Vie de parent

5 idées pour un web plus respecteux de nos enfants

Pacifier le web ? Trop facile. Rudy Demotte, ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, s’y attèle. Fini de jouer, il part en croisade virtuelle contre la « cyberhaine ». Note qu’il fait adopter avec Isabelle Simonis, ministre de la Jeunesse, ce jeudi 12 novembre. En ligne de mire : le cyberharcèlement, les discours haineux et même les fautes d’orthographe ! Les armes pour y parvenir ? Dès 2016, une appli et un « cyber-chat » destinés aux jeunes. Oui « chat » tout court, ça doit faire amateur. Coup de sabrolaser dans l’espace ou pierre à l’édifice d’un web plus harmonieux ? Difficile à dire. Pour l’heure, comme le Ligueur connaît un peu le sujet, voilà nos cinq grandes idées que vous pouvez glisser à vos internautes d’enfants.

5 idées pour un web plus respecteux de nos enfants

1. Accepter le retard de l’école (et le rattraper)

Un fait soulevé par tous les spécialistes 2.0 : les ados ont une sérieuse longueur d’avance sur les adultes. Parents, professeurs, soyons honnêtes : nous sommes à la masse. Faut-il en avoir peur ? « Non. Il faut s’en servir, dit Christophe Butstraen, médiateur scolaire, auteur de Internet, mes parents, mes profs et moi. Mutualisons les compétences. Ils ont le savoir-faire, vous avez le savoir-être.»
C’est le fossé entre la pédagogie active et les usages qui se joue. Le web est leur territoire ? Oui. En tant que parents et enseignants, il faut donc écouter et enregistrer. Attention ! Les bonnes pratiques du web, ce n’est pas le seul apanage des enseignants ou de Rudy Demotte. On peut souligner le désinvestissement de certains parents et regretter l’agressivité de certaines multinationales. Le monde enseignant doit développer des compétences transversales liées aux nouvelles technologies et à leurs dérives : lutte contre le piratage, défense des droits d'auteur, cyber-réputation, droit à l'image, harcèlement...

2. Comprendre l’image et les violences

« Par pitié, arrêtons avec l’idée que cette génération est plus violente que les autres, affirme Jean-Marie Gautier, psychologue, qui déplore que la brutalité soit médiatisée d’une manière immédiate. On peut voir des tas de choses cruelles qui sont des médiations de notre propre violence ». Et, bien sûr, nos enfants y participent de manière indirecte. De cette façon, ils prennent moins de risques et en mesurent moins les conséquences.
La spécificité de cette génération ? Son potentiel violent. C’est un rapport moins franc, plus ambigu, car plus indirect. C’est sur le web, donc, ça n’existe pas vraiment... Et votre rôle, alors ? Apprendre à vos enfants à désacraliser une image. Expliquer qu’internet donne à croire quelque chose qui n’existe pas toujours. Expliquez que l’image ne veut rien dire. Il est primordial d’éduquer cette jeunesse, dans le rapport à la vérité. Tout l’enjeu consiste en cela en fin de compte. Et il est de taille.

3. Distinguer la sexualité du sexe à l’écran

Là encore, votre rôle de parent consiste à aider vos enfants. À discuter autour du sujet. Vous pouvez par exemple décrypter tout ce qui est caché. Par exemple, un faux amoureux virtuel, des sentiments numériques, etc. Au fond, vous allez donner sens aux symboles. Leur expliquer que, dans la vie réelle, il y a la réalité de l’autre. Les dérives de l’écran peuvent mener à des violences sexuelles, parfois perverses. Les ados les moins encadrés sont les plus concernés. Cela confirme l’importance du discours. « Voilà pourquoi il semble important de mettre en place des cours spécifiques », recommande Jean-Marie Gautier.
Rassurez-vous, vos enfants ne sont pas dupes. Ils ont conscience d’appartenir à une tranche d’âge à qui on vend par le biais du sexe. Par le porno. Ils le savent, s’en lassent vite. La grande difficulté, c’est pour les plus jeunes. Ils reproduisent des gestes, adoptent des comportements stéréotypés. Mais comme on le répète souvent : le corps reprend vite son langage dans l’intimité. Quoi qu’il en soit, ces questions apportent la preuve qu’il est important de redonner vie à l’éducation à la sexualité et au développement du sentiment. Et peut-être l’adapter à un contexte plus moderne que théorique.

4. Contrôler son image et ne pas entacher celle des autres

La rumeur conduit depuis toujours au harcèlement. Aujourd’hui, elle conduit au cyberharcèlement. Ni appli, ni cyberchat ne pourront, hélas, l’éradiquer. Elle est inhérente au groupe. Elle permet de savoir qui y est admis ou pas. On échange de façon négative sur ses ennemis et de manière positive sur ses amis. Elle en dit long sur les codes de la bande. Et puis, ça rassure : « Je ne suis pas comme ça, moi, je suis normal ».
Il est important de dire à ses enfants qu’avec la libération de la parole sur le web, on se déresponsabilise de ses propos par l’anonymat et on peut vite aller trop loin. Il faut rappeler que l’utilisation du ragot (aujourd’hui, on dit  « gossip ») peut devenir de la calomnie, de la diffamation ou du harcèlement moral. Ces pratiques sont condamnables par la loi. Le phénomène est récent et la loi n’est pas faite en fonction d’internet. Il est primordial d’en parler et d’être écouté.

5. Apprendre à se protéger

Répétez bien à vos enfants que tout ce qui est gravé dans le marbre du web est consigné. Le contenu - même le moindre message insignifiant - peut tomber dans le domaine public. Mettez-les en garde sur les informations qu’ils partagent et surtout avec qui ils les partagent. En cas d’attaques de prédateurs ou d’intrus anonymes, un conseil pour désamorcer la situation : l’humour. À un « Il paraît que t’es chaude ? », on peut répondre un « 37,5°C, rien d’alarmant, merci ». Ça crée une distance immédiate.
Autre point important : bien contrôler son image sur le net. Un compte Facebook verrouillé, des informations pas trop intimes, un choix judicieux de ses contacts et le réflexe de supprimer les commentaires injurieux, ce qui peut couper court aux dérapages. « La meilleure chose à transmettre à votre enfant pour lutter contre ses dérives : l’empathie », rappelle Aurore Van de Winkel, conseillère en gestion des rumeurs et e-réputation.

Yves-Marie Vilain-Lepage

Un web plus éthique

Apprendre ensemble, gérer internet au quotidien au sein de la famille, tel est l’objectif de Webetic, créé par la Ligue des familles et Child Focus. Infos pratiques, trucs et astuces, conseils de prévention, exemples concrets, vidéos éducatives avec des mises en situation et films démos sur vos paramètres de sécurité vous donneront à travers ce site les clés d'une navigation sécurisée. Ici, il est question de formation éducative sur l’utilisation sûre et responsable de l’usage du web. N'hésitez pas à y adhérer.

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