3/5 ans

Acuité visuelle : ouvrez l'oeil !

À 4 ans, Antonin trébuche fréquemment en marchant et se frotte souvent les yeux.  Souffrirait-il d’un trouble visuel ? Pas de panique, ils sont fréquents à cet âge-là et généralement corrigibles. Rendez-vous chez l’ophtalmologue.

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Même si des examens sont pratiqués à la naissance et tout au long des premiers mois, la vue doit être surveillée très régulièrement chez les enfants. Si la visite médicale du PMS lors de la 1re année de maternelle permet d’avoir déjà un avis médical, un passage chez l’ophtalmologue est plus que recommandé pour les enfants dès 3 ans (4 ans, c’est déjà presque trop tard pour une première visite).
En effet, la vision chez l’enfant se développe tout au long de la croissance, il est donc nécessaire de dépister les éventuelles anomalies le plus tôt possible. À cet âge, les troubles visuels les plus fréquents sont la myopie (mauvaise vision de loin), l’astigmatisme (l’image n’est jamais nette… l’enfant ne distingue pas nettement certains détails ou certaines formes), l’hypermétropie (mauvaise vision de loin et surtout de près si elle est légère). Si cette dernière est forte et qu’il y a une grande différence entre les deux yeux, le cerveau ne va pas encoder l’image de l’œil qui voit le plus mal. Conséquence : l’œil va se mettre en strabisme et l’enfant va donc loucher. Le strabisme ! C’est sans doute le trouble visuel que les parents détectent le plus facilement. Il peut apparaître dès la naissance, quand les muscles qui font bouger l’œil sont mal implantés sur la sphère oculaire. Ce handicap s’opère très bien avant 1 ou 2 ans. Lorsqu’il apparaît à l’âge de 3 ans, le strabisme est dû soit à une hypermétropie, soit à un défaut optique. Sans doute avez-vous déjà vu ces enfants dont un des yeux est caché par un gros pansement ? C’est en effet par l’occlusion du bon œil qu’on encourage le cerveau à enregistrer l’image du mauvais œil, corrigé par un verre de lunettes. Il ne reste plus qu’à suivre les recommandations du médecin et prendre patience pour éliminer toute trace de strabisme.

PLUS TÔT ON  VOIT LE TROUBLE…
« Les anomalies courantes sont généralement assez faciles à corriger, explique le Docteur Benhamou, ophtalmologue, d’autant plus quand elles ont été prises en charge tôt. De manière générale, les déficits légers sont très fréquents chez les enfants, au contraire des déficits sévères, assez rares. Le traitement est plus complexe, mais, comme pour les troubles légers, on obtient de meilleurs résultats quand le diagnostic est posé tôt. »
Une expertise de l’Inserm (l’institut français de la santé et de la recherche médicale) datée de juin 2012 montre à ce sujet que « la période qui va de l’âge de 6 mois à l’âge de 5 à 7 ans est la période où le système visuel est le plus sensible à une modification de la qualité de l’image ». L’étude précise même qu’un « traitement administré avant l’âge de 3 ans donne notamment un bien meilleur résultat. »
Si l’hypermétropie, la myopie et l’astigmatisme sont donc, dans une certaine mesure, des troubles visuels normaux à l’âge de la maternelle, il faut néanmoins les surveiller pour ne pas handicaper l’enfant. « L’ophtalmologue va contrôler les yeux du petit pour s’assurer que les valeurs restent dans des normales acceptables et proposer une correction si ce n’est pas le cas, remarque le docteur Benhamou. Certains parents ne le savent pas, mais des troubles visuels, même légers, qui ne sont pas traités précocement entraînent une baisse irréversible de l’acuité visuelle ».

EMPÊCHEUR DE GRANDIR !
Le port de lunettes de vue chez les enfants a évidemment un effet bénéfique, mais qui peut se mesurer de différentes manières. « Parfois au bout d’un an ou deux, l’œil retrouve des performances normales et on peut mettre les lunettes de côté, souligne encore l’ophtalmologue. D’autres fois, on demande à l’enfant de porter ses lunettes en permanence et non plus uniquement à l’école ou pour regarder la télé. Et puis, il y a ceux pour qui l’acuité visuelle baisse quand même malgré les lunettes, dans ce cas on augmente la correction et on contrôle plus souvent. »
Les troubles visuels ont une incidence sur le développement de l’enfant : ceux qui ne font pas l’objet d’une correction optique peuvent notamment provoquer des interférences tant au niveau moteur, cognitif qu’affectif. Une des traductions les plus visibles de ces problèmes se retrouve dans la scolarité : difficultés d’apprentissage, lecture difficile et écriture perturbée, puisque le contrôle du geste de la main est gêné par les troubles visuels.

Romain Brindeau

AUTANT SAVOIR

Repérer les signaux d’alerte

  • les yeux qui piquent souvent 
  • les maux de tête répétés 
  • l’écriture la tête penchée 
  • les chutes régulières pendant la marche 
  • les yeux plissés pour voir de loin 
  • un œil fermé quand la lumière est vive 
  • la télé regardée de trop près 
  • les images mal vues dans les jeux

À RETENIR

  • Les trois « O ». Dans le cadre du traitement des troubles visuels, on parle souvent des trois « O » : l’ophtalmologue, l’orthoptiste et l’opticien. Si on sait souvent ce que font l’ophtalmo et l’opticien, le métier d’orthoptiste est moins connu. Il s’agit en fait d’une sorte de « kiné de l’œil » puisqu’il fait de la rééducation visuelle des patients atteints de strabisme, de paralysie oculaire ou encore de fatigue visuelle.
  • L’acuité visuelle. À la naissance, on estime qu’elle est de 1/30e (doigt à 30 cm), de 1/10e (mine de crayon à 30 cm) à 4 mois, 2/10e à 6 mois, 4/10e (cheveu à 30 cm) à 1 an, 7/10e à 3 ans et 10/10e à 5-6 ans.
  • Les facteurs de risque. Certaines pathologies ou antécédents favorisent le risque de troubles visuels. C’est le cas de la prématurité, d’un petit poids à la naissance, de la surdité, d’anomalies chromosomiques, de la toxoplasmose ou encore de la consommation de cocaïne et/ou d’alcool par la mère enceinte. Les antécédents familiaux du type strabisme, myopie sévère, astigmatisme sont également des facteurs de risque.
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