Vie de parent

Accueil de la petite enfance
en déconfinement : craintes
et zones d’ombre

L’accueil de la petite enfance est un secteur complexe. Les structures sont très différentes les unes des autres. Il y a les subventionnées et les non subventionnées, le public et le privé. Les gardiennes, les crèches, les maisons d’accueil pour enfants…  Tout ce petit monde s’est retrouvé hier autour de la ministre de la Petite Enfance et de l’ONE. Pour baliser l’accompagnement du déconfinement.

Accueil de la petite enfance en déconfinement : craintes et zones d’ombre

Ne dites pas à la ministre Bénédicte Linard que les crèches « rouvrent » le 4 mai. Pour elle, les crèches ont toujours été ouvertes. Ce n’est pas faux, mais ce n’est tout à fait vrai non plus. Dans les mesures prises par la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), il était bien indiqué que les structures d’accueil restaient ouvertes. Notamment pour s’occuper des enfants des parents qui travaillent dans le secteur de la santé et de la sécurité, dans les magasins d’alimentation… Une possibilité était aussi offerte pour les enfants qui risquaient de se trouver dans des situations sociales délicates. Dans le même temps, les parents étaient invités à trouver des alternatives. Était invoquée la responsabilité citoyenne. Ce cadre est toujours de mise.

Un secteur aux abois

La « responsabilité citoyenne » a tellement bien été appliquée que peu d’enfants se sont retrouvés dans les structures d’accueil. Et certaines d’entre elles ont dès lors fermé leurs portes. « Il y avait peu d’enfants, mais il y a eu aussi la peur de la maladie. Et les difficultés financières », explique Stéphanie Nollomont de la Femape. Cette fédération représente 30 % de l’accueil des enfants en FWB. Elle regroupe des maisons d’enfants et des accueillantes autonomes. Elle participe évidemment aux réunions du secteur.

« Il faut dire que de nombreuses maisons d’enfants se sont retrouvées démunies face à l’épidémie. Il n’y avait pas de matériels ad hoc en suffisance (masques, gel hydroalcoolique). Et il n’y en a toujours pas d’ailleurs. Certaines filles sont encore, aujourd'hui, obligées de travailler sans protection ». Cela va-t-il changer ? « L’ONE a lancé des formulaires pour mener une enquête sur les besoins en matériel la semaine dernière. On dirait que ça bouge ».

La Femape représente des structures non subventionnées, tenues par des indépendantes. Pour elles, le choc est dur. De nombreux parents n’amènent plus leurs enfants. D’où des rentrées diminuées, parfois absentes, alors que pour celles qui restent ouvertes, toute une série de frais fixes demeure (chauffage, salaires).

« Et pour la suite, ça nous inquiète. Les caisses sont mal en point. On ne va pas tenir. Des parents nous ont déjà dit qu’ils ne déposeraient pas leurs enfants avant septembre. Et pour le 4 mai, par exemple, à titre personnel, je n’ai reçu encore aucune demande. »

Attente de réponses

Hier, la ministre Linard a fait le point. Expliquant que des réponses seraient données via l’ONE et qu’un courrier devrait arriver dans la semaine. Il y aura un cadre, mais aussi de la souplesse. Du côté du subventionné, on estime aussi que ça va prendre du temps de faire revenir les parents et les enfants.

Autre point épinglé, l’impact de la crise sur les travailleuses et les travailleurs surtout les plus âgé·e·s. « Il y a cette peur générale du côté du personnel, mais aussi des parents », confirme Stéphanie Nollomont.

Samedi, ce sont des questions très précises qui sont arrivées sur la table. « Quels seront les horaires ? Que fait-on des objets ramenés par les parents (doudous, langes, tututes) ? Si un enfant présente des symptômes, qu’est-ce qu’on fait ? Comment s’assurer que les familles sont en bonne santé ? ». L’ONE a déjà répondu en partie à ces questions, mais ce cadre doit encore être bien défini. Il devrait faire, comme nous le disions, l’objet d’un courrier cette semaine.

Des masques dès le 4 mai ?

Au-delà des interrogations en suspens, l’ONE tente de rassurer. L’Office de la Naissance et de l’Enfance réaffirme que les enfants sont moins touchés que les adultes et qu’ils sont moins contagieux qu'on ne le croyait au début de l'épidémie. « Mais voilà, certain·e·s de nos travailleuses et travailleurs viennent au boulot la peur au ventre », pose Stéphanie Nollomont. Ceux-là ont donc besoin d’être rassurés, légitimement sécurisés, raison pour laquelle le principe de précaution est de mise et que l’ONE veut mettre en place un maximum de sécurité.

Mais il y a les délais. Le testing ? Le cadre est global au niveau du déconfinement. Le nombre de tests va augmenter, c'est sûr, mais l’ONE n’a aucune maîtrise là-dessus. Les masques ? Il serait question d’une grande commande pour le 18 mai et d’une commande intermédiaire pour le 4 mai. Cette question du masque divise. Pour certain·e·s, son port est incompatible avec l’encadrement des tout-petits. Il doit être mis en balance avec l’impact sur la relation avec les enfants. Obligatoire ou pas ? La question ne semble pas tranchée.

Face à cette situation, le personnel des structures d’accueil pour enfants est fort démuni et sent parfois monter un certain sentiment mêlé de résignation et de mauvaise humeur. « Rien n’est jamais clair depuis le début, estime cette employée, c’est n’importe quoi ! ». « On veut des directives claires ! », ajoute une autre. L’ONE et la FWB ont quelques petits jours pour organiser tout cela afin de rassurer parents et membres du personnel. En attendant, sur la page Facebook de l’ONE, ce sont toujours les recommandations du… 4 avril qui sont épinglées, ce qui ne facilite pas vraiment la compréhension globale d'un futur très proche.

T. D.

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