Vie de parent

À l’école des droits de l’enfant

Alors que les 70 ans de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme approchent, la question de l’éducation aux droits humains se pose. Quel est le rôle de l’école ? Comment sensibiliser les enfants à leurs droits et à ceux de leurs pairs ? Des acteurs de la société civile se mobilisent.

 

À l’école des droits de l’enfant

Comment enseigner les droits de l’enfant si on ne les connaît pas soi-même ? C’est la question que s’est posée Plan International Belgique face au manque de connaissances en droits humains de la part des enseignants. Avec huit organisations partenaires, l’ONG a mis sur pied l’École des droits de l’enfant. Le but ? Coacher les équipes pédagogiques en vue de mieux intégrer l’apprentissage des droits de l’enfant dans leurs pratiques et d’instaurer une « culture des droits de l’enfant » tant en classe qu’à l’école.
« Au cours d’un accompagnement de deux ans, on tente de faire le lien entre les activités que l’école organise déjà (fancy-fairs, marchés de Noël, voyages, etc.) et les droits de l’enfant, explique Magali Lowies, coordinatrice de ce projet. Souvent, l’école applique déjà ces droits sans le savoir. »

Vivre les droits de l’enfant au quotidien

Plan propose par exemple de commencer la journée avec un brise-glace, la « météo des émotions », pour savoir comment chaque élève se sent. Mais leur action vise aussi l’organisation globale de l’école, comme la mise en œuvre de conseils au sein de l’établissement. L’idée est de vivre les droits de l’enfant au jour le jour.
« Certaines écoles interprètent l’éducation aux droits de l’enfant de façon très littérale, pour qui apprendre les droits de l’enfant, c’est pouvoir réciter les différents articles de la convention, déplore Jonathan Moskovic, chargé de plaidoyer chez Plan International Belgique. Mais ça va beaucoup plus loin que ça ! Il ne faut pas qu’il y ait de gouffre entre ce qui est enseigné et ce qui est pratiqué en classe. »
L’école primaire Singelijn, à Woluwe-Saint-Lambert, a participé à ce coaching. Elle en a tiré moult bénéfices. En plus de faire prendre conscience aux enfants de leurs droits - comme celui d’aller à l’école, dont ils ne se rendent pas forcément compte -, cela a permis la création de conseils réguliers au cours desquels ils peuvent s’exprimer. « Une fois tous les quinze jours, lors d’un conseil d’école, les élèves peuvent prendre la parole. Ils doivent toujours d’abord 'tirer un coup de chapeau', c’est-à-dire adresser des félicitations, par exemple remercier le chef cuisinier de l’école pour ses bons repas ou noter quelque chose de positif », explique Virginie, institutrice en 1re et 2e primaire.
De plus, les relations avec l’école de malentendants voisine se sont améliorées.« Ça a provoqué des discussions, témoigne Virginie. Les élèves se sont rendu compte que les enfants de cette école avaient les mêmes droits qu’eux, même s’ils étaient différents. Ça a permis de réfléchir aux droits - et aux devoirs ! - de chacun, et de comprendre que ceux-ci s’appliquent aussi aux adultes ».
L’institution a également mis en place des médiateurs - des élèves de 5e et 6e primaire chargés d’intervenir en cas de conflits lors des récréations. « Ça a apporté beaucoup de sérénité à l’école », résume l’instit.

Agir avec Amnesty

Amnesty International est aussi présente dans les écoles. Sous le slogan « Vous avez plus de pouvoir que vous ne le pensez », elle y organise plusieurs actions de sensibilisation et des animations autour des droits humains. Il existe ainsi près de 52 groupes-écoles Amnesty dans l’enseignement secondaire francophone. Accompagnés d’enseignants, des jeunes organisent diverses actions en faveur des droits humains, telles que l’envoi de dessins à des MENA (mineurs étrangers non accompagnés) ou la vente de bougies sur le temps de midi.
Marine Jeannin, responsable Programme Jeunesse, explique son rôle : « En général, on constate un vif sentiment d’injustice chez les jeunes. Le problème est alors de passer de l’émotionnel - ce qu’ils ressentent dans leurs tripes - à l’action. On est là pour les informer, leur proposer des actions et leur donner confiance en leurs capacités d’agir ».
La nécessité d’instruire les jeunes sur leurs droits et ceux de leurs pairs s’impose. Elle note un retour en arrière : « On assiste par exemple à un effritement de la conviction que la peine de mort est inconcevable. Si c’était auparavant un acquis, ça ne l’est plus aujourd’hui ».

Faire vivre « la plus belle déclaration d’amour
de l’humanité » !

