Vie de parent

Accords de gouvernement :
quelle place pour les familles ?

Les gouvernements de la Wallonie et de la Fédération Wallonie-Bruxelles seront donc repeints en rouge, vert et bleu. Les grands axes de travail des équipes (qui doivent être encore formées) ont été présentés. Mais quelle place y trouve-t-on pour les familles ? On a épluché les textes dévoilés, hier, rien que pour vous.

Accords de gouvernement : quelle place pour les familles ?

Dès l’intro, les familles sont citées dans la déclaration de politique à la Fédération Wallonie-Bruxelles. « Le Gouvernement entend offrir aux Wallons et aux Bruxellois un maximum de possibilités de se réaliser et de prendre leur avenir en main, tant de manière individuelle que collective. Chaque mesure devra permettre l’émancipation de tous, contribuer à la réduction des inégalités et encourager la participation des enfants, des jeunes et des familles, avec une attention particulière pour les plus précarisés ». Les familles sont donc clairement identifiées et effectivement mentionnées plusieurs fois dans les documents. À la Fédération, mais aussi (plus rarement, mais ce sont les matières qui veulent ça) à la Région.

Face à l'annonce des mesures envisagées, la Ligue des familles a réagi, se réjouissant "de plusieurs avancées tout en s’inquiétant de certains points et silences."


Les thèmes : enseignement, gratuité de l'école, enfance, soutien aux familles, conciliation vie privée/professionnelle)

Enseignement

Dans le texte de la fédération Wallonie-Bruxelles, c’est évidemment l’enseignement qui se taille la part du lion, un bon tiers du document. Avec une information majeure : le pacte d’excellence est maintenu. Parmi les promesses :

► Généraliser les cours de langues en 3e primaire dès 2022.
► Développer l’accompagnement personnalisé des élèves.
► Favoriser la fréquentation du maternel dès l’âge de 3 ans.
► Renforcer le degré d’exigence du CEB.
► Permettre aux élèves du tronc commun de développer des compétences, des connaissances liées aux métiers.
► Favoriser le développement d’activités extrascolaires à haute valeur pédagogique accessibles à tous.
► Développer des classes d’enseignement spécialisé au sein d’établissements de l’enseignement ordinaire.
► Examiner l’extension à deux heures de l’éducation à la philosophie et à la citoyenneté pour l’ensemble des élèves de l’enseignement obligatoire.
► Généraliser l’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (EVRAS) via des professionnel·le·s extérieur·e·s à l’école.
► Généraliser l’éducation à la mobilitéMettre sur pied une éducation à l’environnement, à la sécurité sociale et à l’esprit d’entreprendre (là, on voit clairement l’apport de chaque parti).
► Mieux informer les familles sur les allocations d’études.

Et le décret inscription ?

« En vue de concilier les principes de libre choix des parents, d’adhésion au projet pédagogique et de mixité sociale au sein des écoles, dans le décret 'missions' du 24 juillet 1997, les dispositions relatives aux inscriptions dans l’enseignement secondaire seront abrogées et simultanément remplacées par de nouvelles dispositions décrétales. Cette actualisation du décret « inscription » devra permettre de renforcer la transparence et l’équité du processus d’inscription, sa compréhension par les parents et la transparence administrative, et à mieux tenir compte de la réalité des bassins scolaires. Seront maintenus les critères prioritaires d’inscription dans un établissement : l’inscription d’un membre supplémentaire d’une fratrie et l’inscription d’un élève dont un des parents est membre du personnel prestant dans l'établissement. Seront également maintenus le formulaire unique d’inscription, la période d’inscription et un mécanisme d’inclusion d’au moins 20 % de publics précarisés. Le critère des partenariats pédagogiques entre établissements sera maintenu et clarifié. »

Gratuité de l’école

Objectif revendiqué : « À terme, l’école doit devenir gratuite »/

Ici on vous livre in extenso le texte de la déclaration politique, car ce sujet, vous le savez est cher à l’équipe du Ligueur. Les promesses actées sont les suivantes.

