Vie de parent

Ados : l’amour au temps du corona

Si pour vous, parents, la situation actuelle est compliquée, elle l’est tout autant pour les ados amoureux. Comment concevoir de ne pas voir son copain ou sa copine quand on a 15, 16 ou 17 ans ? On en parle avec Mireille Pauluis, psychologue, des parents et des ados.

Ados : l’amour au temps du corona

« En fait, j’ai pas vraiment eu le choix. C’est ma copine qui a pris les devants et qui m’a dit qu’on respecterait le confinement. Moi, j’étais pas chaud pour ça, j’avoue. Mais elle vient d’une famille originaire de Lombardie, qui compte déjà des morts parmi ses membres. Elle m’a montré des messages de ses cousines et de ses cousins. Là, j’ai compris qu’elle avait raison. On va être patients, voilà. Ça va être compliqué, mais on a déjà trouvé des idées pour passer du temps ensemble. Il y a les réseaux sociaux, évidemment, les appels visio, mais aussi des trucs comme mater des films et des séries au même moment et les commenter comme si on était tous les deux dans un canapé. C’est pas la même chose, c’est clair, mais c’est déjà ça. »

On le voit, pour Bastien, 16 ans, avoir une copine plongée au cœur de la crise a facilité la prise de conscience. Si pour lui, rester chez lui est devenu l’évidence, il n’en est pas de même pour tous les ados. Plusieurs parents nous ont interpellés sur notre page Facebook à ce sujet, nous disant que leurs ados, tous âgés de 15 à 17 ans, avaient déjà annoncé vouloir braver les interdictions pour retrouver leur petit·e ami·e.

L'horreur de l'absence

« C’est une période très, très compliquée pour eux, souligne la psychologue Mireille Pauluis. À cet âge-là, on se sent toujours un peu plus fort que la mort, les conduites à risques font partie du quotidien. Dans le cas du coronavirus, dans les premiers temps, ces ados hyper connectés ont entendu dire partout que les enfants n’étaient pas touchés par la maladie. Dans ce cadre, pourquoi seraient-ils empêchés de se déplacer et de retrouver leur amoureux ou leur amoureuse ? Pour eux, être ensemble, que ce soit avec le groupe de copains/copines ou avec le chéri/la chérie, c’est une habitude, un besoin très fort. En bref, ils n’aiment pas l’absence. Le confinement est donc quelque chose de difficile à envisager pour eux. »

Au téléphone, Laura, 17 ans, ne dit pas autre chose. Yassine, son amoureux depuis plus d’un an, habite à 500 mètres de chez elle, dans une zone plutôt calme du Brabant wallon. « Je ne comprends pas ce truc de confinement. Ici, c’est la campagne, il n’y a rien, les gens sont pas les uns sur les autres. Je suis sûre qu’on est pas contaminés. Moi, je n’ai qu’une envie, c’est d’être avec Yassine, de passer plein de temps avec lui. Mais, non, je dois rester là à glander, ma mère m’interdit d’aller où que ce soit. Est-ce qu’elle a raison de m’empêcher de sortir ? Je sais pas. Mais si je peux esquiver le confinement et aller retrouver mon chéri, je ne vais pas hésiter une seconde ».

Communiquer et rester concret

Le téléphone change de main et c’est maintenant Catherine, la maman de Laura, qui raconte. « Oui, j’ai mis les choses au point très clairement sur les sorties. On respecte les recommandations qui ont été faites. Point. Laura m’a dit qu’elle pouvait aller faire un jogging ou le tour du pâté de maisons avec Yassine. Je ne suis pas dupe, je sais très bien qu’ils n’arriveront pas à respecter les distances de sécurité ».

Que faire, alors, en tant que parent pour faire comprendre à nos ados l’impérieuse nécessité de rester à la maison. Communiquer ? Dealer des accords ? Contraindre ? « D’abord, je crois qu’il faut prendre la mesure de ce que cela représente pour les ados, note Mireille Pauluis. Ils sont en pleine période de bouleversement hormonal, du tout tout de suite, de ces premières amours où on idéalise beaucoup. Je le redis, c’est vraiment dur en ce moment pour eux. Le boulot du parent, comme souvent, va être de rassurer. Pour cela, il faut partir de leurs difficultés, leur dire qu’on comprend combien c’est difficile pour eux de ne pas être dans les bras du petit copain ou de la petite copine, qu’on comprend aussi toute leur envie de braver les interdits. Les ados ont besoin d’entendre cela, mais sans les infantiliser ».

Dans cette période de crise, la psychologue conseille donc de parler à ses ados comme dans une relation d’adulte à d’adulte. Ils doivent sentir que vous, parents, vous êtes à l’écoute, que vous leur faites confiance. Pourquoi ? Parce que c’est la porte d’entrée d’une communication claire.

« Cela va permettre aux parents de pouvoir discuter sereinement avec leurs enfants, ajoute Mireille Pauluis, de faire de grands rappels sur les principes à respecter en ce moment. Et pour rester dans le très concret - parce que le concret, ça leur parle -, vous pouvez regarder avec eux les statistiques de propagation et de décès dans le monde, leur montrer que c’est plus grave que la simple grippe annoncée il y a quelques jours, que tous les âges de la population sont touchés. Ils ont besoin de voir, de comprendre la gravité de la situation pour pouvoir ensuite accepter plus facilement ce confinement ».

Romain Brindeau

Pour aller + loin

L’adulte, c’est l’exemple 

Comment être crédible auprès de son ado si on ne respecte pas soi-même les règles du confinement ? À cela, Mireille Pauluis répond avec son bon sens habituel : « Ça ne fonctionne pas, tout simplement. C’est le principe du ‘Faites ce que je dis, pas ce que je fais’ qu’on retrouve parfois avec l’utilisation du GSM. Si un parent dit à son ado de limiter sa consommation de GSM et que lui passe la plus grande partie du temps dessus, le message ne peut pas passer. Il ne faut pas prendre les ados pour des idiots, quand même ! ».

Paroles d’ados

Bien... pour l'instant

« C’est pas le confinement qui me gêne, en fait, c’est plutôt de ne pas savoir combien de temps ça va durer exactement. Pour l’instant, je révise un peu mes cours, je fais ce que les profs demandent et je joue pas mal à la PlayStation. C’est franchement un rythme cool, mais ça va finir par me gaver de pas pouvoir aller voir les potes au foot. Ma copine ? On a cassé le week-end avant le confinement, ça tombe bien. » (Rires)
Pathum, 15 ans

Dix ans et dix kilos

« Trois jours à la maison et je pète déjà un cable. Déjà que je vois pas beaucoup mon mec parce qu’il fait ses études en Allemagne, là, la perspective de le retrouver que dans, au mieux, deux mois, ça m’angoisse. J’ai l’impression que je fais que deux choses, pleurer et manger. Quand on va se retrouver, il ne va pas me reconnaître, je vais avoir pris dix ans et dix kilos. »
Camélia, 17 ans

Les bolos captent pas

« La lose totale. Pas possible de voir ma meuf. Coincé avec la daronne à la maison. C’est un peu une vision de l’enfer avant l’heure. Mais, bon, je mate aussi ce qu’il se passe en Italie, ça fait vite relativiser. C’est ce que je dis à mes potes qui veulent absolument sortir : ‘Matez l’Italie, faut pas déconner avec ça. Restez chez vous’. Certains captent le truc, mais il reste toujours des bolos… »
Abdou, 16 ans

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