents, les relations amoureuses, les copains, etc. Donc, il faut reconnaître la souffrance du jeune. Ne pas relativiser. Facile à dire, hein ? Un petit conseil : essayez de vous mettre à la place de votre ado et n’oubliez pas que vous avez plus de recul que lui.
Enfin, essayez d’être le plus vigilant possible à ce qui ne va pas. Comprenez qui il est, ce qu’il aime chez lui et focalisez-le dessus. Sortez-le de cette spirale négative. Renforcez son estime de lui. Rien ne vous empêche aussi d’expliquer l’étape de vie dans laquelle il est. Expliquez qu’il s’agit d’une période symbolique ou les extrêmes s’affrontent et qu’il est fondamental de prendre du recul par rapport à cette tempête. Dernière chose, soyez lucide sur vous-même. Des parents qui ne savent pas communiquer, ça donne des enfants qui ne savent pas communiquer. Et dans ce contexte-ci, l’échange est fondamental. Si vous êtes conscient de cette impossibilité, faites-vous aider par un proche que vous estimez plus enclin à ouvrir un dialogue. Encore une fois, la grande difficulté chez ces jeunes gens, c'est de ne pas trouver le mot juste, ne pas savoir exprimer sa souffrance. Une fois qu'elle est sortie, c’est comme un tabou qui s’effondre, on les sent se débloquer considérablement. Aidez-les donc à le trouver, ce mot. Ça fait tellement de bien ! »

 

Yves-Marie Vilain-Lepage

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Un numéro : le 107

Un proche vous parle de la mort à plusieurs reprises ou présente des comportements inquiétants et vous donne à croire qu’il pourrait mettre fin à ses jours : écoutez-le. Puis, parlez-lui. N’hésitez pas à l’orienter vers ce numéro : le 107. Un numéro gratuit, avec des professionnels de qualité disponibles 24h/24. 

Un pass dans l’Impasse

L'asbl Un pass dans l’Impasse propose une écoute et une orientation vers la bonne personne la plus adaptée à la situation. Sa politique ? Ne pas laisser les personnes en souffrance seules. Parfois une petite phrase peut éviter le pire. Tél : 081/77 71 50.