Vie de parent

3 questions à Yves Martens
sur les chômeurs cohabitants

Les chômeurs de plus en plus cohabitants. C’est ce que nous apprend l’Onem. Ils seraient 48,2 %. La tendance est à la hausse, certainement liée à l’intensification des contrôles qui pousse les « isolés » à régulariser leur situation. Et ce n’est pas fini avec les procédures adoptées par la majorité. Ce statut change tout, puisque les allocations sont moins importantes. Un chômeur de longue durée touche 953 euros alors qu'un cohabitant touche 503 euros. Yves Martens, coordinateur de l’asbl Collectif Solidarité Contre l'Exclusion, nous dit ce qu’il pense de tout ceci et livre quelques pistes précieuses aux familles.

3 questions à Yves Martens sur les chômeurs cohabitants

Qu’est-ce que ces nouveaux chiffres de l’Onem nous disent ?

Yves Martens : Ça va dans le sens des nouvelles procédures de contrôle à domicile des chômeurs, inopinées, de 5h du matin à 21h, approuvées par la majorité (voir encadré). C’est une aberration. Ça l’est d’autant plus que la plupart des familles cotisent pleinement. Il n’est donc absolument pas normal qu’on les indemnise moins parce qu’ils sont cohabitants. Ce qui est intéressant, c’est que l’Onem associe cette hausse à l’intensification des contrôles. Inutile donc de voter des lois qui vont rendre ces procédures encore plus injustes. Autant appliquer la législation existante. On est en train de mettre en place des moyens injustifiés pour les personnes les plus faibles économiquement. Alors qu’à côté de ça, les grands fraudeurs agissent en toute impunité. C’est un mauvais calcul.

Comment la situation va-t-elle évoluer ?

Yves Martens : Les allocations de chômage sont inférieures au seuil de pauvreté. Elles vont à contresens de la réalité économique. Un exemple : les loyers sont en hausse, et il n’existe pratiquement aucune aide spécifique au logement. On est dans une situation absurde avec cette histoire de cohabitants où l’on empêche les gens de se mettre en solidarité. Les familles précarisées ne s’y retrouvent pas. Alors qu’il serait bénéfique économiquement qu’elles gagnent plus. Un chômeur réinjecte tous ses bénéfices dans la société. Il fait tourner l’économie. Il ne place pas ses deniers dans un paradis fiscal, lui. On appauvrit les familles au lieu d’avoir des consommateurs. On incite au travail au noir. Les gens se trouvent des solutions illégales. Quand on ne pousse pas les familles à se séparer fictivement. En gros, on précarise la solidarité.

► Quelles sont les solutions ?

Yves Martens : Je suis tout à fait favorable à la suppression du statut de cohabitant. Aucune raison de toucher moins parce qu’on cohabite. Si après un accident de la circulation, l’assureur de votre véhicule vous dit qu’il rembourse moins parce que vous êtes cohabitant, vous ne l’acceptez pas. C’est la même chose pour l’assurance chômage, le droit doit être le même pour tous. Il faut une véritable individualisation des droits. Elle limitera la fraude. Ensuite, il ne faut pas que les allocations soient inférieures au seuil de pauvreté. Et enfin, il faut que ces indemnités soient illimitées dans le temps, avec des sanctions seulement en cas de refus d’un emploi convenable. Ces trois axes sont fondamentaux et tout à fait réalisables.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Rappel pratique

Les nouveaux contrôles :

► La convocation à l’Onem est supprimée.
► La visite peut se faire sans avertissement de 05h du matin à 21h au domicile du chomeur.

Vos droits ?

► En matière de chômage, il n'y a pas de différence entre les couples unis par le mariage, la cohabitation légale et le concubinage.
► Si votre partenaire n’a aucun revenu, vous avez droit au taux cohabitant avec charge de famille. Ce même taux s’applique si votre partenaire dispose de revenus mensuels inférieurs à un certain montant plafond. Ce montant est indexé régulièrement. Ils ne sont pas tous pris en compte de la même manière. Soyez vigilants.
► Attention, lorsque vous vous installez avec votre partenaire, ou lorsque ses revenus augmentent, vous devez le déclarer à l’Onem. Si vous ne le faites pas et si vous continuez à percevoir les allocations de chômage au taux isolé/cohabitant avec charge de famille, alors que vous êtes cohabitant, vous pourrez être sanctionné par l’Onem.
► Quiconque voit son statut passer d’isolé à cohabitant peut demander des aides au CPAS.
► Tout citoyen peut s’opposer à une visite inopinée à son domicile. Attention, en cas de refus, l’Onem peut se référer à un juge d’instruction.

Source : Droits Quotidiens  - CSCE