Vie de parent

6 idées fausses
à propos des migrants

Les migrants sont sous le feu des projecteurs. Leur sort est entre les mains de la Communauté internationale. Ce 10 décembre, 165 pays ont adopté un Pacte mondial qui vise des migrations sûres, ordonnées et régulières. Il doit être ratifié ce 19 décembre à l’ONU. Et comme c'est aujourd’hui la Journée internationale des migrants, nous en profitons pour continuer à informer. Pour résister aussi. Et pour féliciter toutes les personnes qui, par pur élan de solidarité, ouvrent leur porte, retroussent leurs manches, donnent du temps et qui font le boulot à la place des politiques.

6 idées fausses à propos des migrants

► « Ils ne viennent ici que pour le fric »

Évidemment, il est plus facile de dégainer ce genre d’allégation qu’écouter les histoires des personnes qui arrivent jusqu’à nous. Et pourquoi pas un petit exercice d’empathie en cette journée ? Mettez-vous à la place de ces femmes, ces hommes, ces enfants qui débarquent dans notre civilisation hostile où même déchiffrer un nom de rue relève de l’exploit. Non, la migration n’est pas pour ceux qui l’entreprennent une croisière en quête d’exotisme, ni même le leurre d’une vie de luxe. De quoi s'agit-il, alors ? De survie.

« Toucher le CPAS pour eux, c’est la belle vie »

Les migrants qui demandent l’asile ont droit au gîte et au couvert durant l’examen de leur dossier. Un geste humain pour qu’ils puissent au moins s’alimenter et avoir un toit. Une fois reconnus réfugiés, ils peuvent bénéficier du CPAS. Et vu ce que les experts nous en disent, une vie dans un centre d’hébergement, dans une maison de retour ou dans un centre fermé, c’est tout sauf la vie de château.
En revanche, une info importante aux personnes qui aident ces hommes et ces femmes à entreprendre des démarches : il existe toute une série d’aides sociales que les publics les plus fragilisés ne saisissent pas. Par manque d’info ? Parce qu’ils sont submergés par des préoccupations de première nécessité ? Quoi qu’il en soit, n’hésitez pas à vous renseigner autour de vous sur les non take-up, comprenez non-accès et non-recours aux droits. Non pas pour que les réfugiés aient « la belle vie ». Juste pour leur redonner un peu de dignité humaine.

► « J’aimerais aider, mais c’est illégal »

L'hébergement, l'aide, le refuge, le petit don en nature, la confection de repas, etc., sont protégés par « l'exception humanitaire ». Des centaines de Belges s'impliquent auprès des sans-papiers. Rappelons-le, leur démarche est légale. Toute action basée sur un principe humanitaire ne peut pas être poursuivie et on ne peut que s’en féliciter… et faire en sorte de la conserver. Chérissons ce droit précieux. Il est menacé. Les récents procès des hébergeurs se sont bien finis, mais rien n'est jamais gagné. On vous donne toute une série de conseils pour rester le plus possible dans la légalité.

► « Ils ont l’air un peu agressif »

Oui, on l’a vraiment entendu... L’occasion de rappeler une chose qui se dit peu et que tous les migrants que l’on a rencontrés ont fini par nous avouer : ils vivent dans la peur. Par exemple, nous avons croisé la route de trois jeunes réfugiés, âgés d’une vingtaine d’année, qui nous ont raconté qu’ils s’ennuient parce qu’ils restent dans leur chambre, à cogiter, à penser au pays. Et s’ils ne se baladent pas, s’ils ne visitent pas, c’est parce qu’ils ont peur. Peur de nous. Ils aimeraient parler français, avoir des conversations, comprendre le pays. Anne-Marie Dieu, qui a accueilli plusieurs réfugiés chez elle, adresse aux parents plusieurs conseils : « Il ne faut surtout pas stresser et être le plus naturel possible. Et, surtout, bien se rappeler que ce sont eux qui ont peur. Ils risquent beaucoup, nous rien ».

« Ce sont tous des musulmans qui vont finir par se radicaliser »

Le jeune Abdulazez, qui nous raconte son histoire, nous explique combien il fut pénible que lui et sa famille soient considérés comme des profiteurs qui viennent juste pour une vie plus confortable. Il nous a raconté leur vie de camp en camp, apeurés, harassés, la mort dans le viseur. Considérés comme indésirables à chaque frontière, comme s'ils étaient porteurs du malheur, de la violence qu’ils fuyaient par instinct de survie. « Nous n’attendons rien des politiques européennes. Nous ne nous y intéressons pas. Nous sommes musulmans pour la plupart et fiers de l’être. Nous ne sommes pas des terroristes. Nous les fuyons. Il faut que vous appreniez à nous connaître. À nous voir avant de nous juger. À ouvrir les yeux par vous-mêmes ».

► « Les accueillir oui, mais notre culture diffère tellement »

On aime beaucoup l’anecdote de Sophie. Cette maman a hébergé un jeune Irakien de 18 ans qui ne parlait pas français et très peu anglais. Pour le mettre à l’aise, elle lui a expliqué que s’il voulait être tranquille pour prier, il pouvait utiliser la chambre de ses fils. Le jeune invité réagit bizarrement. Elle n’a compris que plus tard, quand il partageait une bière avec toute la famille, qu’elle l’avait catégorisé musulman pratiquant sans qu’il ne lui ait rien dit !
Là encore, Anne-Marie Dieu livre quelques conseils : « En ce qui concerne l’alimentation, pas de soucis, ne changez rien, ils se servent de ce qu’ils aiment et laissent le reste. On communique beaucoup avec les mains, avec les sourires, avec des dessins, avec des applis de traduction. Quand ils arrivent du parc, ils ont besoin de dormir. Ils sont épuisés. Il ne faut donc pas s’attendre à de grands échanges et les laisser tranquilles. S’ils restent plusieurs jours, là les discussions deviennent plus intéressantes. Mes enfants ont beaucoup joué avec eux aux jeux de société, à la console, ils ont regardé des films. C’est évidemment très enrichissant. Beaucoup de copains de mes enfants sont passés et on sent bien que ça ouvre les horizons des deux côtés ». C’est un peu le principe de l’accueil, non ?

Yves-Marie Vilain-Lepage

Les voisins solidaires

La Ligue des Familles et Convivial proposent aux citoyens de rentrer en contact avec des réfugiés habitant à proximité. Aide aux devoirs ou aux transports, découverte de son quartier ou de la ville, lecture du courrier, conversation en français, partage d’un repas… Retrouvez toutes les infos et agendas sur la page du projet Voisin Solidaire.

Si Mineurs

Le Ligueur et le Ciré ont uni leurs forces pour faire naître un supplément que vous trouverez inséré dans votre magazine papier dès ce numéro 23 : Si mineurs. Une fois tous les 15 jours, sur 6 mois, l'objectif est de consacrer huit pages au quotidien des enfants migrants et à leur actualité. Au programme ? Reportages, témoignages d’experts, infos pratiques. L’idée ? Vous apporter toutes les informations nécessaires, pour agir, pour contredire et bien sûr, pour pouvoir en parler avec vos enfants.

Palestine-Belgique

La ministre en charge de l'Asile et de la Migration Maggie De Block (Open Vld) envisage de réévaluer les demandes d'Asile des réfugiés palestiniens qui ne sont plus acceptées automatiquement depuis le 5 décembre. L'occasion de vous faire découvrir un petit film qui nous rappelle la possibilité de s'engager ensemble pour le respect des droits humains dans un pays où la paix semble une vaste utopie.

Breaking the Silence d' ANDRE BOSSUROY.