C’est notamment sur base de ce constat que l’Association pour les Nations Unies (APNU) a, dans le cadre de sa campagne La Déclaration universelle des droits de l’Homme, tout un programme !, lancé en mai 2017 des appels à projets auprès des jeunes de 10 à 30 ans. Les écoles de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur, ainsi que les associations de jeunesse sont invitées à se saisir d’un article de la déclaration et à présenter la façon d’améliorer sa mise en œuvre. Contes, vidéos, dessins, graphes, pièces de théâtre, projets de loi, etc., toutes les idées sont bienvenues. Une école a ainsi décidé de redécorer son préau en y illustrant des articles de la déclaration, une classe de rhéto s’est lancée dans la création d’un conte philosophique sur base d’un article, etc.
Une « piqûre de rappel utile » pour Huguette Van Campenhoudt, coordinatrice du projet : « Ma génération s’est battue pour certains droits, mais les gens aujourd’hui pensent que c’est acquis. Or, ça ne l’est jamais. Dans les années 1970, j’ai manifesté pour la loi sur l’avortement. Et il y a 3-4ans, j’ai manifesté pour qu’on ne la retire pas de la constitution en Espagne. Cela, jamais je ne l’aurais imaginé ! ». Les participants peuvent aussi proposer d’ajouter un nouvel article à la déclaration. En effet, des avancées sociales ont eu lieu depuis son adoption en 1948. Quid du mariage pour tous, des droits à l’IVG ou à l’euthanasie ? 

 

Julie Lamfalussy

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Et les enfants dans tout ça ?

« Il faut être courageux pour garder les lamas et les alpagas », lance une petite Bolivienne. « Je vis pour réaliser mon rêve et mon bonheur », dit une enfant Marocaine. « Les souffrances viennent avec l’ignorance », affirme un jeune Congolais… Autant d’opinions à découvrir dans la série documentaire Paroles d’enfants d’ici et d’ailleurs réalisée par Pascale et Jean-Denis Lilot. Un DVD à gagner jusqu'au 30/01: tentez votre chance en participant au concours du Ligueur ! N'hésitez pas à partager...
► Pourquoi faut-il être courageux ? Pourquoi vit-on ? Pourquoi il y a-t-il des souffrances sur la Terre ? …. Passionnés d’éducation et du monde de l’enfance, les réalisateurs ont sillonné le monde pour poser ces questions à des enfants. Assis en cercle, dans leur cadre de vie, ces gamins s’interrogent sur une question philosophique qu’ils ont eux-mêmes choisie. Ils échangent sur la vie, la mort, l’amour, la liberté, la guerre, le travail… et ce qu’ils ont à dire est bien souvent criant de vérité ! On découvre leur quotidien, leurs espoirs, leurs rêves, leurs peurs, leurs modes de vie.
► Fondateurs de l’École de Clerheid, un projet éducatif basé sur l’écoute, le respect et la créativité, Pascale et Jean-Denis Lilot ont ainsi voulu « ouvrir leurs regards à d’autres réalités pour y trouver des valeurs universelles ». Ils nous livrent des perles de mots d’enfants et invitent à la réflexion et au dialogue.

En bref

Les droits humains, un cours à option ?

En signant en 1992 la Convention internationale des droits de l’enfant, la Belgique s’engage à faire connaître ses principes et ses dispositions« par des moyens actifs et appropriés, aux adultes comme aux enfants ». Cependant en 2010, le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies exprime ses préoccupations quant à la réalisation de l’éducation aux droits humains et des enfants dans l’enseignement belge. Il prie la Belgique d’« inclure l’enseignement des droits de l’homme, y compris les droits de l’enfant, dans les programmes d’étude de toutes les écoles primaires et secondaires ».
L’Observatoire de l’Enfance, de la Jeunesse et de l’Aide à la Jeunesse (OEJAJ) va dans le même sens dans un rapport publié en 2014. Pourtant, l’éducation aux droits humains n’est (toujours) pas obligatoire dans l’enseignement francophone. Dès lors, « seules des initiatives ponctuelles existent, regrette Huguette Van Campenhoudt, ancienne directrice d’école et coordinatrice à l’Association pour les Nations Unies (APNU). Celles-ci sont portées individuellement par des profs qui se sentent impliqués.Certaines animations sont proposées mais c’est sur base volontaire. Ceux qui y participent sont donc déjà convaincus que ça a du sens et qu’il y a moyen de travailler d’autres matières autour de cette thématique ».

Sur le web

Visitez, cliquez, alimentez !

► Le projet École des droits de l’enfant.
► La revue des enfants philosophes Philéas et Autobule.
► Programme TV Les droits de l’enfant expliqués aux grands.
► Le site de la campagne de l’APNU.
► Le site d'Amnesty international.

 

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