► Poursuivre et renforcer les mesures adoptées en matière de gratuité scolaire et fixer un échéancier progressif de mise en œuvre de la gratuité.
► Réunir les représentants des parents, des élèves, des enseignants, l’ensemble des acteurs du monde scolaire et associatif (tels que le Réseau wallon de lutte contre la pauvreté, la Ligue des familles, le Délégué général aux droits de l’enfant, etc.) afin de programmer la mise en œuvre progressive de cette nouvelle politique publique de la gratuité.
► Déterminer par quels frais commencer et par quel niveau d’enseignement débuter et fixer un calendrier pour assurer, de façon progressive et soutenable budgétairement pour les pouvoirs publics, une gratuité réelle et généralisée de l’enseignement obligatoire.
► En vue de favoriser la réussite scolaire, de promouvoir les attitudes saines et de favoriser l’économie agricole de proximité, garantir à chaque enfant un potage gratuit dès 10h, amplifier les expériences de repas gratuits chauds le midi dans les écoles afin de tendre vers leur généralisation à l’enseignement fondamental, orienter la composition de ces repas vers des produits locaux, bio et sains, inscrire ces initiatives dans le projet pédagogique des écoles concernées.
► Tout mettre en œuvre pour limiter les coûts, en concertation avec les pouvoirs organisateurs, les représentants des parents et les équipes pédagogiques : plafonnement du coût des sorties et voyages scolaires, potage gratuit, collations gratuites, extension des expériences de gratuité des repas, gratuité progressive des garderies en commençant par les familles à bas revenus et/ou monoparentales et/ou nombreuses, intégration progressive du temps de midi à l’école dans le temps dit « scolaire » et prévoir son financement.
► Réformer le système d’allocation d’études dans l’enseignement secondaire en renforçant son accessibilité aux familles qui en ont besoin, en améliorant le traitement et la rapidité des demandes.

Enfance

Ici, la base de travail, c’est « l’accès de chaque enfant aux besoins fondamentaux doit être garanti ».

On épinglera dans cette matière :

► Améliorer l’offre d’accueil de la petite enfance en tenant compte des situations de pauvreté et de monoparentalité.
► Assurer une information claire et transparente sur les disponibilités en milieux d’accueil.
► Défendre des services inclusifs pour tous les enfants, quelles que soient leur situation ou celle de leur famille, notamment les enfants en situation de handicap.
► Protéger les enfants en danger et lutter contre la violence à l’égard des enfants, notamment en légiférant sur les châtiments corporels.
► Lutter contre les stéréotypes dès le plus jeune âge.
► Lutter contre le harcèlement (notamment scolaire) quel que soit le vecteur et veiller à l’information et à la formation concernant l’usage des nouvelles technologies.
► Après évaluation, poursuivre et généraliser la mise en place du statut des accueillants et accueillantes d’enfants en ce compris pour la situation des co-accueillants conventionnés et des co-accueillantes conventionnées.
► Poursuivre le soutien aux services d’accueil spécialisés de la petite enfance (SASPE).

Soutien aux familles

Dans le cadre de la petite enfance, toute une série d'initiatives pour soutenir les familles est prévue. En voici un florilège.

► Augmenter les services d’accompagnement des familles (que ce soit en période périnatale, en service de liaison à la maternité ou ailleurs, en fonction du choix d’accouchement, en consultations pour enfants ou en visite à domicile, équipes SOS-Enfants, lieux de rencontre, les espaces pour les parents dans la séparation, etc.), avec une attention particulière pour les familles en difficulté.
► Poursuivre le développement des consultations prénatales de l’ONE et en assurer la gratuité.
► Développer les consultations pour enfants afin d’en faire un véritable lieu de soutien à la parentalité pendant les premières années de développement de l’enfant et améliorer l’accès pour les futures mères et les enfants à une offre de médecine préventive renforcée.
► Mettre en place des instruments spécifiques de soutien à la monoparentalité afin de lutter contre le risque de pauvreté.
► Examiner l’opportunité d’offrir un kit de première nécessité à toutes les familles et futurs parents qui le souhaitent.
► Renforcer l’accompagnement dans les prisons des femmes enceintes ou avec leur enfant et mener une réflexion, en concertation avec l’autorité fédérale, sur l’opportunité de systématiser le recours aux milieux d’accueil pour les enfants des détenues.
► Soutenir des services de promotion de la santé à l’école (PSE) afin de garantir une offre de service uniforme.
► Concrétiser l’informatisation du « carnet de santé 0 –18 ans » afin que les informations contenues puissent facilement transiter entre tous les acteurs (médecins traitants, pédiatres, hôpitaux, centres PMS, etc.).
► Améliorer le suivi vaccinal et concrétiser l’élargissement du programme de vaccination contre le papillomavirus humain (HPV) aux garçons.
► Poursuivre le programme de dépistage de la surdité, de l’insuffisance visuelle, etc.
► Renforcer les politiques de lutte contre le burn-out parental.
► Pour faire face aux difficultés de mobilité et à la rareté des transports en commun pour se rendre sur le lieu de travail dans certains horaires professionnels particuliers et pour permettre l’accès à certains emplois pour les familles (en particulier les familles monoparentales), le Gouvernement mettra à disposition des milieux d’accueil proposant des horaires étendus. Le Gouvernement investira davantage dans un accueil de qualité et à moindre coût et veillera à l’accessibilité des haltes-accueil aux familles à faible revenu.

