Vie de parent

4 questions à Isabelle Roskam :
le burnout parental à travers le monde

On les adore nos gosses. Mais ils vident vite nos batteries. Pour quelques parents, c’est plus que ça. La batterie ne se recharge plus. C’est là où l’on parle d’épuisement parental, dont Isabelle Roskam est devenue experte. Pour parfaire le sujet et faire avancer la parentalité, elle se lance dans une étude gigantesque sur 38 pays, à laquelle on vous invite à participer.

4 questions à Isabelle Roskam : Le burnout parental à travers le monde

Le 20 octobre dernier, la Ligue des familles dévoilait sa campagne, L’épuisement parental, osons en parler, avec le soutien de Céline Fremault, ministre bruxelloise des Familles, en partenariat avec les Fédérations des centres de planning familial et l’UCL. L’idée consistait à faire le point sur la souffrance parentale et lever le tabou qui pèse dessus, déculpabiliser les parents et leur proposer un accompagnement adapté. Isabelle Roskam en est l’un des moteurs. Aujourd’hui elle étend ses recherches sur le sujet à travers 38 pays étalés sur les cinq continents. Et elle nous explique pourquoi elle compte sur vous.

► Vous avez décidé de sortir le burnout des frontières, pourquoi cela ?

Isabelle Roskam : En 3 ans, j’ai sorti six études dans le domaine du burnout parental. Je me suis intéressée aux symptômes, aux signes avant-coureurs, au vécu des parents, à la représentation du parent dans notre société… En équipe, on avance toujours avec le souci des étapes suivantes. Puisque plus la recherche résout des questions, plus elle suscite de réponses. Nous nous sommes donc intéressés à l’ancrage culturel. Par exemple, la dépression telle qu’elle est ressentie dans nos frontières est clairement liée à l’individualisation de la société et au sentiment extrême de solitude auquel elle peut renvoyer. Elle est donc liée à un contexte culturel.

► Le burnout parental serait le résultat d’une société trop perso ?

I. R. : Il se construit sur la frustration de ne jamais trouver de temps pour soi, de ne pas prendre soin suffisamment de soi, au détriment de ses enfants. Ce sont des symptômes d’une société individualiste. Notre société crée des conditions pour qu’une souffrance puisse se produire. D’un côté, le parent lit partout qu’il doit se consacrer du temps à lui, ne pas s’oublier dans son rôle et paradoxalement, il est assujetti à une pression pas possible alimentée par le fait qu’il doit être disponible, optimal, performant. La valeur qui prédomine aujourd’hui, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant. Avec pour conséquence des adultes qui sont toujours stressés par le fait de bien faire fonctionner cette dominante. Ce marqueur social est un poids. En permanence se pose la question : « Est-ce que je fais bien mon rôle ? ». À l'école, en famille, entre amis, le jugement est toujours présent. C’est un terreau idéal à l’épuisement parental.

► Pourquoi ce phénomène est-il resté si longtemps tabou ?

I. R. : Je ne parlerais pas de tabou. En réalité, nous ne disposons pas de données pour dire si ça se produisait avant ou non. Au début du XXe siècle, les mamans étaient épuisées aussi, les tâches ménagères étaient harassantes. Mais ce n'est pas de l'ordre du burnout parental tel qu’on en parle depuis peu. On a interviewé des personnes âgées pour savoir si elles ont déjà ressenti ce type de symptômes. Il en ressort que c’est compliqué de dresser un parallèle avec la société d’aujourd’hui. La pression sociétale et ces multiples injonctions, l’homogénéité du rôle de parents font qu’aujourd’hui, être parent, c’est devenu une pression. Regardez autour de vous. Vous connaissez certainement des parents qui ont des bibliothèques remplies de bouquins consacrés à l’éducation, à la psychologie de l’enfant, à la parentalité positive. Ce sont souvent des parents hyperinvestis. Et comme pour le phénomène de l’épuisement au travail, l’investissement vide. Il est sans répit. Et ailleurs ?

► Justement, vous essayez de comprendre le phénomène ailleurs qu’en Belgique...

I. R. : Parfaitement. La vraie question de départ est : dans les cultures plus collectives que la nôtre, est-ce que le burnout est aussi présent ? Et si ce syndrome existe, pourquoi ? Donc, nous avons lancé des appels auprès d’autres chercheurs dans plein de pays. Au départ, on comptait sur la présence de 5-10 pays, grand max. Et très rapidement, on en a eu 38 ! Étalés sur les cinq continents. Nous avons été très surpris par l’intérêt suscité dans des cultures que l’on croyait désintéressées par le sujet. Qu’est-ce qui différencie les conditions d’une maman au Cameroun d’une autre à Tokyo ? Quels sont les idéaux parentaux de chaque pays et comment y adhérer ? Nous allons découvrir tout cela, ça promet d’être passionnant. C’est pour cela que l’on compte sur une participation massive des parents pour constituer l’échantillon belge.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Comment participer ?

Si les recherches d’Isabelle Roskam vous intéressent et que vous souhaitez participer, vous avez jusqu’au 30 juin. Il s’agit d’un questionnaire en ligne.

En savoir +

Infos et vidéos sur les pages facebook Culture parent ou Burnout parental.

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