À quoi sert l’école ? À votre tour, parents, de répondre !

Dans notre édition du 18 février, les directeurs, profs, éducateurs, etc., ont été interrogés sur le rôle de l’école. Aujourd’hui, c’est au tour des parents de rencontrer le Ligueur sur ce sujet. Et, franchement, on peut dire qu’ils ont bien révisé. Après en avoir pris pour dix-huit ans ferme en moyenne, voilà qu’ils y remettent les pieds, main dans la main avec leurs petits. Et qu’ils ont une foule de choses à dire, de la maternelle au secondaire, en passant par le primaire.

À quoi sert l’école ? À votre tour, parents, de répondre !

Comme annoncé dans le Ligueur du 18 février dernier, on ouvre grand les portes de l’école. Nous avons sondé les personnes qui la font, de l’agent d’entretien au directeur, sans oublier les profs. En introduction du dernier dossier, nous nous demandions : « Au fond, à quoi sert-elle, l’école ? » et nous poursuivions avec la réflexion suivante : « Parions que si on rassemblait une vingtaine de parents autour de la question, chacun donnerait une réponse différente ou presque ». C’est ce que nous faisons aujourd’hui. On commence par les petiots.

La douceur maternelle

Le personnel interrogé dans le dossier du dernier Ligueur exprimait à l’unanimité tout le bien qu’il pensait de la maternelle. L’innocence des enfants, la concertation en équipe, voir grandir ces petits mignons.
Et vous ? Dans l’ensemble, vous êtes ravis, vous aussi. Vous vous sentez bien dans ces couloirs où l’on rêve de princesses et de superhéros. Dans ces classes où l’on apprend les jours et où l’on met de la couleur partout.
Suzanne, la maman de Swann, 4 ans, vient écorner l’image d’Épinal : « Pour moi, c’est tout nase. Ça ne sert qu’à garder les mômes. L’école dans laquelle est mon fils est un repaire de bobos. J’ai l’impression d’être dans une publicité. Mon fils ne s’entend pas avec les petits de sa classe, il est délaissé par les maîtresses parce qu’il est moins social que les autres. Il n’est pas intégré. Je ne calcule personne et j’ai vraiment hâte qu’il apprenne à lire et à écrire. Pas à manger des fruits ou trier ses déchets. »
Même impression pour Abella, qui élève seule son petit Anthony, 3 ans, véritable petite terreur de la récré. « Je n’en peux plus d’être convoquée par la direction, d’avoir des remontrances de la maîtresse ou d’autres parents. À la maison, tout se passe bien, c’est peut-être l’école qui devrait se remettre en cause. C’est à eux de cadrer mon enfant la journée. Mais allez parler de discipline aujourd’hui… »
En dehors de ces témoignages, les autres parents que nous avons rencontrés sont élogieux. « C’est même au-dessus de mes espérances, confie Guillaume, papa d’une Louane de 5 ans. Ce qui est important ? D’abord une éducation humaine, qui prend le quotidien en compte. Puis une équipe soudée qui œuvre avec intelligence et enfin une bonne ambiance ». Idem pour Pablo, papa d’Anna, 5 ans, et Julietta, 3 ans : « L’essentiel pour nous, parents, c’est la relation de confiance avec la maîtresse. À cet âge-là, on sait si l’enfant est bien. On voit comment il évolue, on connaît les amis et on parle beaucoup avec les autres parents. C’est facile. »

Très primaire

« Facile », nous dit Pablo. Et après ? « J’ai très bien vécu les trois-quatre premières années, moins la fin de la primaire », analyse Nadine, maman de trois garçons de 8, 12 et 18 ans. Pourquoi cette mère fait-elle une différence ? « J’ai l’impression que vers l’âge de 10 ans, les élèves en ont marre. Et nous aussi, peut-être. C’est long, l’école primaire. Ils passent six années dans le même établissement, avec les mêmes personnes, à voir les mêmes têtes. C’est interminable. Dans cette école, en plus, les places se sont très vite figées. Les plus populaires le restent et les boucs émissaires souffrent pendant toutes ces années. »
Même sentiment pour Ali, père de deux enfants de 6 et 10 ans. « C’est vrai que ça semble sans fin. Dans l’établissement de mes enfants, ils ont décidé de varier les interlocuteurs pour les grands. Je crois que ça se fait de plus en plus, d’ailleurs. Un enseignant qui est plus à l’aise en histoire, un autre pour les sciences. Les instits se partagent les classes. C’est moins routinier pour tout le monde et ça met un pied à l’étrier pour le secondaire. Voilà, s’adapter et préparer demain, pour moi, c’est ça l’école. »
Autre point qui nous intéresse, la mixité, qui revient beaucoup dans les témoignages du personnel éducatif. On retrouve Ali. « Je suis Belge d’origine tunisienne. J’ai grandi ici dans la mixité la plus pure. Ce mélange social et culturel que j’ai connu petit n’existe plus. C’est fini, ne le cherchez plus. Tout est trop clivé. Les frontières sont devenues infranchissables. »
Même sentiment pour Sophie, dont les deux enfants sont scolarisés dans le privé. « Je rêvais de retrouver le ronronnement de l’école de quartier que j’ai connu quand j’étais petite. Un lieu alimenté par des personnes de toutes les origines, de toutes les classes sociales. Au moment de l’inscription, le choix que l’on me proposait dans le public allait du petit vivier de délinquants en devenir à l’élevage des chouchous de la nation. Finalement, autour de chez moi, c’est le privé qui offre le plus de variété. C’est le choix que j’ai fait. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? »
Ce sentiment de détérioration est partagé par beaucoup : l’institution cloisonne. Nadine tente toutefois de rassurer : « Non, mais attendez, si certains ont ce sentiment en primaire, qu’est-ce qu’ils vont penser du secondaire ? ». Justement, nous y allons.