Conciliation vie privée / vie professionnelle

À la Région wallonne, voilà un autre sujet qui nous intéresse au premier chef au Ligueur. Les mesures promises ?

► Soutenir les entreprises qui s’investissent dans la mise en œuvre d’une politique « parent-friendly ».
► Étendre le mécanisme des titres-services à l’accueil et au transport d’enfants de 3 à 11 ans. Ce mécanisme permettra de proposer une alternative de qualité aux parents qui ont des horaires tardifs tout en créant de l’emploi stable et de qualité dans ce secteur. Le Gouvernement veillera au renforcement des qualifications et à une formation adéquate des encadrants.
► Améliorer l’intégration des parents célibataires, et spécifiquement des jeunes femmes, sur le marché de l’emploi via une offre de formation accessible et adaptée, et une réforme de l’apprentissage

Mais encore

Et pour finir quelques points touchant les familles glanées dans la déclaration régionale…

♦ Familles monop : évaluer l’impact des politiques pour y traquer les causes fondamentales de la pauvreté infantile et prendre des mesures soutenant les familles précarisées et monoparentales (qui ont souvent des femmes à leur tête)
♦ Familles précarisées : les aides à l’habitat continueront à être modulées en fonction des revenus des bénéficiaires et une attention renforcée sera exercée au bénéfice des familles précarisées, notamment sur le plan de l’accompagnement social et technique.
♦ Mobilité : l’accessibilité à la mobilité constituera également un point essentiel de la politique wallonne (accessibilité aux personnes à mobilité réduite, aux citoyens aux revenus limités, aux chercheurs d’emploi, aux familles, aux habitants des zones rurales, etc.). La politique de mobilité sera adaptée en fonction des réalités urbaines, périurbaines ou rurales des territoires desservis.
Aéroport : les mesures d’aide aux familles exposées au bruit des aéroports seront étendues aux habitations éventuellement impactées par l’allongement de la piste. Il s’agit de résidences construites après 2004 et avant l’allongement de la piste. Ces aides seront étendues aux bâtiments sensibles (centres scolaires, crèches, bâtiments hospitaliers, etc.) également impactés par l’allongement de la piste.
♦  AVIQ : les bureaux subrégionaux actuels de l’AViQ (Agence pour une vie de qualité) seront mieux répartis et organisés sur l’ensemble du territoire wallon afin d’y assurer un service de proximité de qualité assurant l’accès aux informations relatives aux droits et aux aides relatives aux personnes en situation de handicap, aux familles, aux aînés, aux usagers des soins de santé et aux professionnels de l’aide et des soins.
Handicap : le Gouvernement accordera un soutien particulier aux services d’accompagnement en milieu de vie des enfants et de leurs familles, des adolescents et jeunes adultes en phase d’émancipation ainsi que des adultes désireux de vivre en milieu ordinaire.

Voilà donc, un aperçu des mesures que les nouveaux gouvernements seront chargés de rendre concrètes avec une évidente difficulté budgétaire, car à ce niveau-là, les textes de base restent encore très vagues.

Thierry Dupièreux

Pour en savoir + et comparer

Toujours utile de se plonger dans les programmes pour vérifier que les promesses de campagne sont tenues. Trouvez ici, notre dossier réalisé à la veille du scrutin du printemps dernier.