Le primordial secondaire

Et ça se corse. Sentiment partagé par le personnel éducatif et les parents. Plus les enjeux sont décisifs, plus les attentes sont grandes. L’école est-elle au rendez-vous ? « Absolument, affirme Delphine, maman d’un ado de 14 ans. Je n’en peux plus de lire autant de choses dégueulasses. Vous voulez déprimer nos enfants ? Il y a des lacunes, comme partout, mais on peut parler de ce qui va aussi, pour une fois. Mon fils est heureux d’aller à l’école, de retrouver ses amis, d’apprendre. C’est ça, l’essentiel. »
Autre son de cloche du côté de Rachida, mère d’une jeune fille de 16 ans et d’un garçon de 15 ans. « Je suis prof. Pour des raisons pratiques et aussi parce qu’on m’y a fortement invitée, mes enfants sont inscrits dans l’école dans laquelle je bosse. C’est un établissement très difficile. Avec une direction qui s’obstine à vouloir appliquer un programme qui ne correspond plus à la réalité des élèves. Mes enfants en souffrent. Ils ont peur des violences, des coups de pression. Ils sont traumatisés par les bras de fer entre la plupart des élèves et les professeurs. Ces derniers ayant baissé les bras à cause du manque de respect d’un côté et de reconnaissance de l’autre. Hier, mon fils est rentré en me disant qu’il avait l’impression d’être dans un pays en guerre. »
Loin de ce témoignage alarmant, nous retrouvons Nadine qui tempère. « Il y a du bon et du moins bon. Mon aîné est en rétho, il est passionné par certains profs et a décroché totalement d’autres matières. Le gros problème, pour moi, c’est qu’à partir du secondaire, nous, parents, sommes exclus. Du jour au lendemain, nous ne sommes convoqués que lorsque ça ne va pas. C'est-à-dire qu’entre le trop-plein protectionniste du primaire et le tout-libre du secondaire, il y a un fossé énorme. »
Cette impression est partagée par beaucoup de parents interrogés. Benoît, père de deux jeunes filles de 16 et 18 ans, confirme : « Je crois en ce triangle dont on parle : parents-profs-enfants. Pourquoi le secondaire capote ? Parce que l’on retire une arête : nous. On préfère confier l’avenir de nos enfants à un groupe de personnes confortablement attablées dans un bureau, derrière un écran, plutôt qu’aux gens concernés. Ouvrez les portes de cette institution trop souvent agonisante aux familles, à toutes les familles. Incluez les couches populaires et vous verrez si l’école engendre de l’inégalité. À moins que l’idée, ce soit justement qu’elle serve à trier ? »

Le mot de fin

La première grosse surprise, c’est de voir à quel point parents et personnel éducatif ont une vision semblable de l’école. On vous oppose régulièrement, les médias parlent de relations conflictuelles, alors que votre priorité est la même : l’enfant. S’il fallait une preuve, ce serait les louanges distribuées à la maternelle, symbole même de la concertation.
La piste à suivre paraît tellement simple. Pourquoi n’est-elle jamais empruntée ? Est-ce que l’on se désinvestit à un moment donné en tant que famille : « Oh, les enfants sont grands maintenant, qu’ils se débrouillent » ? D’après vos témoignages, on ne dirait pas. Est-ce que notre belle institution fait pousser ses murs avec une pancarte « Interdit aux parents » à partir d’un certain moment ? Non plus.

« Interdit aux parents »

À l’image de Benoît, vous remettez le cadre en question, les personnes qui font les programmes. Qui valide, d’ailleurs ? La Commission de pilotage, les Conseils généraux de concertation compétents et les organisations syndicales, consultés par le ministre de l’Enseignement. Pour poursuivre notre grand déballage, nous irons à leur rencontre dans un prochain numéro afin de bien comprendre sur quelle réalité se base le châssis éducatif. Non pas pour rejeter la faute sur quiconque, mais pour continuer à ouvrir le dialogue. Car si des enfants comme ceux de Rachida ont le sentiment d’être dans un pays en guerre, c’est qu’il y a urgence.

Yves-Marie Vilain-Lepage

ACTU

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